SOCIETE - Londres, capitale irlandaise de l'avortement

Par Lepetitjournal Londres | Publié le 16/04/2010 à 00:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 15:16

Les lois anti-avortement irlandaises poussent chaque année des milliers de femmes à venir en Angleterre pour se faire avorter. Un réseau d'entraide s'est récemment développé pour faciliter le triste voyage solitaire de ces femmes en détresse
En Irlande (aussi bien dans la République qu'en Irlande du Nord), une femme risque toujours l'emprisonnement si elle tente de mettre fin à sa grossesse. La loi n'autorise en effet l'interruption que dans le cas où la femme enceinte est en danger de mort. Même si la grossesse est le fruit d'un viol ou d'un inceste, ou encore si le foetus présente des anormalités, l'avortement est interdit. Alors, tous les ans, ce sont vers des cliniques anglaises que plus de 6.500 irlandaises que les tabloïds britanniques surnomment "les touristes de l'avortement"  fuient pour subir une IVG.

C'est pour rendre ce "voyage de l'avortement" moins pénible qu'un réseau de bénévoles s'est récemment créé et développé. "Pourquoi au 21ème siècle existe-t-il encore un pays où l'IVG est hors la loi ?", s'insurge Mara Clarke, fondatrice de l'ASN (Abortion Support Network), un groupe de 25 bénévoles créé en novembre 2009. Leur but : aider les Irlandaises enceintes à financer leur voyage, les informer, les loger et participer aux frais de l'intervention.
Anna, 37 ans, est la première femme que l'ASN a aidé en décembre dernier. Elle a passé la nuit dans l'appartement d'une bénévole avant de subir une IVG le lendemain dans une clinique londonienne. "Elle venait juste de déménager pour échapper à un mari qui la battait. Elle était sans emploi et venait de se rendre compte qu'elle attendait un enfant. Elle ne voulait pas le garder", raconte Mara."Nous avons pu lui donner 225 ? pour participer aux frais de l'intervention qui s'élevaient à 650?. Elle s'est sentie tellement soulagée d'avoir quelqu'un à qui parler. En Irlande, elle se sentait complètement isolée", poursuit-elle.

La fin de l'interdiction en Irlande ?

Mais l'ASN n'a pas les moyens de prendre en charge tous les coûts engendrés et l'argent reste un obstacle majeur pour la plupart de ces femmes. Les tarifs d'une intervention oscillent en effet selon les cas entre 480 et 1.900 ?. De plus, la crise économique dont souffre l'Irlande pousse encore plus de femmes à se tourner vers une IVG. "Et plus particulièrement les femmes d'un certain âge qui ont déjà des enfants. J'ai même entendu des cas où des femmes se sont prostituées pour trouver l'argent", constate tristement Mara.

Pourtant, au-delà de l'ASN, il existe une lueur d'espoir de l'autre côté de la mer d'Irlande : En décembre, trois Irlandaises ont entamé une procédure contre les lois anti-avortement irlandaises devant la Cour européenne, invoquant que l'interdiction de l'avortement constituait une atteinte aux droits humains. Une décision est attendue courant 2010. Si elle joue en la faveur des trois militantes, un premier pas vers la légalisation de l'avortement en Irlande pourrait être franchi.

Elisabeth Blanchet (www.lepetitjournal.com - Londres) Vendredi 16 avril 2010

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