À force de détermination et de négociation, les deux amis sont devenus agents des plus grands basketteurs français à évoluer en NBA. Une épopée transatlantique qui vient de faire l’objet d’un film avec Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard.


Jérémy Medjana a encore du mal à réaliser ce qui lui arrive. Voici plusieurs semaines que lui et son associé, Bouna Ndiaye, enchaînent les entretiens à la presse et les plateaux de télévision pour défendre « Le rêve américain », le film réalisé par Anthony Marciano qui revient sur leur folle histoire, sorti en salles en France le 18 février. « C’est surréaliste », dit-il. « Jusqu’à ce qu’Anthony Marciano nous contacte avec son scénario, nous n’avions jamais pris de recul sur notre parcours. Tout s’enchaîne depuis 30 ans. »
Trente ans, donc, que les deux agents écument les gymnases, les salles de réunion et les aéroports pour défendre les intérêts de leurs poulains. Avec 120 joueurs, une quarantaine de joueuses et une dizaine d’entraîneurs, Comsport est devenue une agence incontournable. Rien qu’en NBA, les Français négocient plus d’un milliard de dollars en contrats – dont ceux de Nicolas Batum, Maxime Raynaud, Rudy Gobert et Victor Wembanyama.
Avant les étoiles, les revers et les portes fermées
La route a été longue pour créer un tel « pipeline » de vedettes. Tout commence en 1990. Jérémy est originaire du Nord ; Bouna a grandi entre la Gambie, le Sénégal et la région parisienne ; ils se rencontrent au bord de la Méditerranée, au pied d’un panier. Tous deux vénèrent le « dieu » Michael Jordan et s’imaginent sur les parquets américains. Avant de se rendre à l’évidence. « Nous ne serons jamais basketteurs de haut niveau », se souvient Jérémy Medjana. « Accompagner des joueurs était une façon détournée de toucher notre rêve. »

En 1996, le duo rachète l’agence Comsport. Ils ont la « fibre éducative » et la conviction que la culture française du basket a le potentiel de séduire à l’étranger. Mais le milieu ne sait que faire de ces « agents de banlieue ». Les débuts sont rudes. Ils manquent de peu de signer Tony Parker ; un autre joueur les lâche après son premier chèque. L’agence est placée en redressement. Pour écoper, Jérémy Medjana fait des heures dans le vidéoclub de son père pendant que Bouna Ndiaye lave des avions à Orly.
Puis arrivent les premiers succès. Lors d’un tournoi à Tourcoing, Jérémy Medjana repère « un gars de 2 mètres 13 », « une machine de guerre » : le Belge Didier Mbenga, qui sera en 2004 leur premier client placé en NBA. Et comment oublier, l’année suivante, la consécration avec trois joueurs recrutés par la ligue américaine ? « La France a de très bons entraîneurs, de très bonnes écoles de basket et l’un des championnats les plus exigeants au monde », explique Jérémy Medjana. « C’est une excellente préparation pour nos joueurs et les Américains le savent. »
Dix ans, 1 mètre 91 : la « locomotive » Wembanyama
Depuis, Comsport « exporte » les plus grands talents hexagonaux, propulsé par « l’effet Victor Wembanyama ». Le pivot des San Antonio Spurs n’avait que 10 ans lorsque Jérémy Medjana a entendu parler de lui : « J’ai commencé à aller le voir jouer, j’ai rencontré ses parents et puis les choses se sont accélérées. Ce n’est pas toujours judicieux de représenter des joueurs aussi jeunes, mais nous tenions un potentiel exceptionnel. »

Le jeune prodige aurait pu signer ailleurs, mais l’expérience des agents a fait la différence. Négociation des contrats, préparation physique et mentale, relations avec les médias et les sponsors – Jérémy Medjana et Bouna Ndiaye vivent et respirent pour leurs clients. Ce dernier s’est même installé au Texas pour être plus proche. Comme le dit dans le film Jean-Pascal Zadi, qui incarne son rôle, « notre force à nous, c’est le contact avec le joueur ».
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