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Royaume-Uni : les cancers du col de l’utérus ont chuté de 87% grâce à la vaccination

Par Judith Chouzenoux | Publié le 11/11/2021 à 18:04 | Mis à jour le 10/12/2021 à 01:26
Photo : Wikicommons
Vaccin Gardazile

Selon les résultats d’une étude britannique, l’impact majeur de la vaccination contre les papillomavirus semble enfin pouvoir être démontré. La fréquence des cancers du col de l’utérus aurait chuté de 87% chez les femmes du Royaume-Uni, et ce grâce au vaccin. Le pays compte une couverture vaccinale de plus de 80%, alors qu’elle peine à dépasser les 28% chez les jeunes Françaises.

 

L’étude, publiée mercredi 3 novembre par la revue scientifique The Lancet, apporte des nouvelles positives quant à lutte contre le cancer chez la femme. Selon ses conclusions, le nombre de cas de cancers du col de l’utérus aurait particulièrement diminué chez les femmes britanniques vaccinées contre le virus du papillomavirus humain ou HPV. Ce dernier, qui se transmet par voie sexuelle, s’installe au niveau du col et peut provoquer des lésions précancéreuses, pouvant potentiellement évoluer vers un cancer une dizaine d'années après l’infection.

 

Ces vaccins, disponibles depuis le début des années 2000 et sur lesquels on manquait encore de recul quant à leur efficacité, semblent pour la première fois démontrer leur impact majeur. Les auteurs de l’étude menée par Lancet se sont réjouis de ces résultats : « Notre étude donne les premières preuves directes de l’effet de la vaccination contre le papillomavirus humain [HPV], par le vaccin Cervarix sur la fréquence du cancer du col de l’utérus. » Selon les chercheurs, ce vaccin serait à l’origine d’une nette réduction des cas, notamment chez les jeunes filles vaccinées dès l’âge de 12-13 ans.

 

Il existe à ce jour deux types de vaccin ciblant le HPV. Le premier, Cervarix, apparu en 2007, agit contre deux types de papillomavirus humain, les 16 et 18 responsables de 70 % à 80 % des cancers du col. Le second, connu sous le nom de Gardasil, est efficace contre quatre formes du virus, et une nouvelle version bientôt commercialisée sera susceptible d’en cibler 9.

 

Une campagne de vaccination menée par l’OMS qui a porté ses fruits au Royaume-Uni mais pas en France

L’an passé, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est donné pour objectif d’éliminer le cancer du col de l’utérus, après avoir recueilli des données montrant que le problème n’était pas assez pris au sérieux par les autorités sanitaires mondiales. En 2018, elle avait estimé que la maladie tuait 312 000 femmes par an, dont plus de 1 000 en France. La vaccination contre le papillomavirus humain était alors au cœur de la stratégie d’éradication lancée par l’organisme mondial.

 

Suite à ces directives, de nombreux pays ont lancé des campagnes de vaccination massives pour protéger leur population. C’est le cas du Royaume-Uni où la couverture vaccinale dépasse désormais 80 % chez les adolescentes, mais également dans les pays scandinaves. La France, elle, semble avoir raté le coche, puisqu’elle sa couverture vaccinale peine à atteindre les 28% chez les jeunes filles de 16 ans. Interrogé par Le Monde, Roland Viraben, dermatologue et vénérologue, s’est désolé de ces statistiques donnant à l’Hexagone « une des plus faibles couvertures d’Europe. »

 

Jean-Baptiste Méric, directeur du pôle Santé publique et soins de l’Institut national du cancer (INCa) a lui aussi salué l’exemple que devait constituer cette étude dans les colonnes du Monde. : « C’est une étude importante car elle confirme, avec une méthodologie solide, les tendances déjà observées en Suède, en Finlande et aux Etats-Unis chez les jeunes filles vaccinées avant les premiers rapports sexuels. » Selon lui, avec un couverture vaccinale de 85%, on « éviterait chaque année 2 500 interventions chirurgicales sur le col de l’utérus, 377 cancers du col et 139 décès » dans les hôpitaux français.

 

Plus tôt le vaccin est administré, plus son efficacité augmente

L’étude lancée par The Lancet s’étale sur plus de 10 ans. Pour la réaliser, ses auteurs se sont penchés sur les données recueillies par les registres du cancer du Royaume-Uni entre janvier 2006 et juin 2019, et ont travaillé sur sept groupes de femmes, âgées de 20 à 64 ans à la fin de l’étude.

 

Au final, 28 000 cancers du col ont été diagnostiqués au Royaume-Uni durant ces 13 ans. Chez les groupes de femmes vaccinées, on recense 450 cancers du col en moins que dans les cohortes non vaccinées. L'enquête rapporte que globalement : « les taux de cancer du col ont chuté de 87 % chez les femmes vaccinées entre 12 et 13 ans, de 62 % chez celles vaccinées entre 14 et 16 ans. » Chez les adolescentes vaccinées entre 16 et 18 ans, le taux diminue de 34 %, ce qui montre que la vaccination est plus efficace s’il elle est administrée au plus tôt.

 

La vaccination, bien qu’efficace, n’est pas le seul levier à actionner contre le papillomavirus

Dans son interview accordée au Monde, Jean-Baptiste Méric explique que les résultats de l'enquête sont aussi positifs qu’inattendus. Il a confié que les experts s’attendaient à ce que « les effets sur les cancers du col » soient observables seulement après « une dizaine d'années, compte tenu du délai entre l’infection et leur apparition. »

 

La vaccination doit être accompagnée par d’autres leviers si les autorités sanitaires veulent en finir avec le papillomavirus. Les médecins préconisent une plus grande éducation face aux risques de cancer du col chez les adolescentes, mais également des dépistages fréquents pour les jeunes filles. Ces derniers permettent de détecter les lésions précancéreuses causées par le virus et de les traiter avant qu’elles ne se transforment en cancer. Selon Jean-Baptiste Méric, « moins de 60% des femmes concernées se feraient dépister. »

 

En France, la vaccination contre le papillomavirus n’est pas obligatoire, mais elle peut être proposée aux filles et aux garçons âgés de 11 à 14 ans révolus, avec un rattrapage possible de leurs 15 à leurs 19 ans révolus. Les hommes homosexuels sont également éligibles jusqu’à l’âge de 26 ans.

 

Judith Chouzenoux - Journaliste Londres

Judith Chouzenoux

Etudiante à Sciences Po Aix, spécialiste de pas grand chose, curieuse d’à-peu-près tout.
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