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L'AEFE sous pression : rigueur budgétaire, répit parlementaire et parents inquiets

La séquence budgétaire ouverte fin 2025 met en lumière les tensions persistantes autour du financement et de la gouvernance du réseau de l’enseignement français à l’étranger.

Le siège de l'AEFE à Paris, place de CatalogneLe siège de l'AEFE à Paris, place de Catalogne
@Tangopaso, Public domain, via Wikimedia Commons / Le siège de l'AEFE à Paris, place de Catalogne.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 5 février 2026

À l’AEFE, le compte n’y est plus. Sous la pression des finances publiques françaises, l’Agence s’engage dans une nouvelle séquence d’ajustements dont les effets pourraient peser durablement sur les établissements du réseau à l’étranger comme sur les familles.

Décisions actées fin 2025, arbitrages parlementaires concédés début 2026 et critiques insistantes des représentants de parents d’élèves dessinent un paysage contrasté. Entre rigueur budgétaire assumée par l’État, tentatives de compensation politique et inquiétudes qui montent sur le terrain, les équilibres financiers du réseau apparaissent plus fragiles que jamais.

 

Une réforme inscrite dans le cadre du budget 2026

Selon l'Ambassade de France en Espagne, la séquence actuelle autour de l'AEFE s'inscrit dans un mouvement plus large lié à la préparation du budget de l'État pour 2026. Des choix qui, insiste-t-elle, relèvent d'arbitrages nationaux et non de décisions prises par l'Agence seule.

L'Ambassade affirme par ailleurs qu'un cycle de concertation de plusieurs mois a précédé ces choix, associant ministères, AEFE, représentants des parents, des personnels et des élus. Les orientations ont ensuite été formellement entérinées lors du conseil d'administration de l'Agence, à la mi-décembre 2025. Trois grands leviers ont alors été actés :

– la hausse de la part patronale des pensions civiles des personnels détachés dans les établissements en gestion directe et les conventionnés ;
– l'augmentation progressive de la contribution des établissements partenaires, appelée à passer de 2 % à 4 % sur quatre ans, à raison de 0,5 % par an ;
– enfin, un volet d'économies du siège de l'AEFE, comprenant notamment des réductions d'effectifs, des économies de fonctionnement et le déménagement de son siège.

L'Ambassade met en avant une ligne directrice : celle d'un effort qu'elle qualifie d'équitable, appelé à s'appliquer à l'ensemble des établissements du réseau dans le monde. 


L’Espagne, en première ligne d’un réseau AEFE sous tension

En Espagne, où le réseau français s'appuie sur trois établissements en gestion directe — à Madrid, Barcelone et Valence —, 4 établissements conventionnés, 7 établissements partenaires hors Mission laïque française et 9 établissements de la MLF, l'impact des mesures est présenté comme proportionnel à la taille du dispositif.
Le paysage est complété par neuf établissements de la Mission laïque française (MLF), qui scolarisent une part importante des élèves du réseau français en Espagne, mais qui ne relèvent pas du périmètre budgétaire et décisionnel de l’AEFE.

Le pays se distingue par un nombre de personnels détachés supérieur à la moyenne, ce qui pourrait, mécaniquement, se traduire par une contribution plus élevée que dans d'autres régions du monde. Le réseau mondial de l'AEFE— plus de 600 établissements — est concerné par ces mesures.

Pour y faire face, l'Ambassade évoque plusieurs leviers : maîtrise des dépenses, ajustement mesuré des droits de scolarité, croissance des effectifs, renforcement de l'attractivité ou recherche de financements complémentaires. Elle affirme accompagner les établissements au cas par cas, avec pour ligne directrice la pérennité et la compétitivité du réseau à long terme.

 

Un ballon d’oxygène venu du Parlement

En parallèle, la députée de la 5ᵉ circonscription des Français de l’étranger Nathalie Coggia et ses collègues députés FDE du groupe EPR–Renaissance défendent une lecture différente de la situation. Une lettre adressée par Nathalie Coggia le 27 janvier 2026 à la ministre déléguée et aux directions concernées, et co-signée par ses collègues députés, alerte sur les effets très concrets des mesures décidées : hausses de frais de scolarité, investissements gelés, projets pédagogiques différés.

Les parlementaires rappellent avoir obtenu, début janvier, l’adoption d’un amendement portant à 7 millions d’euros l’enveloppe supplémentaire accordée à l’AEFE. Objectif : compenser la hausse du taux de cotisations employeurs au compte d’affectation spéciale « Pensions », passé de 78 % à 82 % pour les fonctionnaires d’État détachés. Malgré le recours à l’article 49.3, l’amendement a été maintenu dans la version finale du budget 2026.

Ces crédits viennent abonder le programme 185, « Diplomatie culturelle et d’influence », qui finance notamment l’AEFE. Les députés souhaitent qu’ils servent prioritairement à limiter le transfert partiel de la charge des pensions civiles vers les établissements et à amortir la hausse progressive des contributions financières. Ils plaident également pour la stabilisation du budget du réseau FLAM, estimé à environ 800.000 euros d’aides directes.

Selon les signataires, cette bouffée d’oxygène budgétaire doit offrir un répit aux établissements et aux familles, en attendant une réforme plus globale de l’AEFE, appelée à s’appuyer notamment sur les conclusions de la mission actuellement conduite par Samantha Cazebonne.

Pour Nathalie Coggia, « ce gain budgétaire, grâce à l’amendement que j’ai déposé, défendu avec force et qui a été soutenu par mes collègues du groupe EPR et par le gouvernement, a pour moi un double sens : d’abord, et malgré un contexte budgétaire complexe, l’expression d’une volonté politique de soutenir notre réseau AEFE et les familles qui le font vivre. Ensuite, une reconnaissance de l’absurdité de ces sur-cotisations patronales de pension civile qui viennent siphonner le budget de l’Éducation Nationale pour combler un déficit des retraites que personne ne semble vouloir ni reconnaître, ni traiter. »   

La députée estime par ailleurs que « la répartition des fruits de cette rallonge budgétaire donne l’opportunité de rouvrir le processus budgétaire » et de permettre à l’AEFE comme aux établissements « d’étudier toutes les options à leur disposition pour atténuer les augmentations de frais de scolarité ». « Les familles ne doivent pas être la variable d’ajustement de la nécessaire réforme de l’AEFE », ajoute-t-elle.

 

L'inquiétude des parents d’élèves

Dans un communiqué publié le 17 janvier 2026, l’UNAPE (Union nationale des associations de parents d’élèves de l’enseignement français à l’étranger) dresse un constat nettement plus sombre. L’organisation décrit une dégradation continue des conditions de fonctionnement de l’AEFE depuis plusieurs années, qu’elle relie à une hausse régulière des frais de scolarité, à la suppression de postes et à des ponctions répétées sur les réserves financières des établissements.

Selon l’UNAPE, le déséquilibre actuel trouve son origine en 2009, lorsque l’État a transféré à l’AEFE le financement des cotisations patronales liées aux pensions de retraite des enseignants et personnels administratifs détachés à l’étranger — une charge auparavant assumée directement par l’État. Cette compensation avait alors été fixée à 120 millions d’euros.

En 2026, le coût réel de cette charge atteindrait 186 millions d’euros, laissant apparaître un déficit structurel de 66 millions d’euros. À ce déséquilibre s’ajouteraient, toujours selon l’UNAPE, 78 millions d’euros de réductions budgétaires cumulées sur les trois dernières années. L’organisation soutient par ailleurs que les familles supporteraient désormais près de 80 % du financement des établissements du réseau, tous statuts confondus. Une évolution qu’elle juge incompatible avec la mission de service public de l’enseignement français à l’étranger.
Les représentants des parents contestent également la méthode.

Selon l’UNAPE, les nouvelles contributions financières ont été adoptées lors du conseil d’administration de décembre 2025 à l’issue d’un vote extrêmement serré, tranché par la seule voix prépondérante de la présidence, malgré l’opposition unanime des représentants des parents, des personnels et des élus.

L’organisation anticipe une nouvelle hausse des frais de scolarité, estimée en moyenne à environ 400 euros par élève et par an, avec de fortes disparités selon les établissements. Elle pointe enfin les difficultés persistantes de recouvrement des contributions dues à l’AEFE, évoquant près de 100 millions d’euros de recettes non perçues en 2024, alors qu’environ 40 millions suffiraient, selon elle, à rétablir l’équilibre budgétaire.

 

Et maintenant ? 

On le voit, ces prises de position révèlent des divergences sur la méthode comme sur la gouvernance de l’AEFE. L’Ambassade met en avant la nécessité d’un effort partagé et d’une réforme pensée pour consolider le réseau sur le long terme. Les députés, eux, s’attachent à en amortir les effets immédiats. Les représentants des parents, enfin, dénoncent un sous-financement qu’ils jugent structurel et un déficit de concertation.

Si l’apport budgétaire obtenu au Parlement offre à l’AEFE une marge de manœuvre supplémentaire pour 2026, il ne suffit pas à dissiper l’ensemble des tensions financières qui traversent le réseau. L’avenir de l’enseignement français à l’étranger reste ainsi suspendu à une réforme plus globale, encore en discussion, dont les contours restent, pour l’heure, à préciser.

 

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