Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 26 décembre 2016
Oyez, oyez Lecteurs, la première exposition personnelle de Fabienne Verdier à Londres est accueillie par la galerie Waddington Custot, jusqu'au 4 février 2017. Y sont présentées des ?uvres récentes de la série Walking paintings, ainsi que les tout juste éclos Rhythms and Reflections, véritable tournant dans l'?uvre de l'artiste, entre ondes picturales et musicalité de la peinture. Un moment de grâce à ne pas manquer.
"Passagère du Silence" : 10 ans d'apprentissage en Chine
Née en France en 1962, Fabienne Verdier est diplômée de l'Ecole des Beaux-Arts de Toulouse. En 1983, à 22 ans, elle part étudier au Sichuan Fine Arts Institute, à Chongqing. Malgré les multiples interdictions, elle persuade les derniers grands maîtres chinois ayant survécu à la Révolution culturelle de lui transmettre leur art d'une peinture spontanée et leur esthétique millénaire. Une immersion intense qu'elle retrace dans Passagère du silence, livre publié en 2003 et traduit en six langues.
Première étrangère donc à recevoir de cette université chinoise un diplôme supérieur en art, et après une décennie en Chine, Fabienne rentre en France et développe sa propre peinture abstraite. "C'est mon maître Huang qui m'a transmis le goût du risque, du danger, le détachement par rapport à l'exploration, mais aussi sa joie" nous confie Fabienne. Les ?uvres de cette artiste hors du commun explorent la dynamique des forces de la nature et la fluidité du réel.
« Elle est le pinceau des forces du monde ! » (Jean de Loisy, Président du Palais de Tokyo)
Toujours en quête de l'esprit vital, Fabienne Verdier étudie et revisite minimalistes et expressionnistes abstraits américains pendant 3 ans. Puis elle se plonge dans les primitifs flamands (2008-13), dont elle explore palette et énergie à travers des esquisses et des peintures; ces dernières sont exposées par les musées Groeninge et Memling à Bruges au côté des tableaux qui l'ont inspirée, tels que Van Eyck et Memling. Le travail de Fabienne a aussi été présenté lors d'expositions personnelles en Europe et en Asie, et de grands musées tels que Beaubourg ou la Pinakotek der Moderne de Munich achètent ses ?uvres. En 2013, l'architecte Jean Nouvel demande à Fabienne Verdier de l'aider par ses réflexions et ses dessins à nourrir sa conception du nouveau National Art Museum of China (NAMOC) de Pékin, afin de parvenir à transposer dans la forme du bâtiment la simplicité, l'énergie et la puissance d'un unique trait de pinceau. Cette éternelle exploratrice, qui repousse toujours ses limites plus loin, explique : "Je recherche sans relâche de nouvelles formes d'abstraction, avec de nouveaux outils, comme un pinceau géant, manipulé par un guidon de vélo par exemple".
« Walking paintings » et trait d'énergie
Depuis de nombreuses années, Fabienne travaille à la verticale et joue avec la force de gravité. En 2013, elle découvre qu'elle peut prolonger son geste : Il suffit de suspendre pinceaux, brosses et finalement entonnoirs au plafond de son atelier; elle s'affranchit ainsi de leur poids et obtient une amplitude de mouvement étonnante, sans compter que ce réservoir de matière accrochée lui permet de moduler le débit de l'encre à sa guise. Grâce à cette technique inédite, qu'elle baptise "Walking Painting", elle invente un nouveau langage, véritable danse, corps à corps avec la matière, au gré de sa marche sur la toile et de déplacements qu'elle a longuement mûris. Sur les châssis posés au sol, l'artiste module donc sa peinture, l'énergie brute ainsi guidée et libérée révèle les forces d'une matière en mouvement et les fulgurances de l'instant. Une démarche qui trouve un écho particulier dans cette réflexion du Nobel de la littérature mexicain, Octavio Paz: "Le rythme n'est pas mesuré, il est vision du monde ». Mue par une exigence forte, Fabienne ne garde que peu de ses ?uvres. Les Walking Paintings présentés dans cette exposition explorent la notion du trait d'énergie : « Dans ce monde, tout est vibrations, forces en mouvement incessant, combinaisons de rythmes et reflets du réel. Nous-mêmes sommes rythmes baignés dans un grand rythme universel», décrypte l'artiste.
Musicalité du trait et lignes des rythmes
Très marquée par son grand-père compositeur, qui savait donner corps à la rêverie et lui a transmis le goût de l'invention et de la recherche, Fabienne explique : "j'ai toujours entendu de la musique dans le trait, et toujours senti la mélodie d'une trame picturale". Ses dernières recherches l'ont justement conduit à explorer les liens possibles entre la musique et la peinture, particulièrement les concomitances entre lignes sonores et picturales. Artiste en résidence pendant plusieurs mois à la Juilliard School de New York, elle a travaillé avec des musiciens et un professeur de chant." les ondes, rien que dans l'univers d'une note, sont infinies" s'exclame-t-elle. Mue par la musique, l'artiste retranscrit sa sensation des notes et matérialise la musique par un trait, son énergie par une ligne. "Mais c'est grâce au travail sur la voix que je me suis reconnectée avec la puissance de l'émotion et la magie du lâcher prise" s'enthousiasme-t-elle. Le professeur de chant lui a appris à respirer en peignant, de la même façon qu'une cantatrice pose sa voix dans le souffle. Une expérience intense : "Je suis épuisée, mais aussi transformée !" Tout un univers fécond se tisse dans mon esprit, un imaginaire nouveau, né au c?ur de ces formes sonores, s'ouvre à moi" conclut Fabienne Verdier.
Et le visiteur reste longtemps sous le charme si particulier des ?uvres exposées, fait de beauté atemporelle, d'énergie vitale et de spiritualité contemplative.
Exposition à la galerie Waddington Custot, 11-12 Corkey Street, London W1S3LT, de 10 à 18 heures en semaine (fermeture à 16h le samedi) www.waddingtoncustot.com
Sélectionné au London Raindance Film festival cet automne, le film de Mark Kidel, intitulé The Juilliard Experiment, suit l'artiste pas à pas dans ses explorations et ses recherches à la Juilliard School. Ce documentaire sera diffusé au Cinelumierele 14 janvier 2017, suivi d'un Q&R avec Fabienne Verdier, une occasion unique de rencontrer cette artiste rare.