Samedi 23 octobre 2021
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Quatre séries comiques, miroirs de la culture du Royaume-Uni

Par Marie Benhalassa-Bury | Publié le 13/08/2021 à 12:28 | Mis à jour le 13/08/2021 à 13:09
Photo : Edgar Wright - Twitter
Jessica Stevenson et Simon Pegg sur le tournage de Spaced

Peut-être avez-vous déjà bientôt fini de dévorer les séries britanniques conseillées par notre rédaction. Ou peut-être comptez-vous vous expatrier chez les britanniques et percer les mystères de leur humour si réputé. Dans tous les cas, nous avons la sélection bien à point.

 

Peep show

 

David Mitchell dans Peep Show

"Regardez-le, versant le champ'! Je suis le meilleur des hommes qui a jamais vécu"

 

La seule et unique, la sitcom qu’absolument tout le pays connaît et à laquelle il se réfère à tout va, que même le Guardian adule et propulse à la 9ème place parmi ses 100 meilleures séries de tous les temps. Soyons francs : impossible de ne pas se prendre au jeu de cette série terriblement awkward, mettant en scène deux colocataires assez losers et gauches. Chaque réplique est à la fois frappante de réalisme et hilarante. Il s’agit là d’un aperçu très à propos de la culture anglaise, du quotidien des classes moyennes dans le pays, porté par un David Mitchell désormais habitué des plateaux TV britanniques et Robert Webb, depuis devenu auteur. Vous vous délecterez aussi de la présence de l’actrice consacrée qu’est Olivia Colman, dans le rôle de Sophie dont Mark s’éprend rapidement. Toute l’originalité de la série réside en trois points : Les plans en fish eye, les monologues intérieurs tous audibles par le téléspectateur, et un humour à l’anglaise, narquois, gênant et jusqu’au-boutiste mais qui exacerbe aussi les réalités du quotidien urbain britannique.
 

The Thick of It

 

Peter Capaldi dans The Thick of It

"Je le méprise autant que le pu**** de James May se méprise très certainement lui-même"

 

Une autre merveille parmi les productions télévisuelles britanniques, laquelle se hisse 4ème de ce même classement. Une sorte de House of Cards comique britannique dans laquelle évolue le personnage de Malcom Tucker (Peter Capaldi, aussi connu pour avoir joué Dr Who), le spin doctor du 10 downing street qui harcèle quotidiennement ses collaborateurs. L’une des séries les plus vulgaires qu’il m’ait été donné de visionner, mais dont la richesse du vocabulaire et la finesse oxymorique de l’écriture ne parviendront jamais à vous rassasier. On s’immerge dans les départements du gouvernement, et plus globalement dans le quotidien des faiseurs de décisions britanniques. La série est par ailleurs si fidèle à la vie politique du Royaume que beaucoup se sont amusés à targuer les politiciens de l’avoir copiée. Elle aurait même prédit ou du moins reflété certains événements réels, par exemple le surmédiatisé prank de Katie Hopkins, cette chroniqueuse d’extrême droite, par un youtubeur l’invitant à recevoir un faux prix, laissant entrevoir sur les photographies l’acronyme Cunt juste derrière elle. 
 

Spaced

 

Simon Pegg et Jessica Stevenson dans Spaced

 

Un grand plongeon en arrière, et pourtant toujours moderne. Diffusée à la toute fin du XXème siècle, la série est écrite et portée par Simon Pegg et Jessica Stevenson, lesquels rejoignent Nick Frost au casting, l’autre acolyte de l’illustre duo qu’il forme avec Pegg dans Shaun of the Dead et Hot Fuzz. Y est retranscrit le tous les jours de Tim et Daisy, deux colocataires emménageant ensemble un peu par hasard, feignant le concubinage auprès de leur propriétaire Marsha, développant leur amitié au fur et à mesure de la série. Les personnages sont complètement décalés, et si la série constitue aussi une fidèle retranscription du vivre ensemble britannique, elle comporte aussi des éléments surréalistes, presque psychédéliques qui confèrent au tout une atmosphère très absurde. L’œuvre est agrémentée d’un nombre foisonnant de références à la pop culture des années 90, entre comic books et jeux vidéo un peu « geek », et le tout ne doit surtout pas être pris au premier degré. Le titre se traduit en français par « Les Allumés », mais plus familièrement on peut en dire que la série et ses personnages sont tout à fait « perchés”, l’atmosphère se voulant parfois chimérique. Un bijou en termes de maîtrise de l’absurdité à l’anglaise en somme, lui-même classé dans le premier tiers des chouchous du Guardian.

 

Black Books

 

Un montage de deux répliques de la série
Instagram - Black Books Melbourne

"Bernard? tu a fini ta comptabilité?"
"Ouais, j'en ai fait une veste élégante et décontractée"


Une autre série désormais vintage, puisque l'œuvre à rires enregistrés fut diffusée entre 2000 et 2004. Une sitcom un peu plus caricaturale, mais qui s’inscrit toujours dans cette volonté de promouvoir l’écriture comique typique du Royaume. Vous y découvrez le personnage de Bernard Black, le propriétaire misanthrope de la librairie conférant son titre à cette série : il y est absolument détestable, alterne entre amnésie du lendemain et état d’ivresse extrême. Sa seule amie est Fran, qui tient la boutique voisine, un personnage drôle, parfois désagréable, indépendant, qui boit et fume énormément en cherchant perpétuellement l’amour au fil de multiples aventures infructueuses, faisant fi du ridicule : une représentation rare de la femme de sitcom, il y a déjà deux décennies de ça.

 

À noter que l’un des créateurs de la série, Graham Lineham, s’est impliqué dans un activisme anti-transgenre très actif depuis la suppression d’un épisode d’une autre de ses créations, the IT Crowd, par Channel 4 en 2006. Depuis lors, il a reçu un avertissement verbal de la part des forces de l’ordre pour harcèlement, mésusage d’informations privées et diffamation envers l’activiste transgenre Stephanie Hayden. Son compte Twitter a récemment été suspendu.

 

Marie Benhalassa - Journaliste Londres

Marie Benhalassa-Bury

Etudiante à Sciences Po Aix, curieuse de tout, ancienne expatriée à Brighton avant de rejoindre l'équipe de rédaction de Londres
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