

Cette semaine, lepetitjournal.com vous propose une revue de presse un peu spéciale, dédiée aux réactions des médias français et britanniques après la mort de Margaret Thatcher. Entre hommages et critiques, de part et d'autre de la Manche la presse souligne la personnalité controversée de la Dame de fer
Les réactions dans la presse britannique suite au décès de Margaret Thatcher sont à l'image de l'empreinte que l'ancienne Première ministre a laissé sur le pays. Figure politique autant adulée que détestée, la Dame de fer a marqué au fer rouge les années 80 au Royaume-Uni. Alors que certains journaux rappellent son action bénéfique pour le redressement de l'économie britannique, d'autres ne lui pardonnent toujours pas ses décisions radicales qui ont laissé exsangues certaines catégories de la population.
La presse britannique divisée
"Scotland will never forget" titre le quotidien écossais Daily Record, offrant l'oraison funèbre le plus glacial de la presse britannique. "Thatcher s'est abattue sur les mines, l'industrie sidérurgique, les usines automobiles, la construction navale et l'ingénierie tel un boulet de démolition et a causé la mort des communautés qui en dépendaient," dénonce un article très critique envers la politique de l'ex-Premier ministre. "Le chômage s'est répandu en Écosse comme un cancer et les petites villes ainsi que leurs habitants ont découvert la pâleur de la pauvreté. Seule l'industrie de la drogue a prospéré et le c?ur de l'Écosse s'est brisé," ajoute-t-il.
Le Daily Mirror ne manifeste guère plus de sympathie envers Margaret Thatcher en écrivant en Une du journal "The woman who divided a nation". "Les gens se sont fait une opinion sur Margaret Thatcher depuis longtemps. Pour certains, elle s'est battue pour la Grande-Bretagne. D'autres, comme le Daily Mirror, ont le sentiment qu'elle s'est battue pendant 11 ans contre la Grande-Bretagne," indique le journal. "Nous reconnaissons qu'elle était devenue une vieille dame à la santé fragile et ses deux enfants ont perdu leur mère. Mais son décès ne réécrit pas l'histoire politique. Ceux qui ont souffert ne l'aimeront jamais, peu importe l'ampleur des funérailles qui lui seront accordées à Londres," conclut l'éditorial.
Le Guardian adopte quant-à-lui un ton plus nuancé, mettant en avant l'influence considérable de la Dame de fer sur la vie politique britannique. "Que vous ayez été pour ou contre elle, Margaret Thatcher a déterminé l'agenda politique britannique de ces trente dernières années. Tous les débats qui ont aujourd'hui de l'importance au sein de l'arène publique, que cela soit concernant l'économie, les affaires sociales, la politique, la justice, la culture ou les relations du pays avec le reste du monde, gardent l'empreinte qu'elle leur a donné entre 1979 et 1990," explique le journal. "De son vivant elle a dessiné les contours des trente dernières années et au-delà de la mort elle continuera à façonner les trente prochaines. On ne pourrait en dire autant d'aucun autre Premier ministre," réitère le Guardian.
Certains journaux britanniques célèbrent plus ouvertement la carrière politique de Margaret Thatcher, dont le Daily Mail qui titre mardi 9 mars : "The woman who saved Britain". "La Grande-Bretagne était à terre le 3 mai 1979 quand Margaret Thatcher a été élue Premier ministre. Depuis la seconde guerre mondiale, les politiciens avaient comme priorité de gérer le déclin programmé du pays. Ce n'était pas l'ambition de Madame Thatcher. Sa priorité était de faire de la Grande-Bretagne une nation puissante, d'un point du vu économique mais aussi stratégique. En 1983 ? à la fin de son premier mandat ? elle avait clairement réussi," argumente le quotidien conservateur.
De l'autre côté de la Manche, les positions sont moins radicales. Le décès de Margaret Thatcher a pourtant été largement relayé par la presse française, qui met en lumière la controverse que la défunte continue de susciter. "Elle a marqué son temps. Certains s'en réjouissent, d'autres le regrettent, mais on trouverait peu d'observateurs des années 1980 pour nier qu'elles furent des années 'Maggie'. [?] On ne marque pas aussi fortement son époque sans un grand talent politique. Charisme, charme, fidélité à ses convictions, courage dans ses choix, sens du leadership : elle était tout cela, indéniablement," souligne un article du Monde intitulé "L'héritage de la Dame de fer".
Le journal Les Échos parle lui aussi de l'influence durable du thatchérisme en Grande-Bretagne. "Comme son ami Ronald Reagan aux Etats-Unis et exactement à la même époque, Margaret Thatcher a déplacé vers la droite la pensée politique non seulement de son parti mais de tout l'échiquier politique de son pays. En tous cas du point de vue économique et jusqu'à la crise de 2008. Signe de leur influence sans égal à tous les deux depuis 1945 : il laisse au monde la « reaganomics » et elle le « thatchérisme ». Ce n'est pas donné à tous les dirigeants," explique le journal. "La politique du gouvernement Cameron reste d'inspiration thatchérienne : il réduit les dépenses publiques plutôt que d'augmenter les impôts pour abaisser le déficit ; il réforme le gigantesque système de santé du pays pour le décentraliser et le « désétatiser ». [?] En fait, l'influence de Thatcher reste si forte chez les Tories traditionalistes que nombre d'entre eux ont déploré lundi ne plus avoir de leader venant de la petite bourgeoisie, comme Margaret Thatcher, et qui soit capable de parler en son nom au lieu de défendre l'écologie ou le mariage homosexuel, comme le font les jeunes gens bien nés de l'équipe Cameron," ajoute-t-il.
Le journal Libération, qui a titré hier "La grande faucheuse", propose sur son site Internet un article « pédagogique » ponctué d'humour : "Comment bien cracher sur Thatcher en cinq leçons". "Rarement homme (ou femme) d'Etat n'aura été aussi vite expédié en enfer, avant même d'être mis en bière. Les réactions à la mort de Margaret Thatcher, hier lundi, ont été à la hauteur des sentiments violemment contrastés qu'elle a inspiré de son vivant," raconte l'auteur. L'article énumère notamment les nombreuses références (pas toujours sympathiques) à la mort de Thatcher sur les réseaux sociaux, tels que les hashtag #happymonday et #nowthatchersdead. Si les médias français et anglais ont couvert hier de façon extensive la mort de « the Iron lady », ce sont bien les internautes qui ont été les plus imaginatifs en la matière.
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