

Stephanie Mair, alias Fifi La Mer, a commencé sa carrière de chanteuse sur les bateaux Seine à Paris. Aujourd'hui, elle parcours l'Angleterre avec son groupe "Oh La La!" et livre à son public un répertoire partagé entre jazz et chansons françaises
Rien ne la destinait vraiment à devenir chanteuse. C'est sur la glace que Stéphanie a fait ses premiers pas d'artiste. Née à Londres d'un père écossais et d'une mère française, elle grandit à Paris où elle intègre l'École des enfants du spectacle en tant que patineuse. "Mon père avait vu Peggy Fleming à la télévision. Il trouvait ça très bien. Il se disait que même si je n'en faisais pas mon métier, ça m'apporterait de la discipline. Il n'avait pas tort", souligne la chanteuse. À 13 ans, fatiguée de se lever tous les matins à 5h30, elle abandonne le patinage. "Je ne voyais pas mon futur dans cette discipline. Une fois les compétitions passées, à part enseigner, il n'y a pas beaucoup d'opportunités", justifie-t-elle.
Du patinage au bateau Seine en passant par l'Australie
Quatre ans plus tard, ne sachant pas trop quoi faire de sa "peau", elle décide de partir en Australie. Un séjour à l'autre bout du monde que lui servira de révélateur. "Depuis toute petite j'aimais chanter. Mais je pensais que seules les chanteuses pouvaient le faire. Je n'avais pas conscience qu'on pouvait le devenir", se souvient cette fan de Billie Holliday. "Finalement, d'être partie en Australie toute seule, sans argent et de m'en être sortie, m'a fait prendre conscience que tout était possible". Elle rentre donc en France au bout de deux ans bien décidée à réaliser son rêve. Mais Fifi La Mer, son nom de scène, ne veut pas faire comme tout le monde. Elle se refuse à intégrer une école de musique : "Tout ceux qui en sortaient chantaient un peu pareil et je ne voulais pas de cet univers trop académique". Alors pour gagner sa vie, Stéphanie travaille sur les bateaux qui baladent les touristes sur la Seine. Pendant deux ans, elle commente la visite en quatre langues. Avec une petite idée derrière la tête. "J'étais timide et je me suis dit que parler dans un micro m'aiderait plus tard à chanter sans gène", avoue-t-elle.
L'ère parisienne de Fifi
Alors que Fifi a grandi avec un père qui écoutait du jazz, c'est son capitaine de bord qui va lui permettre de découvrir un nouveau genre. "Il aimait le musette. Souvent il passait des cassettes sur le pont et comme il savait que j'aimais la musique, il m'invitait à chanter pendant que lui dansait avec des clientes", se souvient-elle avec plaisir. C'est ce qu'elle recherchait, être confrontée à son public. Cette expérience finit de la convaincre de se lancer dans la chanson et elle écume les bars des 10ème et 12ème arrondissements de Paris. "C'était sympa et ça marchait bien, se rappelle-t-elle. On était quelques groupes à tourner et on s'échangeait les bons plans". À l'époque, tout le monde est content. La musique permet de remplir les bars, la limonade et le demi se vendent bien et les musiciens font passer le panier dans le public pour gagner leur vie. Tout le monde, sauf la police qui mène la vie dure aux bistrots qui animent la capitale. "Rapidement, c'est devenu bouché. Les musiciens couraient après les cachets pour obtenir le statut d'intermittent. Ça ne me plaisait pas. Moi je voulais vivre en jouant devant des gens". Fifi n'hésite pas. Elle fait ses valises et retourne dans sa ville natale.

Le succès de "Oh La La !"
Mais à Londres non plus, les débuts de l'ancienne patineuse n'ont pas été un long fleuve tranquille. "C'était épuisant de chercher du travail en permanence. Je partais de chez moi tôt le matin et ne rentrait pas avant d'avoir trouver un endroit pour jouer", se souvient-elle. À force de volonté, Fifi ne chôme pas. Elle joue quasiment tous les soirs, rencontre des musiciens et monte il y a 11 ans "Oh La La!" avec certains d'entre eux. Accompagnée d'un bassiste, d'un guitariste et d'un violoniste, elle interprète des chansons françaises et des morceaux de jazz pour lesquels elle fait les arrangements. La recette marche. "Oh La La" se produit sur la scènes du National Theatre, dans le Floral Hall du Royal Opera House ou encore à St Martins in the Fields. Avec ses musiciens, Fifi parcours aussi l'Angleterre et se régale de ces tournées. "On joue dans des petits villages qui sont tous très différents et chaleureux. Les gens viennent nous voir déguisés en grenouille, D'Artagnan ou Coco Channel. C'est une très bonne ambiance". Même si ici aussi il est devenu difficile de jouer dans les bars et qu'avec la crise, les réceptions organisées par les grandes banques ou compagnies d'assurance où avait l'habitude de se produire "Oh La La" sont limitées, le groupe ne manque pas de travail. "Ça marche bien pour nous. Les Anglais adorent la chanson française et le jazz. On essaye de jouer la musique qu'on aimerait écouter si on sortait".
L'art du rebond
De la France, Fifi a gardé "une sensibilité culturelle", un goût pour son cinéma, sa musique mais avoue ne pas sentir de manque. "Je ne reconnais plus trop Paris. Ça a beaucoup changé" regrette-t-elle. Elle préfère de toute façon exercer son métier de l'autre côté de la Manche : "Ici, les musiciens ne sont pas aidés par l'État. Lorsque qu'on ne peut pas toucher d'allocation d'intermittent, il faut trouver un moyen créatif de proposer quelque chose de différent, de l'exécuter impeccablement et de penser à tout les détails qui font la différence entre avoir du travail et ne pas en avoir, le tout avec coeur et sincérité".
Vous l'aurez compris, Stéphanie n'est de toute façon pas du genre à regarder derrière elle. Une force de caractère acquise très jeune sur la glace et qu'elle applique à la musique. "Souvent, quand on se trompe sur une chanson, on passe dix minutes à y penser et on se déconcentre. En patinage, on n'a pas le choix. Après une chute, on se relève et on repart. C'est important de "switch off"". Mieux encore, pour elle, les erreurs en musique font parties du jeu, d'un équilibre à trouver. "C'est important de prendre des risques pour garder la musique attrayante pour le public. On ne fait pas de la chirurgie, ce n'est pas la fin du monde si l'on se trompe", avoue-t-elle. Selon Fifi, c'est d'ailleurs un ingrédient indispensable pour conquérir le public. "Il faut trouver le juste équilibre entre quelque chose de polie et quelque chose "d'exciting" ". Tout un art?
Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/londres) Jeudi 16 août 2012

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Les musiciens de "Oh la la!":
- Julian Bury à la contrebasse
- Colin Oxley à la guitare
- Julian Ferraretto au violon.
Prochains concerts :
- Le 19 août à partir de 16h au Richmond Riverside World Music Festival
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