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Donel Jack’sman sur scène dimanche au French Comedy Club de Londres

Par Lepetitjournal Londres | Publié le 15/03/2018 à 14:08 | Mis à jour le 15/03/2018 à 14:55
Donel Jack’sman sur scène dimanche au French Comedy Club de Londres

Chaque mois, le stand-up français s’installe un petit peu plus dans la capitale, dans une salle mythique entièrement dédiée à l’humour : le Comedy Store de Piccadilly. Les talents français se succèdent sur les planches ces derniers mois et dimanche 18 mars, c’est Donel Jack’sman qui sera au micro avec son emblématique maillot de basket. Interview.

 

Vous avez intitulé votre spectacle « On ne se connaît pas, on ne se juge pas ». Racontez-nous l’histoire derrière cette formule…

Elle est née sur scène. Je lisais beaucoup de sondages à une période de ma vie et j’en trouvais qui nous prenaient pour des cons. J’avais lu par exemple que 37 % des personnes qui sont mortes en jouant à la roulette russe le regrettent. Et je me suis dit : mais comment ils arrivent à savoir ça ? Un jour, j’ai posé cette question sur scène, et j’en suis venu à cette formule : « on ne se connait pas, on ne se juge pas, mais qui pense que 37 %... » Et après je le redis comme un running, et les personnes en sortant avaient retenu ce running. C’est bizarre mais ça a marqué les gens. Alors, je l’ai mis dans mon titre.

Sur l’affiche et lors de votre spectacle, vous portez un maillot de basket. C’est un hommage ?

Oui je suis fan de basket. J’aime bien avoir une identité visuelle assez forte sur scène. Chaque spectacle est un moment clé dans ma vie. Pour ce spectacle, j’étais dans un moment où j’ai voulu rendre hommage à mes années de basket. Et ce maillot de basket, il va avec le titre du spectacle : ne jugez pas l’affiche, venez juste me voir. Souvent, les gens ne comprennent pas pourquoi je porte un maillot de basket alors que je dis des choses si intéressantes. Moi, je réponds que l’habit ne fait pas le moine ! Ne me jugez pas au vêtement ! Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, on est vraiment dans l’ère du jugement, dans l’ère de la critique… Il suffit qu’on voie une photo et on a tous un avis. Moi j’ai envie de dire : prenons un peu de recul sur tout ça, ce ne sont que des humains derrière ce que l’on critique alors apprenons à connaître avant de juger. C’est un peu cela le fil rouge du spectacle.

Justement, dans ce spectacle, vous parlez des préjugés, des discriminations…

Mon spectacle s’articule de deux façons : une première partie sur le racisme et des faits d’actualité, puis une seconde partie où je me livre plus, où je parle de ma mère qui a eu un cancer, je parle du rapport à la famille chez les Africains et les Européens, je parle des maisons de retraite, qui n’existent pas en Afrique par exemple. Après, moi, je suis Français, je connais le Cameroun par mes séjours très courts mais je suis un Français pour les Camerounais. Et en France, pour certains, je suis encore un fils d’immigré. J’ai un peu le cul entre deux chaises. C’est pour ça que j’aime bien Londres, pour le peu que j’en ai vu. Je trouve que les Londoniens ont géré l’immigration de manière plus sereine que la France. Autant la gastronomie est à chier, mais l’immigration a été bien gérée. Quand tu arrives à la gare de Waterloo, tu es accueilli par des gens en turban. Il y a des femmes voilées dans les administrations… Ce n’est rien, mais pour moi c’est un grand pas, parce que ça fait partie de ce que nous sommes, de notre population, c’est normal de les voir dans la rue ! A Londres, le métissage est réussi. Voir des personnes voilées dans les rues, cela veut dire que Londres les accepte, qu’elle leur dit « vous êtes chez vous, ici ». Alors que Londres est aussi touchée par le terrorisme, ils ont des problèmes aussi, mais ils choisissent de ne pas stigmatiser toute la population et je trouve que c’est cela qui est important. Il y a des terroristes, mais tous les Musulmans n’ont pas à payer pour ça. Il y a des prêtres pédophiles mais tous les Chrétiens n’ont pas à payer pour ça.

Ce dimanche, vous serez seul sur scène, pour un spectacle de stand-up. Qu’est-ce que cela signifie, pour vous ?

Le stand-up, c’est un art très jeune en France, contrairement à l’Angleterre où s’est implanté depuis des années. Pour moi, le stand-up, c’est l’art d’avoir un point de vue sur l’actualité, sur la société et de ne pas se cacher derrière un personnage. C’est être le « je ». C’est moi qui pense que…  Si vous n’êtes pas d’accord avec moi, je vais vous expliquer pourquoi je pense cela.

C’est une tribune politique, le stand-up ?

Ce n’est pas une tribune politique, mais une tribune d’engagement. Pour moi, l’humour doit être engagé. Je comprends ceux qui font de l’humour pour le divertissement, j’en consomme beaucoup mais pour moi, la vraie fonction de l’humour, c’est d’être engagé. Derrière les blagues doit se cacher un message. Les gens ne peuvent pas juste rire, ils doivent consommer du rire, mais du rire intelligent.

Et comment fait-on de l’humour intelligent ?

Il faut être offusqué de choses, il faut être un peu en colère. Si tout est beau, on a du mal à faire de l’humour intelligent. C’est comme les chansons d’amour, elles sont belles mais elles sont un peu « gnan-gnan ». En ce moment, « Balance ton porc » me met en colère par exemple, parce que je trouve que, jusqu’à présent, la France n’a pas été touchée et je ne trouve pas ça normal ! J’ai vu des trucs sur des politiques, qui auraient fait des choses… Je trouve que « Balance Ton Porc » a rasé tout le show-business américain mais chez nous en France, il n’y a pas eu un seul nom. Aux Etats-Unis, même Kevin Spacey, ils lui ont dit « au revoir » ! Je trouve, qu’en France, on est beaucoup dans l’omerta. Après, c’est peut-être des séquelles qu’on a, comme on est un pays qui a beaucoup été dans la dénonciation, on n’ose plus parler, parce qu’on l’a beaucoup fait à une période. Mais je trouve que ce n’est pas normal, dans le show-business français, ce n’est pas normal qu’il n’y ait pas un nom, pas une seule personne qui ait peur. Ça me révolte parce que je trouve qu’on est un pays où Roman Polanski a été choisi pour être le président des César l’année dernière, on est un pays où une femme a dit que quand on est violée, on peut jouir…

On a beaucoup parlé dernièrement de vols de vannes… Vous avez déjà volé des vannes, vous ?

Non, je respecte beaucoup trop ce métier pour faire cela. Je préfère que le public ne rie pas à une vanne qui est de moi, plutôt qu’il applaudisse à une blague qui n’est pas de moi. Mais c’est un truc qui est français. Au Québec par exemple, les Québécois, comme les Anglo-saxons, sont intransigeants sur le vol de vannes. C’est une rigueur que l’on n’a pas en France et je trouve cela irrespectueux, parce que c’est dur de trouver une bonne blague !

Trouvez-vous que les publics en France, aux Etats-Unis ou au Canada soient différents ?

Les francophones des pays anglophones sont plus prêts pour le stand-up, ils en ont les codes. En France, on est dans une culture théâtrale encore, la culture de Molière… Moi je viens de cette culture (Donel Jack’sman a fait le Cours Florent, ndlr). Cela me fait du bien sur scène parce que cela m’apprend à dominer la scène, à poser ma voix… Mais on n’en est pas encore au stand-up, alors que les francophones qui sont à Londres, à New York ou à Toronto, ils ont la culture stand-up donc, quand tu joues devant ces personnes-là, tu te sens encore plus dans ton élément. Ils comprennent tous les codes, ils comprennent le rythme… Par exemple, un bon stand-upper pour moi, c’est quand le mec a la grâce de te faire croire que tout ce qu’il raconte n’est pas écrit, que c’est de l’impro totale. Eh bien, en France, comme les gens ne sont pas habitués au stand-up, quand ils voient quelqu’un qui a l’air de tout improviser, ils ne voient pas la prouesse technique… Moi j’ai hâte d’arriver à Londres !

 

Infos pratiques

Date : Dimanche 18 mars à 14h (les portes ouvrent à 12h30)

Lieu : The Comedy Store, 1a Oxendon Street, London SW1Y 4EE (station Piccadilly Circus)

Venez vous restaurer sur place avec des bons petits plats faits maison, des vins français, du Ricard et bien sûr une large sélection de bières et de softs...

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