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JEAN JULLIEN - L'art d'être populaire

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 3 juillet 2013

Graphiste et illustrateur français installé à Londres depuis 8 ans, Jean Jullien a fait de l'est de la capitale son terrain de jeux favori. Très inspiré par la culture populaire des bandes dessinées, des jeux vidéos et des dessins animés et notamment passé par la Saint Martins School et le Royal College of Art, l'artiste s'épanouit dans la diversité et l'expérimentation

(Crédit : Benjamin McMahon)

Au travail comme en dehors, c'est à Dalston, nouveau quartier à la mode de l'est de Londres, que Jean Jullien a élu domicile. "Ça fait huit ans que je suis là et ça me va, confie-t-il. Ce côté de la ville a toujours été le coin artistique. Il y a beaucoup de studios, de galeries et d'agences de pub donc c'est assez pratique". Il l'avoue sans gène, Jean est assez "casanier". "Mes copains me chambrent parce que je suis "très à l'est". Je ne quitte que rarement ce coin de Londres". Il faut dire que son studio et son appartement ne sont séparés que de quelques centaines de mètres?"La taille de Londres fait que chaque quartier est un peu comme un village. Je pense que ça me ferait bizarre de déménager dans une "autre ville de Londres"?J'adore le fait de pouvoir rester tout un week-end dans un quartier et d'avoir l'impression de pas être resté chez moi"

Quand l'artiste fait son Nid

Pourtant, le 10 avril dernier, Jean a changé ses habitudes. Il a traversé Londres et quitté pour quelques heures son quartier préféré direction South Kensington. Invité par l'Institut Français en compagnie de Jean Blaise et Sarah Weir dans le cadre d'une conférence intitulée Art In The City, le Nantais est venu présenter son travail et plus précisément, le Nid, réalisé dans sa ville natale. 

En 2012, à l'occasion du lancement du "Voyage à Nantes" qui vise à promouvoir la ville à travers la culture et à marier l'art contemporain avec les monuments historiques, Jean Jullien se voit confier une mission un peu folle : investir le 32ème étage de la Tour Bretagne qui surplombe la ville en y créant un lieu de vie qui soit en même temps une oeuvre d'art. Un magnifique projet mené du début à la fin et dont l'artiste est très fier : "C'était une opportunité incroyable. J'ai eu beaucoup de chance que l'on me fasse autant confiance. C'était génial d'avoir ce lieu et de pouvoir en faire ce que je voulais". Les mains libres, la tête dans les nuages, ce dernier décide d'y faire un bar pour "le côté convivial" et parce qu'il peut "se transformer en café la journée". Le "graphic designer" se charge de tout. Il est directeur artistique et travaille avec des architectes et des designers qui donnent vie à ses idées. "Depuis des années, ce bâtiment était fermé au public car privatisé. C'était un peu une tour d'ivoire que tout le monde pouvait voir mais à laquelle personne n'avait accès", explique Jean. Ce dernier va rendre sa liberté à la tour. Sur tout l'étage, il décide de créer un oiseau de 41 mètres de long. Un grand jouet en caoutchouc avec un bar "creusé" dans le corps de l'animal et une nuque sur laquelle les gens peuvent s'asseoir et qui se termine par la tête de l'oiseau. Tout autour, des tables en forme de coquilles d'oeufs sont disposées pour que les gens puissent manger. "Du fait de son envergure mais aussi par l'accueil qu'il a reçu auprès du public, c'est sans doute le projet qui compte le plus dans ma carrière. Je me suis beaucoup investi comme tout ceux qui ont été impliqués dans le projet et je suis fier qu'on m'ait fait confiance. J'ai été très touché", analyse l'artiste. 

La diversité pour ne jamais s'ennuyer

S'il est d'abord illustrateur, Jean aime multiplier les projets et s'essayer à différentes disciplines. "Je sais que je dessinerai toujours mais certaines idées font plus sens sous une autre forme. En tant qu'artiste, c'est l'essence de la pensée créative qui importe. Si l'idée de départ est forte, elle fonctionnera et restera cohérente dans n'importe quelle matière", décrypte-t-il. Si sa "langue" reste le graphisme, il n'hésite pas à articuler ses idées sur des support différents. Il navigue donc régulièrement entre l'illustration, le design, la peinture, la vidéo et diverses installations. Cette pluridisciplinarité qui lui permet de "ne jamais se lasser", c'est à la prestigieuse Central Saint Martins qu'il l'a découverte. "Il y a une notion de challenge et d'expérimentation que j'ai vraiment appris dans cette école. En première année, toutes les deux semaines, on essaie une nouvelle discipline?la vidéo, la photo, la typographie, etc", se souvient l'artiste. Avant son arrivée à Londres, c'est à Quimper que Jean a posé les bases de son apprentissage et a ouvert les yeux sur les différents métiers du graphisme. "J'en garde un souvenir très tendre. En BTS communication visuelle, j'ai découvert le penchant plus culturel des métiers de la communication visuelle avec des gens comme Milton Glaser ou Alain Le Quernec pour lesquels j'ai commencé à avoir la même passion que je pouvais avoir plus jeune pour des auteurs de bande-dessinée ou de cinéma d'animation. J'ai aussi eu la chance de rencontrer des profs exceptionnels qui étaient de grands professionnels", reconnait rétrospectivement l'artiste.

Travailler en famille

Mais c'est bien à Londres que la carrière de l'artiste a débuté. Une ville dans laquelle il se sent bien notamment pour son côté multiculturel et une certaine ouverture d'esprit qui lui permet de "jouir d'une liberté exceptionnelle". Des agents le représentent à Londres, Tokyo, Séoul, Paris et New-York pour lui permettre de travailler dans la publicité. Jean illustre également régulièrement les parutions du Monde, de Télérama ou encore des Inrocks. L'artiste souhaite aussi conserver ses expositions solo qui lui offrent un "véritable terrain d'expérimentation". Avec son frère, musicien électronique, webdesigner et programmeur, installé lui aussi à Londres, il multiplie les projets autour de la musique et de la vidéo. Jean et Nicolas ne se lâchent pas. Ni géographiquement ni dans le monde professionnel. "Il est à 20cm de mon coude droit tous les jours, plaisante Jean. Nous partageons le même studio à Dalston et nous réalisons beaucoup de projets ensemble en associant nos compétences".  Une relation naturelle qui s'est construite en grandissant. "Adolescents, nous regardions beaucoup de dessins animés, se souvient Jean. Nous avons grandi dans cette culture pop des années 80 et aujourd'hui on se dit qu'on a la chance de pouvoir en vivre sans qu'il n'y ait rien d'infantilisant. C'est quelque chose qui nous passionnait et on trouve ça excitant de le faire à l'âge adulte et peut-être de l'intellectualiser un petit peu tout en gardant la même passion"

L'art de raconter des histoires

Ce côté populaire, c'est justement ce que Jean aime dans sa pratique. "Il y a l'art pour les artistes et l'art dit populaire qu'on retrouve autant dans Roy Lichtenstein que dans Miyazaki ou Moebius. C'est l'art qui parle à tout le monde, l'art pas prétentieux, celui qui raconte des histoires. Pendant longtemps, c'est resté un art dit de "geek". Je pense que notre société arrive maintenant à digérer ça, à regarder en arrière et à voir qu'il y a une grande intelligence dans cette démarche. Cet art qui au début était dit vulgaire et commercial a désormais sa place dans les musées et je trouve cela remarquable. Pourquoi est ce qu'on devrait se contenter de boites d'oeufs avec le logo de la marque dessus alors qu'on peut au contraire avoir quelque chose de plus artistique et intéressant ?", argumente l'artiste. À l'image de ses convictions, Jean trouve son inspiration dans le média le plus populaire possible. "Je regarde beaucoup de conneries sur internet, comme tout le monde. Généralement la sérendipité m'inspire énormément. J'ai des collections immenses d'images complètement hasardeuses trouvées au détour d'internet. Je continue également à lire énormément de comics et de BD". Les expositions, le cinéma, les séries de l'ère HBO mais aussi la musique dont il partage la passion en famille ou encore la culture urbaine lui donne aussi des idées. "Mon travail est tellement diversifié que mes loisirs font finalement aussi partie de celui-ci", résume Jean. À tel point que l'on finit par se demander si ce n'est pas ça le secret de la réussite de l'artiste. L'art populaire est finalement aussi celui du quotidien.  

Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/londres) mercredi 17 avril 2013

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Retrouvez Jean Jullien : 
- à Paris, dans la galerie Michel Lagarde et la galerie l'Attrape Rêve, du 27 juin au 30 août.
- à Londres, à la galerie Beach, du 1er septembre au 30 septembre.
 
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Publié le 17 juillet 2013, mis à jour le 3 juillet 2013
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