Samedi 23 octobre 2021
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Rastro : connaissez-vous l’histoire du plus ancien marché en plein air de Madrid ?

Par Jeanne D'Anglejan | Publié le 23/09/2021 à 19:00 | Mis à jour le 23/09/2021 à 19:12
Photo : Creative Commons 4.0 International Manuel Onieva
le Rastro de madrid, vu depuis la Ribera de Curtidores, en 2020

Ce dimanche 26 septembre, vous pourrez retourner (presque) comme avant au Rastro, puisque cette date marque le retour de l’intégralité des stands sur le marché. Si on le connaît pour ses vendeurs d’antiquités, son ambiance bigarrée et ses nombreux promeneurs dominicaux, on a tendance à passer sous silence l’histoire du plus ancien marché en plein air de Madrid. Devenues une institution, les puces du Rastro ont lieu tous les dimanches et les jours de fête, jusqu’à 14 heures. Le marché se situe à cheval entre les quartiers de La Latina et de Lavapiés.

 

Au XVe siècle, ce que l’on trouve au même endroit est moins attrayant, puisqu’il s’agit du quartier des abattoirs. De cette époque, le marché a hérité son nom : "rastro", "trace" en espagnol, fait référence aux traces de sang laissées sur le sol par le bétail. Avec la peau des bêtes, on fabriquait des ceintures et des chaussures que l’on vendait autour des abattoirs. Plus tard, après la construction du Matadero en 1740, le marché s’aggrandit et les stands se diversifient. On y trouve alors des vieux vêtements, des outils, des bricoles… En 1811, la mairie de Madrid donne des licences à tous les vendeurs, et la fin du siècle voit émerger un marché plus reconnu et réputé pour la pluralité de ce que l’on y trouve. 

La création de Gran Via au début du XXe siècle et l’arrivée des grandes enseignes en Espagne auraient pu concurrencer le Rastro. Mais non, les Madrilènes y restent très attachés. C’est vrai qu’on l’aime ce marché, malgré la foule. On aime y flâner, on aime s’y perdre et s’installer dans les bars, cafés et restaurants en profitant de loin de la clameur des rues bondées. 

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Livret touristique édité par la Mairie de Madrid


Initialement, la grande artère du marché est la longue Calle de Ribera de Curtidores, sur laquelle on trouve la majorité des exposants. C’est aussi l’endroit le plus touristique et le plus fréquenté du marché. Victime de son succès dès le XIXe, le Rastro a vu ses exposants s’installer dans les rues adjacentes, un peu plus calmes. 

 

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Détail d'un stand du Rastro / Delfina Nuñez

Les puces sont indéniablement un lieu attractif, non seulement pour les collectionneurs mais aussi et surtout pour les artistes et intellectuels, et ce depuis le XVIIIe. L’ambiance si particulière du marché, ce je ne sais quoi, les attire et les inspire. Beaucoup de choses ont été dites ou écrites à propos du Rastro, où les artistes de La Movida, à la fin des années 1980, avaient pris l’habitude de se retrouver. Le journaliste et écrivain Luis Carandell en parle comme du "museo del Prado puesto del revés", en V.F. l’envers du musée du Prado. Dans la même lignée, l’écrivain Francisco Umbral, lui, conseille à ceux qui visitent Madrid de "organizarse en el Prado y desorganizarse en el Rastro", pas besoin d’être hispanophone pour comprendre.

 

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Un groupe joue de la musique sur le Rastro de Madrid / Sofía Marvizón 

Aujourd’hui encore, on y trouve de tout : des vêtements de seconde main, des nappes, des antiquités, des livres, des vieux meubles, des bijoux… La devise du Laberinto, magasin de décoration situé Calle de la Mira el Rio Baja, résume l’ambiance globale du marché : "No sientes nostalgia del pasado, recuperalo" ("Ne sentez pas de nostalgie pour le passé, récupérez-le"). Alors profitez de ce dimanche pour aller récupérer des bribes de ce passé et pour retrouver un peu de la vie d’avant !

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La foule -avant le port du masque- peut arriver à être dense les dimanches ensoleillés / Domaine public

 

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Jeanne D'Anglejan

Etudiante en Humanités, Jeanne est en Erasmus à Madrid et profite de cette expérience pour écrire quelques articles. Longtemps expatriée et aspirante journaliste, elle est passionnée de littérature et de faits culturels.
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