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Le cinéma français est-il devenu un tremplin vers les Oscars ?

Sirât, Sentimental Value, It was just an accident, The secret agent, The voice of Hind Rajab, Butterfly, Little Amélie, Arco, Two people exchanging saliva… Lundi 9 février, une soirée impressionnante à la Résidence de France de Los Angeles réunissait les 9 productions ou co-productions tricolores nommées en 2026 aux Oscars. Le cinéma français, tremplin vers Hollywood ? Le Petit Journal a mené l’enquête, entre le tapis rouge et les coupes de champagne.

Soirée Oscars 2026 Résidence de FranceSoirée Oscars 2026 Résidence de France
De gauche à droite : Felix De Givry, Sophie Mas, Philippe Martin, Gabriel Domingues, Emilie Lesclaux, Kleber Mendonça Filho, Jafar Panahi, Oliver Laxe, Adrien Frier, Laia Casanovas, Wagner Moura, Camille Frier. © Christophe Ortega
Écrit par Agnès Chareton
Publié le 13 février 2026

 

Ce lundi 9 février, des mini-statuettes dorées des Oscars ornent les plateaux de petits fours qui circulent au milieu d’une foule serrée dans les jardins de la Résidence de France de Beverly Hills. Sous les flashs, une brochette impressionnante de réalisateurs internationaux et de producteurs prennent la pose, détendus, aux côtés du Consul général de France à Los Angeles Adrien Frier, de son épouse Camille, et d’Olivier Tournaud, directeur de la Villa Albertine à Los Angeles. Tous sont en campagne pour les Oscars 2026, où ils ont décroché une nomination. 

Il y a le réalisateur iranien Jafar Panahi et son producteur Philippe Martin ( It was just an accident), le réalisateur franco-espagnol Oliver Laxe (Sirât), le réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho (The Secret Agent), la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania (The Voice of Hind Rajab), la Française Florence Miailhe et son producteur Ron Dyens (Butterfly), la réalisatrice roumano-américaine Natalie Musteata et le franco-britannique Alexandre Singh (Two people exchanging saliva), Maïlys Vallade et Liane-Cho Han (Little Amélie), les producteurs français Sophie Mas et Félix de Givry (Arco)...

 

Résidence de France Los Angeles
De mini-statuettes dorées à l'effigie des Oscars ornent les plateaux de petits fours servis ce lundi 9 février à la Résidence de France de Los Angeles, lors de la soirée en l'honneur des nommés tricolores aux Oscars. © Agnès Chareton


 

« Ce système unique permet à des voix courageuses d’être entendues »

 

Le point commun de ces films d’auteurs, courts ou long-métrages d’animation nommés aux Oscars 2026 ? Ils ont tous été produits ou coproduits en partie par la France, via son système unique au monde d’aide au cinéma. Cocorico ! «  Nous pouvons être fiers du rôle joué par des institutions françaises comme le Centre National du Cinéma, qui a développé des formes originales de soutien au cinéma à travers des accords de coproductions ou des programmes comme l’Aide aux cinémas du monde. Ce système unique nous permet de soutenir des projets créatifs à travers le monde entier, et de permettre à des voix courageuses d’être entendues » salue le Consul Adrien Frier.

 

Kaouther Ben Hania The Voice of Hind Rajab
De gauche à droite : Camille Frier, Kaouther Ben Hania, Adrien Frier, Nadim Cheikhrouha, Olivier Tournaud. © Christophe Ortega

 

La France est-elle devenue une machine à envoyer les films aux Oscars ? Cette année, les cinq films nommés par l'Academy of Motion Picture Arts and Science dans la catégorie du « meilleur film étranger », Sirât, The Secret Agent, It was just an accident, Sentimental Value, The voice of Hind Rajab, sont ainsi tous des coproductions tricolores. « C’est un carton plein, puisqu’en fait, on va gagner. Sur les cinq nominés, il y a 5 coproductions. Ce n’est pas nouveau, ça fait un certain nombre d’années que les producteurs français suivent et soutiennent d’autres cinématographies. C’est le fruit de tout ça » s’enthousiasme François Truffart, directeur de The American French Film Festival, qui célèbrera sa 30ᵉ édition à l’automne 2026 à Los Angeles.


 

« Dans tous les pays du monde, faire du cinéma coûte cher »

 

Sans attendre le verdict des Oscars, le 15 mars prochain, ce palmarès est déjà une victoire pour le cinéma français. Un cinéma capable de financer des films étrangers qui n’auraient peut-être jamais vu le jour autrement. « Dans tous les pays du monde, faire du cinéma, en particulier le cinéma d’auteur, ça coûte cher, c’est risqué, c’est difficile, rappelle François Truffart. Avoir la volonté de créer et produire des films de haut niveau, c’est compliqué à monter financièrement. Il faut trouver de l’argent. On ne le trouve pas forcément auprès des chaînes de télévision pour ce genre de films. La France a cet incroyable réservoir de producteurs qui s’intéressent au cinéma étranger et qui sont prêts à prendre des risques.»

Même analyse de Philippe Martin, à la tête de la société de production Les Films Pelléas, qui a produit It was just an accident de Jafar Panahi. « Le système français est l’un des systèmes les plus performants pour encourager les coproductions. Beaucoup de pays se tournent vers la France pour avoir du financement. C’est un peu ce qu’il s’est passé pour tous les films qui sont nominés » explique-t-il. Il voit aussi un autre phénomène, lié aux bouleversements du cinéma américain. « Peut-être que le cinéma d’auteur américain n’a plus tout à fait la même place qu’il avait il y a quelques années, note-t-il. Comme les Oscars, c’est un lieu pour les auteurs, peut-être qu’il y a plus de possibilité pour de grands auteurs du reste du monde de pouvoir émerger aux Oscars qu’il y a quelques années.»

 

Oliver Laxe
Le franco-espagnol Oliver Laxe a réalisé "Sirat", en lice pour l'Oscar du "meilleur film étranger", pour l'Espagne, et co-produit par la France. © Christophe Ortega

 

De fait, en coproduisant des films comme It was just an accident de Jafar Panahi - au moment où le régime des mollahs iranien vient de mater dans le sang les immenses manifestations de janvier - ou The Voice of Hind Rajab de Kaouther Ben Hania (qui raconte l’histoire très médiatisée d’une petite fille, Hind Rajab, tuée pendant l’opération israélienne à Gaza le 29 janvier 2024), la France endosse « un message politique du cinéma », selon François Truffart. En tant que programmateur de festival, il constate que le public américain, à Los Angeles, est demandeur de ces films engagés, qui résonnent avec l’actualité. 

« J’ai une audience qui est à la recherche de ça. C’est un public qui est demandeur. Donc on continue. On reste optimistes » assure François Truffart, pour qui Hollywood soutient encore ce cinéma, preuve en est, la liste des nommés 2026. « Il y a des valeurs qui sont défendues dans le cinéma américain qui continuent à être là et il y a une résistance par le contenu » souligne-t-il. Le distributeur américain Neon l’a bien compris, en repérant ces films d’auteurs internationaux, et en les poussant vers les plus hautes marches d’Hollywood. Sur les 5 films nommés en 2026 aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger, 4 sont distribués par Neon : It Was Just An Accident, Sentimental Value, The Secret Agent, et Sirāt.

 

Le festival de Cannes comme tremplin vers les Oscars

 

La forte présence de la France aux Oscars s’explique aussi par le « rôle énorme » que joue le festival de Cannes, pointe François Truffart. Celui-ci a permis à ces talents étrangers de se faire connaître il y a plusieurs années en tant que jeunes réalisateurs, et les a consacrés au fil des années, les propulsant vers Hollywood. Le dernier festival de Cannes a ainsi récompensé les films de Jafar Panahi, (palme d’or), d’Oliver Laxe (prix du jury), de Kleber Mendonça Filho (prix de la mise en scène et prix d’interprétation masculine pour Wagner Moura), de Joachim Trier (grand prix). Quant au film de Kaouther Ben Hania, il a reçu le grand prix du jury à la Mostra de Venise, où il a été acclamé pendant 23 minutes.

 

Butterfly, un court-métrage d’animation poignant sur le nageur olympique Alfred Nakache, revenu des camps de la mort

 

Au milieu de la foule, Florence Miailhe arbore un joli chemisier rose à fleurs, et un sourire éclatant. Pour la première fois de sa carrière, la réalisatrice française est nommée aux Oscars dans la catégorie du « meilleur court-métrage d’animation » pour son film Butterfly (Papillon), produit par Ron Dyens (Sacrebleu Production). Réalisé en « peinture animée », ce film poignant raconte l’histoire d’Alfred Nakache (1915-1983), nageur olympique français revenu des camps de la mort. 

 

Florence Mialhe Papillon
Pour Florence Mialhe, réalisatrice du bouleversant film d'animation "Butterfly" ("Papillon), nommé aux Oscars pour le meilleur court-métrage d'animation, chaque film a quelque chose à dire. © Agnès Chareton

 

« C’est une aventure assez extraordinaire de se retrouver à Los Angeles pour porter ce film-là » savoure Florence Miailhe, qui découvre la Cité des Anges pour la première fois, en campagne pour les Oscars. Butterfly sera notamment projeté au Museum of Tolerance de LA le 26 février (inscriptions ici). « C’est une façon de montrer qu’il n’y a pas de petit film. Un film, qu’il fasse 15 minutes ou une heure et demie, il a des choses à dire » martèle-t-elle. 

Pour elle, la France possède « un système qui permet de faire des films très exigeants », qu’il s’agisse de courts ou de longs-métrages. « La France permet de faire des films atypiques, qui ne sont pas directement commerciaux. Qu’ils soient reconnus aux Oscars, c’est une belle chose. C’est là qu’on invente aussi de nouvelles formes de cinéma.» Verdict à découvrir le dimanche 15 mars, lors d’un soirée que Le Petit Journal couvrira à Los Angeles.

 

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