À la BG Gallery, au cœur du Bergamot Station Arts Center, à Los Angeles, le peintre togolais Olympio transforme chaque toile en explosion de couleurs, de gestes et d’émotions. Entre abstraction instinctive et figures surgies du chaos, cet artiste installé à LA raconte un parcours improbable, de son enfance à Lomé aux galeries internationales, en passant par le froid du Minnesota et une philosophie de création où le cœur passe toujours avant la raison.


À Santa Monica, au cœur du Bergamot Station Art Center, les visiteurs croisent parfois un grand barbu au large chapeau qui pose volontiers devant ses toiles, reconnaissables à ses personnages aux yeux démesurés. C’est ici, à la BG Gallery, que se déroule notre rencontre avec Olympio, artiste togolais installé à Los Angeles, régulièrement invité à exposer ses nouvelles œuvres par le propriétaire des lieux, Om Bleicher, séduit depuis des années par l’énergie brute de son travail. Car chez Olympio, la peinture ne se regarde pas seulement : elle se danse, se gratte, se projette… Et parfois même se lèche. Oui, littéralement. « Je peins avec mon cœur, j’essaie d’impliquer ma tête le moins possible », explique-t-il avec un calme presque mystique.
Né à Lomé, au Togo, dans une famille de huit enfants, Olympio grandit au milieu des sacs de ciment de son père entrepreneur. Avant les pinceaux, il y a les morceaux de chantier, les débris récupérés et les sculptures improvisées. « Tout ce que j’ai vécu m’a construit : la terre, la nourriture, les lieux, les gens », raconte-t-il. Très tôt, il transforme les matériaux abandonnés en terrain d’expérimentation artistique. À l’époque, l’art contemporain n’a pas vraiment pignon sur rue au Togo : peu de galeries, quasiment pas de musées. Puis vient la rencontre déterminante avec un artiste local, Sanko, sorte de mentor informel. Un jour, alors qu’il transporte une grande toile dans les rues de Lomé, un couple de Français l’arrête : « C’est vous qui avez fait ça ? » Quelques semaines plus tard, ses œuvres partent pour Paris. Le hasard commence déjà à travailler pour lui.
L’arrivée en Californie provoque un mélange d’excitation et de panique
L’autre grand tournant arrive en 2003, lorsqu’il décroche la fameuse loterie de la green card américaine. Pour Olympio, ce n’est pas une coïncidence mais « un signe des dieux ». Premier arrêt : le Minnesota. Mauvais choix pour un homme né sous le soleil africain. « C’était horriblement froid », dit-il en éclatant de rire. Il lave des assiettes, enchaîne les petits boulots, tout en continuant à peindre la nuit. Cinq ans plus tard, il entend parler de Los Angeles. Le nom agit comme une prophétie. L’arrivée en Californie provoque un mélange d’excitation et de panique. « J’ai compris que c’était exactement là où je devais être… Et ça m’a fait peur. » Pendant deux semaines, il cesse de peindre. Mauvaise idée. « Je devenais fou. C’est là que j’ai compris que l’art m’avait sauvé toute ma vie. »
Aujourd’hui, son œuvre navigue entre abstraction et figuration. Ses personnages aux yeux ronds semblent émerger d’un chaos de couleurs enfoui sous plusieurs couches de peinture. Car Olympio construit ses tableaux comme des fouilles archéologiques émotionnelles : il superpose, gratte, efface, révèle. « Le processus est plus important que le résultat », insiste-t-il. Ses gestes ressemblent davantage à une chorégraphie qu’à une séance de peinture. « Je danse sur la toile. » Et parfois, donc, il lèche ses tableaux. Pas par fantaisie conceptuelle à la sauce performance new-yorkaise, mais par nécessité technique. Une goutte mal placée ? « Ma langue était la seule chose capable de l’enlever. » Chez lui, le perfectionnisme artistique prend des formes inattendues.
Une reconnaissance internationale
Cette sincérité instinctive lui vaut une reconnaissance internationale. En 2018, il figure parmi les artistes remarqués à Art Basel Miami. Ses œuvres voyagent ensuite jusqu’à la Biennale de Dakar ou au Tokyo Metropolitan Museum of Art, même si le Covid l’empêchera de se rendre au Japon. Pour autant, Olympio refuse les discours pompeux sur « l’héritage ». « Avant, je voulais être célèbre. Maintenant, je veux juste avoir la possibilité de faire des œuvres plus grandes. » Des œuvres immenses, presque cathédrales, capables de contenir cette énergie qu’il cherche encore à comprendre lui-même.
« Je découvre encore qui je suis… et mon travail découvre cela avec moi », confie-t-il en regardant une toile récemment terminée. À la BG Gallery, au milieu des explosions de couleurs et des odeurs d’acrylique, on comprend alors qu’Olympio ne peint pas des réponses. Il peint des battements de cœur.
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