À trois semaines du premier match de la Coupe du monde à Los Angeles, vendredi 12 juin au SoFi Stadium, on ne ressent aucune excitation particulière monter dans la Cité des Anges. Prix exorbitants des billets, peur de l’ICE, restrictions sur les visas… Le Petit Journal vous dit pourquoi l’heure n’est pas à la fête pour les fans de ballon rond.


Los Angeles vibrera-t-elle aux chants des supporters le mois prochain ? À trois semaines du début de la coupe du monde tripartite, du 11 juin au 19 juillet au Mexique, au Canada et aux États-Unis - la première sur le territoire américain depuis 1994 -, l'événement ne semble pas soulever les foules. Dix fans zones ont pourtant été prévues dans toute la région, ainsi que le « Fifa Fan Festival » pour faire la fête et voir les matchs sur grand écran au Coliseum (lire notre article ici), du jeudi 11 au dimanche 14 juin.
Mais dans les rues, mis à part quelques bus floqués du logo du Mondial, rien ne laisse présager l’imminence d’un événement populaire. Dans le pays où le marketing est roi, la campagne autour du tournoi est si discrète qu’on ressentirait presque un peu de nostalgie en pensant à ce bon vieux Footix et aux émeutes dans les cours de récré causées par les cartes Panini.
Le taux de réservation des hôtels inférieur aux prévisions
Si l’enthousiasme semble léger chez les locaux, c’est aussi le cas du côté des supporters étrangers. Ces dernières semaines, 70 % des hôtels de la région de Los Angeles ont déclaré que leur taux de réservation était inférieur aux prévisions, selon une nouvelle étude de l'American Hotel and Lodging Association.
Jeff Zarrinnam, directeur du Hollywood Hotel, a même déclaré subir un taux de réservation plus bas que d’habitude. Selon lui, son cas n’est pas isolé, car les hôtels d'Hollywood et de Beverly Hills affichent actuellement un taux d'occupation moyen de 28 % pendant la Coupe du monde. Alors comment expliquer cette absence de ferveur ?
Des coûts mirobolants pour aller voir les matchs
Premier problème : la gourmandise de la FIFA, avec des billets rarement vendus à moins de 400$ l’unité, pour les moins bonnes places. Au SoFi Stadium, les places pour assister au match opposant les États-Unis au Paraguay, le vendredi 12 juin, sont montées à 2735$. Une broutille comparé à la finale du dimanche 19 juillet au MetLife Stadium, dans le New Jersey, pour laquelle la FIFA a triplé le prix des billets, désormais affiché à 32,970$.

Pour la majorité des supporters, c’est la douche froide. Car même ceux qui ont les moyens de débourser des milliers de dollars ont eu la mauvaise surprise de découvrir a posteriori que leurs places ne se trouvaient pas dans les zones premium traditionnelles. La raison ? La FIFA a attribué les places après l'achat. Et les billets dits “de catégorie 1” se sont en fait retrouvés dans des emplacements moins prisés suite à l'introduction d'un nouveau niveau de billets premium.
La gronde est telle qu’elle est remontée jusque dans la sphère politique. Le mois dernier, 69 membres du Congrès ont adressé une lettre à la FIFA pour l'exhorter à baisser ses prix, lui rappelant sa promesse de vendre « des centaines de milliers de billets à bas prix. » Une vision d’une « fête mondiale accessible » compromise par « un modèle de tarification dynamique des billets qui est financièrement exclusif » ont-ils dénoncé.
La peur de l’ICE
Il y a quelques semaines, Human Rights Watch avait dénoncé l’impact de la terreur que suscite la police de l’immigration, demandant à la FIFA de faire pression sur l’administration Trump. L’organisation de défense des droits humains demandait l’interruption momentanée des opérations lors d’une « trêve ICE », le temps de la compétition. Demande qui semblait être restée lettre morte.
Au contraire, le 12 mai, Kathryn Schloessman, directrice générale du Comité d'organisation de la Coupe du monde à Los Angeles, avait confirmé que l’ICE « sera présente, comme lors des événements habituels, pour veiller à la sécurité de tous et s'assurer que tout se passe bien »… Avant de rétropédaler, affirmant que « rien n’indique que l’ICE sera déployée lors de nos grands événements au SoFi Stadium et au L.A. Memorial Coliseum.» De quoi apaiser les craintes des supporters et des locaux ? Difficile de l’imaginer.
Ces supporters qui n’ont pas le droit d’entrer sur le territoire américain
Reste que ICE ou pas, certains fans ne peuvent même pas débarquer sur le territoire américain. C’est le cas des ressortissants haïtiens et iraniens. Mais aussi d’une cinquantaine de pays concernés par un nouveau système instauré en 2025 qui stipule que l’obtention d’un visa touristique nécessite le paiement de cautions allant de 5 000 à 15 000$.
Le 13 mai, l’administration américaine a offert une dérogation à cinq pays africains. Les supporters d’Algérie, du Cap Vert, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et de la Tunisie pourront finalement entrer aux États-Unis s’ils prouvent être détenteurs de billets pour la coupe du monde via un dispositif dédié intitulé FIFA PASS.
Un revirement qui intervient bien trop tard, à moins d’un mois du championnat et dont peu de supporters pourront vraisemblablement bénéficier. Dans de telles conditions, difficile d’imaginer comment ce Mondial pourrait faire vibrer les Angelenos.
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