Le film « Un simple accident » de Jafar Panahi est nommé deux fois aux Oscars, dans les catégories « Meilleur film international » et « Meilleur scénario original ». Le réalisateur iranien a du mal à s’en réjouir, au vu de la répression sanglante des manifestants qui vient de déchirer son pays. En pleine campagne de promotion à Los Angeles, il nous a confié ses sentiments contradictoires.
Le film « Un simple accident », qui représente la France aux Oscars, a été récompensé de la Palme d’or au 78ᵉ Festival de Cannes, en mai dernier. Son réalisateur, Jafar Panahi, était sur la Croisette pour recevoir son prix et sa présence avait tout d’un petit miracle. L’homme de 65 ans qui, film après film, dénonce l’oppression du gouvernement iranien et a déjà fait deux passages en prison, avait dû quitter l’Iran clandestinement pour rejoindre la France. Le cinéma de Jafar Panahi est un acte de résistance. Et cette fois, son cri est entendu jusqu’à Hollywood. Et rarement un film aura semblé dialoguer aussi directement avec l’actualité que celui-ci.
« Un simple accident » est l’histoire d’un homme, récemment sorti de prison, qui croit reconnaître son bourreau dans la rue à Téhéran. Le film pose une question vertigineuse : faut-il se venger de ceux qui nous ont fait du mal ? À Cannes, il apparaissait déjà comme le portrait puissant d’un pays sous tension. Aujourd’hui, sa résonance est encore plus forte. En janvier dernier, une répression massive et meurtrière frappait les manifestants iraniens contre le régime des mollahs. Plus de 30 000 personnes auraient perdu la vie. Début février, Mehdi Mahmoudian, co-scénariste du film, était arrêté pour avoir dénoncé ces événements avant d’être libéré sous caution le 17 février.

Pour Jafar Panahi, le fait que son film soit à ce point pertinent n’est pas surprenant : « Lorsque nous sortons du choc provoqué par ce massacre violent et que nous comparons le film à ce qui s’est réellement passé, nous constatons qu’il est une représentation fidèle du peuple iranien. C’est un peuple non violent, qui est confronté à un gouvernement qui tente par tous les moyens d’injecter de la violence dans la société.»
Deux nominations aux Oscars mais difficile de s’en réjouir
« Un simple accident » est nommé aux Oscars du meilleur scénario original et du meilleur film international. Une consécration difficile à célébrer pour le réalisateur : « C’était vraiment contradictoire, parce que nous, pas seulement moi, mais tous mes compatriotes iraniens, étions sous le choc, et en deuil quand nous avons appris la sélection du film aux Oscars. Personne n'était d'humeur à faire la fête, et personne ne pensait à autre chose qu'à ce qui s'était passé.»
Tourné clandestinement, le long métrage continue d’exister dans des conditions précaires. Sa promotion est un parcours administratif sans fin. Jafar Panahi a obtenu ses visas à entrée unique pour l’Amérique difficilement. « Et pendant mes demandes de visa, ils gardaient mon passeport donc je ne pouvais pas voyager. » Il regrette : « Nous n’avons pas pu faire de publicité ni mener une campagne efficace pour ce film », distribué par Neon aux États-Unis.
Un retour en Iran dès que possible
Malgré les défis logistiques, « Un simple accident » a trouvé son public : 700 000 personnes l’ont vu en France. Le réalisateur iranien constate qu’en France comme ailleurs, les gens s’identifient à son histoire et à ses personnages. « Soit parce qu’ils ont déjà vécu des situations similaires dans le passé, soit parce qu’ils craignent de se retrouver dans une situation similaire dans un futur proche là où ils vivent.» Jafar Panahi observe : « Même aux USA, les gens ont peur de ce qui va leur arriver à l’avenir à cause de la façon dont ils sont traités aujourd’hui. »
Malgré les risques pour sa sécurité et un possible retour en prison, Jafar Panahi n’envisage pas un instant d’arrêter le cinéma. « Je connais mon travail, je connais le prix à payer. J’accepte tout ce qui va avec.» Il retournera en Iran après les Oscars. « On m’a posé la question à Cannes, j’ai dit que oui, je retournerai en Iran. On m’a posé la question quand j’ai été condamné à un an de prison en décembre dernier, j’ai répondu la même chose.» Les récents événements ne l’ont pas fait changer d’avis. Il rentrera chez lui, quoiqu’il lui en coûte.
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