La National Portrait Gallery nous a ouvert ses portes pour découvrir l’exposition du prestigieux Herbert Smith Freehills Kramer Portrait Award 2026. Chaque artiste a son propre parcours, mais partagent tous la même joie, celle de voir leur tableau exposé dans l’un des plus grands musées de Londres.


C'est à l'occasion de la traditionnelle visite de presse de la National Portrait Gallery que nous avons pu découvrir en avant-première les œuvres du prestigieux Herbert Smith Freehills Kramer Portrait Award 2026. Dans les allées de la galerie, l’ambiance est joyeuse. Pour les portraitistes présents, cet événement est l'aboutissement de mois ou même d'années de travail. C'est le cas d'Adebanji Alade, dont l'enthousiasme est contagieux devant sa toile nommée Copycat. ”J’avais 28 ans quand j’ai commencé à postuler. Aujourd’hui j’en ai 54 et je viens d’entrer, je suis sur un petit nuage !” s'exclame-t-il. À l'inverse, pour le jeune Joel Nichols, sa réussite dans la capitale britannique a été fulgurante. Lauréat du Young Artist Award pour son tableau In Our Borderlands, il a encore du mal à réaliser : ”Ça ne fait pas très longtemps que je peins, donc être sélectionné était déjà un choc énorme, mais alors gagner ce prix... C’est incroyable.”
Les coulisses de la création à Londres

Derrière les parcours de ces artistes, cette édition 2026 nous fait entrer au cœur du leur quotidien. Le tableau d'Adebanji raconte ainsi un moment de vie. Pour pouvoir peindre tranquillement chez lui, il avait installé des petites tables pour ses enfants afin que toute la famille peigne ensemble. Cette œuvre très familiale se ressent aussi de l'autre côté de la pièce devant le tableau de Paul Aston, The Costumier. Pour sa toute première sélection, l'artiste a choisi de peindre sa propre fille, Rosa, qui travaille comme costumière pour le théâtre et le cinéma. “C’est un immense honneur. J’ai été très surpris de recevoir un e-mail qui me disait que j'étais accepté”, nous confie-t-il avec un grand sourire.
Mais le portrait contemporain est aussi une histoire de technique et de textures, où les artistes aiment jouer avec les dimensions. Paul Aston a voulu faire un clin d’œil au métier de sa fille : “Rosa passe ses journées à créer des costumes en 3D à partir de patrons à plat, en deux dimensions. Pour le tableau, j’ai fait l’inverse. J’ai aplati son haut et l’arrière-plan pour la transformer, elle, en un objet en 2D.” Pour d'autres, le défi se retrouve dans la géométrie. Adebanji Alade nous avoue que le dessin reste la partie la plus difficile : “J'ai dû tout quadriller pour la perspective, et si on regarde bien, on peut encore voir les lignes de construction rouges sous la peinture.”
Bousculer les codes de l'art britannique
Pour ces peintres londoniens, le choix des matériaux ne se fait pas au hasard. Si Paul Aston travaille une huile appliquée au chiffon pour donner de la matière, Anji Richards n’utilise que l'acrylique pour sa toile Red Shoes. C’est sa deuxième tentative au concours, et cette année est la bonne. “J'aime la peinture fluide et assez fine pour mieux la déplacer, et puis il y a le temps de séchage qui change tout”, explique-t-elle. Son œuvre apporte une dimension engagée à l'exposition, où son modèle s'approprie des vêtements masculins.
“C'est une façon d'affirmer que les femmes sont les égales des hommes. Le style et le dandysme sont très ancrés dans la culture noire, et je veux qu'en regardant ce tableau, les femmes, et particulièrement les femmes noires, ressentent de la confiance et de la puissance”, confie Anji. Une volonté de transmettre une force intérieure que partage pleinement le jeune lauréat Joel Nichols, encore ému par sa récompense et profondément reconnaissant envers le jury.
Qu’ils attendent ce moment depuis quelques mois ou depuis plus de vingt ans, ces peintres prouvent qu'un portrait est bien plus qu'un simple visage. Une exposition, à voir dès maintenant à Londres jusqu’au 7 octobre.
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