Les Anglais seraient-ils prêts à abandonner l’alcool pour lutter contre le Covid-19 ?

Par Judith Chouzenoux | Publié le 15/12/2021 à 18:01 | Mis à jour le 15/12/2021 à 18:17
Photo : Brendan Church - Unsplash
Homme travaillant dans un pub

La Norvège vient d’interdire la vente et la consommation d’alcool dans tous les lieux accueillant du public afin de faire face à la menace causée par la nouvelle mutation du Covid-19, le variant Omicron. Cette mesure, assez radicale, nous a poussé à aller demander aux habitués du bar du coin ce qu’ils en pensaient et comment ils réagiraient si blondes et Guinness étaient temporairement interdites dans le pays.

 

À partir du 14 décembre à minuit, les Norvégiens devront trouver le moyen de rendre leur fêtes plus folles, mais sans alcool. Leur Premier ministre Jonas Gahr Støre, a annoncé que tous les bars et restaurants du pays auront l'interdiction de vendre de l’alcool, et ce pour au moins quatre semaines.

 

Une mesure qui a déjà fait ses preuves en Afrique du Sud

Cette prohibition de l’alcool s’accompagne de restrictions parallèles - comme l’incitation au télétravail, le port obligatoire du masque et la fermeture des gymnases - visant à limiter la propagation du variant omicron du Covid-19. Son objectif est simple : limiter les accidents provoqués ou liés à l’alcool, afin de désengorger les hôpitaux et donc de permettre au personnel soignant de mieux prendre en charge les patients atteints du Covid.

 

La Norvège n’est par ailleurs pas la première à avoir interdit la vente d’alcool pour lutter contre la pandémie. En début d’année, c’est l’Afrique du Sud qui avait prohibé l’alcool afin de lutter contre le virus, et les résultats ont semblé être concluants. Dans les colonnes de la BBC, Bongiwe Ndondo, une chercheuse qui s’intéresse aux mécanismes des violences faites aux femmes, a affirmé qu’un certain nombre d’agression et des violences conjugales sont alimentées par l'alcool, et que les restrictions imposées pendant la pandémie ont eu un effet positif sur la société.

 

La BBC rapporte que le pays s’est nettement aperçu des effets positifs de cette prohibition au moment où l’interdiction a été levée. Le docteur Bongiwe Ndondo explique qu’à partir de ce moment, la fréquentation des urgences dans les hôpitaux d'Afrique du Sud a doublé, et que 85 % de celle-ci était due à des événements liés à l'alcool tels que des accidents de voiture ou de moto, des coups de couteau, des fusillades et des agressions. L’interdiction de l’alcool semble donc être un bon allié pour libérer des lits dans les hôpitaux et mieux gérer le flux de patients atteints par le Covid.

 

Interdire l’alcool pour lutter contre la pandémie : qu’en pensent les anglais ?

Bien que de telles mesures ne soient pour l’instant pas d’actualité dans le pays, je me suis demandé comment réagiraient nos amis les Anglais (réputés pour leur franche levée de coude) face à l’interdiction de l’alcool au Royaume-Uni. Pour y répondre, j’ai donc fait une descente au Prince Regent, un petit pub situé dans le quartier de Tower Hamlet, afin de m’y entretenir avec les habitués. Promis, ça n’était pas qu’une technique pour aller boire un verre en pleine après-midi.

 

À mon arrivée, je me suis assise près de Andrew et Connor, deux travailleurs de chantier qui ont bien voulu me donner leurs ressentis sur les annonces norvégiennes. Et fidèles à la réputation du peuple britannique, ces derniers n’ont pas failli à me témoigner leur amour pour la bière et l’alcool.

« L’Angleterre ne serait pas l’Angleterre sans sa bière. »

Les yeux de Connor n’ont fait qu’un tour quand je lui ai expliqué que les Norvégiens n’auraient plus le droit d’acheter d’alcool pendant au minimum quatre semaines. Blagueur, il a ironisé « C’est terrible, j’espère qu’ils ont eu le temps de faire des stocks ! » Pour ce cinquantenaire, de telles mesures ne seraient pas applicables au Royaume-Uni car, ancrée dans les traditions et faisant presque religion, il m’a assuré que « L’Angleterre ne serait pas l’Angleterre sans sa bière. » Son collègue de travail n’a pas semblé apprécier cette perspective non plus. Un peu plus loquace et sérieux que son collègue, il m’a expliqué que, pour lui, ces moments au bar étaient le moyen de se « retrouver entre amis pour passer un bon moment. » Ici, tous deux oublient la pression de la pandémie et retrouvent un peu de leur « vie d’avant. »

 

Au bar, Rachel, la souriante barmaid et serveuse de ce petit pub de quartier, s’est montrée un peu plus lucide que ses clients. Elle m’a expliqué que les confinements et les restrictions précédemment mis en place avaient déjà été « compliqués » pour les pubs, et que si l’alcool venait à être interdit, elle aurait très peur de « perdre son travail. » Au cours de notre échange, elle a ajouté qu’elle s’était faite vacciner afin de pouvoir « continuer à sortir » et qu’il serait « hypocrite qu’un gouvernement qui fait des fêtes de Noël - alcoolisées - en plein confinement interdise à sa population de boire de l’alcool. »

 

Pour l’instant, le gouvernement britannique compte lutter contre le variant Omicron en misant sur une troisième dose de vaccin. Dimanche, Boris Johnson a exhorté la population à se faire vacciner afin « de protéger le système national de santé, les libertés et le mode de vie » des Britanniques, et donc leur droit à boire des Guinness au pub.

 

Judith Chouzenoux - Journaliste Londres

Judith Chouzenoux

Etudiante à Sciences Po Aix, spécialiste de pas grand chose, curieuse d’à-peu-près tout.
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