Le Royaume-Uni vu par ses expats : « C’est comme regarder une maison brûler de loin »

Par Marie Benhalassa-Bury | Publié le 20/05/2022 à 16:33 | Mis à jour le 20/05/2022 à 16:43
Photo : Tumisu - Pixabay
Brexit émigrés britanniques image du pays Angleterre Europe

Mené pour étudier les ressentis des Britanniques expatriés hors du Royaume-Uni, le projet Migzen explore les conséquences pratiques et émotionnelles du Brexit sur les émigrés. Deux expatriés britanniques en Europe nous ont partagé leur témoignage.

 

L’étude a été conduite par des chercheurs des universités de Lancaster et Birmingham, et interroge 1328 Britanniques résidant partout en Europe. L’angle du projet Migzen est double : comprendre les impacts pratiques du retrait de l’Union Européenne sur le quotidien des expatriés sondés, mais aussi questionner leurs ressentis un peu plus intimes.

 

Que les personnes interrogées aient quitté le Royaume-Uni par protestation, par amour d’un autre pays ou bien pour des raisons maritales, des conséquences émotionnelles importantes ressortent des résultats. L’un des chercheurs constate les impacts du Brexit “à la fois sur la façon dont [ces gens] vivent leurs vies, mais aussi dans les conséquences durables sur leur sentiment d’appartenance et d’identité”.

 

"C’est comme regarder une maison brûler, de loin"

Les résultats de l’étude laissent effectivement à voir un portrait morose du pays d’origine dressé par ces expatriés : il serait « honteux », « humiliant » d’être Britannique, disent certains. Un sentiment d’appartenance malmené transparaît, surtout chez ceux qui ont vu leurs rêves et carrières profondément impactés par le Brexit.

 

Beaucoup de ces expatriés appartiennent à des ménages mixtes, par exemple composés d’un parent britannique et d’un autre parent ressortissant de l’Union. Pour ceux-là, le Brexit les a laissés face à un sentiment d’incertitude et de crainte, sans même plus savoir si leur avenir allait se construire au Royaume-Uni ou ailleurs. Si la plupart des répondants disent se sentir profondément européens et British à la fois, nombre d’entre eux affirment aussi ne plus reconnaître le pays qu’ils ont quitté. Parfois même, la honte de se dire britannique émerge. L’une des sondées le formule confie : « C’est comme regarder une maison brûler, de loin ». La plupart des sondés ne souhaitent d’ailleurs pas retourner vivre au Royaume-Uni.

 

“Ils devaient me rejoindre ici, puisqu’ils approchent de l’âge de la retraite. Ce n’est plus possible”

S’ajoute à ces angoisses la question des retraites, comme nous l’explique Charlie, qui a vu les projets de ses parents s’effondrer. « Ils devaient me rejoindre ici, puisqu’ils approchent de l’âge de la retraite. Ce n’est plus possible. Toute leur vie, ils ont travaillé pour pouvoir vivre en France. Ce n’était pas un caprice, mais bien un rêve : ils connaissaient bien la culture et le pays, ils ont toujours été attachés à la France». L’étude compte plusieurs cas similaires : 27% des expatriés interrogés affirment que le Brexit a énormément affecté leurs perspectives d’avenir, proche ou lointain.

 

La liberté de circulation et d’installation a diminué pour les concernés, et pourrait bien obliger certains ménages à retourner vivre dans l’archipel contre leur gré. L’un des répondants, établi aux Pays-Bas depuis dix ans, le confirme : il possède une propriété en Angleterre dans laquelle il comptait prendre sa retraite, mais sa femme étant hollandaise, son statut pourrait confisquer ce droit au couple. Pour d’autres, l’expatriation constitue même un symptôme direct du Brexit, venu précipiter leur départ afin de ne pas perdre leurs droits dans le pays où ils souhaitaient s’établir après coup.

 

Des jeunes expats de moins en moins patriotes

Charlie, 25 ans, nous précise « Bien sûr que j’ai encore le mal du pays. Mais c’est plus qu’un sentiment d’appartenance : être en terrain connu me manque, tout simplement ». S’il a décidé de retourner au Royaume-Uni prochainement, son constat est nuancé : « Les démarches administratives pour avoir le droit de rester en France demeurent la principale raison de mon retour au pays. En plus, dans mon corps de métier, la formation professionnelle diffère outre-Manche, ce qui complique ma recherche d’emploi ». Il réfute pour autant se sentir « fier » de son identité d’origine.

 

Pour Luke, expatrié en France depuis six mois, là n’est pas la question : « On ne choisit pas où on naît, et l’identité britannique en tant que telle ne signifie pas grand-chose », estime-t-il, détaché. « Le Brexit n’aura servi qu’à accroître la violence inévitable qui survient déjà à nos frontières », renchérit-il. Pour lui, sa double-nationalité irlandaise et britannique l’a mis davantage à l’abri des soucis pratiques causés par le Brexit, ce dont il profite pour poursuivre son voyage à travers l’Europe, et continuer ainsi de fuir « la météo et le cynisme des Anglais ».

Marie Benhalassa - Journaliste Londres

Marie Benhalassa-Bury

Etudiante à Sciences Po Aix, curieuse de tout, ancienne expatriée à Brighton avant de rejoindre l'équipe de rédaction de Londres
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