Avec Kenza Dali, Laurina Fazer et Perle Morroni, le San Diego Wave FC s’impose comme le club le plus français de la ligue professionnelle américaine de football féminin. Rencontre à San Diego avec trois joueuses expatriées en quête d’opportunités et de visibilité.


À Del Mar, au nord de San Diego, l’équipe est à l’entraînement. Les sportives courent, tirent, s’affrontent deux à deux. Dans le ciel sans nuages, un drone en vol stationnaire enregistre leurs mouvements. La brise qui monte de l’océan non loin dissipe la touffeur de la matinée, emportant le claquement sec des chaussures contre les ballons et les encouragements d’un coach à l’accent anglais. « Good job, Kenza ! »
Kenza Dali est capitaine. Originaire de la région lyonnaise, elle a affûté ses crampons dans plusieurs clubs français avant d’aller jouer en Angleterre. Il lui restait un an et demi sur son contrat avec Aston Villa, dans la banlieue de Birmingham, lorsque le San Diego Wave Fútbol Club est venu la chercher, déterminé à signer la milieue de terrain. À son actif : 13 buts en équipe de France, deux Coupes du monde et les J.O. de Paris.

À 34 ans, la numéro 10 est aussi l’aînée des trois Françaises de San Diego. « Tata », comme la surnomment ses deux coéquipières : Perle Morroni, 28 ans, et Laurina Fazer, 22 ans. Assises au bord du terrain, fraîchement douchées, elles semblent être en colonie de vacances. Elles évoquent la résidence qu’elles partagent avec les autres joueuses, Starbucks, la plage. Les rires fusent. Mais les trois femmes sont venues aux États-Unis pour une chose : jouer au football.
Plus d’opportunités pour les femmes aux États-Unis
« C’était mon rêve », lance Perle Morroni, défenseuse passée par le Paris Saint-Germain et l’Olympique Lyonnais, recrutée par San Diego en 2024. « Par contre, j’imaginais cette étape pour la fin de ma carrière, je ne sais pas pourquoi… » Sa collègue Kenza Dali l’interrompt : « Ça, c’est chez les garçons. » Thierry Henry à New York, Lionel Messi à Miami, Olivier Giroud à Los Angeles, Antoine Griezmann bientôt à Orlando… Aux États-Unis, le foot masculin attire les internationaux en fin de parcours.

C’est tout le contraire chez les femmes. La National Women’s Soccer League, ou NWSL, a la réputation d’être un accélérateur de carrières. « Je regardais les matchs quand j’étais petite et les Américaines étaient toujours les meilleures », se souvient Perle Morroni. Avec quatre titres mondiaux et cinq médailles olympiques, les filles de la Team U.S.A. ont de quoi faire rêver. Surtout au pays de Zidane, où le sport féminin manque cruellement de visibilité.
« La France a un niveau exceptionnel, des joueuses prometteuses et l’une des meilleures équipes au monde avec Lyon, explique Kenza Dali. Mais le marketing est nul. Si ma canette de soda est grise, personne n’aura envie de l’acheter… La France a encore beaucoup de progrès à faire. » Perle Morroni acquiesce : « Ici, les femmes jouent dans des stades pleins, avec des moyens pour filmer, et les matchs sont diffusés sur les grandes chaînes sportives. » Et les fans, peu importe leur genre, se pressent pour acheter des maillots.
Sur le terrain, les joueuses s’interpellent en anglais, en espagnol, en portuguais…et en français
Sans relégation ni promotion, « le championnat [états-unien] rend le jeu plus intéressant », ajoute Laurina Fazer. Entrée au PSG à l’âge de 6 ans, elle est arrivée à San Diego l’année dernière, avec un visa P-1A d’athlète. « Donc forcément, ça donne envie de suivre les matchs. » Autre facteur : le plafond budgétaire imposé par la ligue à chacune des 16 équipes (3,5 millions de dollars pour 2026), qui limite les contrats XXL et équilibre les chances. Tout repose sur la gestion, la stratégie.

San Diego a composé une équipe parmi les plus internationales de la ligue, avec quatorze Américaines, une Canadienne, une Bosniaque, deux Colombiennes, trois Brésiliennes et trois Françaises. (Elles étaient même quatre jusqu’au récent départ de Delphine Cascarino, qui a rejoint Londres pour se rapprocher de sa famille.) « Nous pratiquons un football très européen, basé sur la possession, commente Kenza Dali. C’est l’approche de notre entraîneur, un ancien d’Arsenal. »
Sur le terrain, donc, les joueuses s’interpellent en anglais, en espagnol, en portugais… et en français. « Tactiquement, ça nous avantage de découvrir d’autres cultures, d’autres styles de jeu », observe Laurina Fazer, qui comme ses deux amies compte bien représenter son pays natal lors de la Coupe du monde féminine, au Brésil, en 2027. « Je suis très contente de jouer aux États-Unis, mais je reste française ! »
Leurs prochains matchs à domicile :
Cette saison, retrouvez Kenza, Perle, Laurina et leurs coéquipières sur la pelouse du Snapdragon Stadium de San Diego (qui accueillera par ailleurs plusieurs matchs de soccer lors des Jeux olympiques de 2028).
3 mai : contre le Bay FC (San José)
15 mai : contre le Washington Spirit (DC)
24 mai : contre le Orlando Pride
4 juillet : contre le Gotham FC (New Jersey)
11 juillet : contre le Angel City FC (Los Angeles – leur grand rival)
26 juillet : contre le Seattle Reign
14 août : contre le Denver Summit FC
21 août : contre le Utah Royals FC
28 août : contre le Racing Louisville FC
12 septembre : contre le North Carolina Courage
18 septembre : contre le Kansas City Current
25 octobre : contre le Boston Legacy FC
Tout le calendrier ici.
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