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Resituons la gaffe de Boris Johnson en parlant d’écologie sous Margaret Thatcher

Par Marie Benhalassa-Bury | Publié le 10/08/2021 à 18:39 | Mis à jour le 11/08/2021 à 17:22
Photo : Wikimedia Commons
 Margaret Thatcher

La bourde récente de Boris Johnson sur la fermeture des mines de charbon sous Thatcher a suscité l’indignation d’une large partie du Royaume. Si beaucoup ont réagi en invoquant que la Dame de fer n’avait que faire de l’environnement, est-ce vrai ?

 

Les fermetures des mines se rattachaient effectivement plutôt à des volontés socio-économiques. Endiguer le syndicalisme pour de bon, tel était l’objectif recherché. Mais la Première ministre était loin d’être insensible à la cause climatique, contrairement à ce que ses positions conservatrices pourraient le laisser suggérer ! Il est vrai qu’on est accoutumé à retrouver les causes climatiques à la gauche de l’échiquier politique. Une habitude qui est le fait de la modernité : les intérêts sous-jacents ne sont plus les mêmes que dans les années 1980, et la gouvernante crainte et/ou adulée avait alors adopté un positionnement, tout bien considéré, très avant-gardiste.

 

Le rapport du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) a fait la une de tous les journaux, alarmant sur les catastrophes à prévoir en vue de l’inaction politique pour cause climatique. Mais saviez-vous que Margaret Thatcher, « écolo » avant l’heure, avait inspiré et participé de la création de cet outil indispensable, dont nous attendons à chaque fois la sentence ? En effet, elle craignait la « fonte accélérée des glaces et une augmentation subséquente du niveau de la mer de plusieurs pieds au siècle prochain ». Très précisément ce sur quoi nous nous voyons inquiétés. Elle avait donc appelé à une entraide internationale, actée au travers d’une charte, pour la lutte contre les changements climatiques. Elle ne s’était rétractée qu’en 2003, pointant du doigt sa propre naïveté : ces expertises constitueraient en fin de compte une arnaque bien trop alarmiste.

Plusieurs décennies après, ces conventions et ces sommets sont devenus routine, motivés par des actions jugées peu utiles, insuffisantes. Les catastrophes naturelles et l’imprévisibilité de la planète sont monnaie courante. Dans le même temps, Boris Johnson se voit sommé d’entériner la transition écologique, sans répéter les erreurs politiques de l’objet de sa gaffe, qui avait laissé sans alternative industrielle le pays, et sans emploi les mineurs persécutés. C’est là tout l’enjeu de ce siècle pour les environnementalistes progressistes, travaillistes : l’écologie et la lutte contre la précarité sont les deux faces d’une même pièce, pour ne pas creuser les inégalités intrinsèques au pays et internationales.
 

C’est ce même enjeu qui fait l’objet de la Campagne pour la Vérité et la Justice entreprise depuis 2012 par des anciens mineurs, des activistes et des syndicalistes. Celle-ci entend rétablir la vérité sur la bataille d’Orgreave, qui survint le 18 juin 1984 au sein du village éponyme du Nord de l’Angleterre, et fait valoir ce militantisme depuis près de dix ans. L’affrontement avait vu une escalade de violences entre les forces de l’ordre et les mineurs contestataires. La police heurta une centaine des grévistes, au moins, sur les 7 000 blessés durant la grève des mineurs entre 1984 et 1985. Mais un flou généralisé subsiste quant aux violences commises durant cet épisode. La campagne exige une enquête gouvernementale à ce sujet, demande à laquelle les Tories n’ont pas souhaité donner suite.

Ainsi, si Boris Johnson ne masque point son admiration pour « l’écolo, bien avant Greta Thumberg », il risque une décrédibilisation politique du fait de son maintien du statu quo quant aux problématiques ouvrières liées à la question environnementale. De la même manière que sa blague mal digérée fait déjà craindre aux Tories l’écaillement de la peinture bleue dont ils se targuent d’avoir recouvert le « mur rouge », cette zone électorale de l’Angleterre historiquement travailliste.

 

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Marie Benhalassa - Journaliste Londres

Marie Benhalassa-Bury

Etudiante à Sciences Po Aix, curieuse de tout, ancienne expatriée à Brighton avant de rejoindre l'équipe de rédaction de Londres
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