Une expérience fascinante, presque magique et profondément émouvante… Le 4 février, Nathalie Bonin, violoniste québécoise de renom à Los Angeles, a livré une performance hors du commun lors d’une soirée mêlant musique et science, à Venice. L’artiste est à l’origine d’un projet expérimental pour comprendre l’impact de la musique sur notre corps. Reportage.


Le projet de Nathalie Bonin est ambitieux : connecter l’artiste et l’auditoire en direct grâce aux biométries - activité cérébrale (EEG), rythme cardiaque, niveau de stress ou de concentration - et traduire ces signaux en visuels artistiques projetés sur écran. L’audience ne se contente alors plus d’écouter : elle influence l’œuvre. Ce mercredi 4 février, dans la salle de The Kinn, à Venice, quatre personnes étaient équipées de casques EEG Emotiv, dotés de 14 électrodes chacun, dont Nathalie Bonin elle-même. Sur l’écran, les réactions cérébrales de chaque participant apparaissaient en temps réel : engagement, concentration, stress, intérêt. Plus l’activité cérébrale était intense, plus les visuels l’étaient aussi, comme on le voit dans cette vidéo de la soirée diffusée sur son compte Instagram.
Pour Nathalie Bonin, cette matérialisation visuelle de la réaction du public est profondément marquante : « Moi, ça m’émeut parce que c’est comme si c’était de la magie, confie-t-elle. Voir les effets de ma musique activés de façon visuelle et artistique provenant de personnes de l’auditoire, c’est émouvant. On se dit finalement : dans le passé, je n’étais pas folle de penser qu’il y avait une connexion avec l’auditoire. »
Une approche résolument scientifique
Contrairement à certaines expériences artistiques teintées de spiritualité, la violoniste québécoise revendique un positionnement clairement scientifique. Le projet se situe à l’intersection de l’art, de la science, de la technologie et du bien-être, avec une volonté affirmée : observer, mesurer et valider par les données. Le logiciel utilisé, développé sur mesure par Jonathan Burow, connecte les métriques analysées par Emotiv à un moteur de visualisation en temps réel.
Chaque participant dispose de son propre flux visuel, et l’on voit même apparaître les premiers signes d’une cohérence de groupe, une forme de synchronisation collective. Cette démonstration marquait la première expérience live organisée par Nathalie Bonin avec des participants appareillés en temps réel. Le système fonctionne, malgré quelques bugs occasionnels, une phase exploratoire assumée.
Quand la musique agit sur le corps et le cerveau
Ce projet s’inscrit dans une recherche menée depuis plusieurs années. Le 4 février, à The Kinn, les effets de la musique sur le cerveau et le corps étaient clairement perceptibles. Certaines notes, certaines fréquences, entraînaient des réactions systématiques. Nathalie Bonin explique cette interaction entre son jeu et les personnes présentes : « Si les cœurs se mettent à battre au même rythme, si les ondes cérébrales changent, comment traduire cela artistiquement et créer un véritable dialogue entre l’artiste et le public ? Quand je joue du violon, ma musique agit sur les corps : elle influence le rythme cardiaque, les ondes cérébrales, parfois même la température. Elle peut provoquer des frissons. C’est ce qu’on appelle l’effet frisson. »
Voir ces réactions projetées en temps réel donne une preuve visuelle de ce que l’on pressent intuitivement : la musique agit sur le cerveau et le corps. Elle apaise, elle relie, elle synchronise. Elle a des effets sur la santé mentale et la gestion du stress. « Certaines fréquences ont un impact physiologique réel » constate Nathalie Bonin. Son ambition est claire : étudier cet impact de manière validée par des données. L’objectif est de concevoir des expériences capables de cibler des états bénéfiques : relaxation, cohérence, attention, de manière reproductible.
Encore expérimental, son projet prend de l’ampleur. Une présentation est prévue lors de la Semaine du son (portée par l’UNESCO) à Los Angeles, probablement au printemps. Le compositeur Jeff Beal, qui a remporté de nombreux Emmy Awards pour ses génériques et musiques de séries télévisées - notamment pour la bande originale de House of Cards - a déjà confirmé sa participation à une version élargie, avec davantage de participants.
En sortant, une certitude s’impose : la musique ne traverse pas seulement les oreilles, elle traverse nos neurones, nos rythmes cardiaques, nos états intérieurs. Elle sublime autant qu’elle soigne. Elle est à ressentir, à observer et à reconnaître comme une véritable alliée de notre santé.
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