Le Machu Picchu, une merveille dégradée par le temps et le tourisme

Par Julie MARFIN | Publié le 29/08/2022 à 17:15 | Mis à jour le 29/08/2022 à 19:55
Photo : Crédit : Julie Marfin
Le Machu Picchu, une merveille dégradée par le temps et le tourisme

Entre 2017 et 2019, plus d’un million de personnes ont visité, chaque année, l’ancienne cité des Incas. Déjà fragilisé par le temps, ce chiffre n’est pas sans conséquence pour ce site classé à l’UNESCO.

 

Depuis son ouverture, les touristes affluent en nombre croissant au Machu Picchu. A partir de 2017, 1,5 million de visiteurs se sont rendus sur le site, soit le double de la limite recommandée par l’UNESCO. Avant cette date, seuls 400 000 personnes étaient attendues chaque année. Ce chiffre correspond aussi au nombre d'entrées en 2021, après la période de crise sanitaire. Cette année, des manifestations ont explosé dans le village de la cité perdue. Depuis la fin du mois de juillet, touristes et commerçants contestent les quotas imposés par le gouvernement péruvien. Pour lutter contre les dommages causés par le tourisme de masse, les autorités avaient fixé à 3 044 le nombre d'entrées par jour. Mais un mois plus tard, cette limite est finalement repoussée à 5 000 personnes.

Le Machu Picchu a été construit pour accueillir 400 à 600 personnes. Mais aujourd’hui, il reçoit plus de 4 000 visiteurs chaque jour. (Noheni Caminada, guide depuis 33 ans à Cusco et ses alentours)

Le Machu Picchu, une merveille du monde victime de son succès

Des milliers de personnes foulent les sentiers de la cité perdue chaque jour. En raison de ce passage incessant, le sol doit être entretenu et souvent rénové. “Dans les zones à fort trafic, des géoblocs (grilles en plastique écologique) ont été placés sur les chemins pour réduire l’érosion et l’affaissement des chemins. Des pontons, des escaliers en bois et des rampes ont aussi été installés pour éviter le piétinement de secteurs déjà fragilisés par le passage”. Mais certains éléments sont irremplaçables, comme les escaliers taillés directement dans la roche, les grandes portes et certaines poutres. “Les portails sont constamment touchés par les visiteurs pour poser et prendre des photos. Cela provoque l’usure du granit et l’exposition du quartz”, regrette la guide touristique.

 

Le Machu Picchu, une merveille dégradée par le temps et le tourisme
Géoblocs installés pour renforcer le sol, à l’entrée du site archéologique. Crédit photo : Julie Marfin

 

Le Machu Picchu a été édifié dans une région très pluvieuse. C’est pourquoi, “sa construction a mérité la création d’un système de drainage complexe” pour ne pas subir les conséquences des averses. Mais ce système est actuellement affecté par la charge excessive de milliers de visiteurs. “Le trafic élevé compacte le sol et élimine progressivement ce système d’écoulement, pourtant nécessaire à la survie du site archéologique”. Les touristes ne sont pas toujours respectueux, de ce site archéologique, “certaines personnes ont déjà tagué les murs de la cité, d’autres sont montés sur les murs pour sauter de maison en maison… Tout a été nettoyé, mais les dommages restent”. Aujourd’hui, les fissures sont nombreuses dans l’enceinte de la ville édifiée par l’Inca Pachacutec. Certains débris de murs sont retenus par des sacs de sable et les agents de sécurité sont nombreux à surveiller les curieux.

 

Le Machu Picchu, une merveille dégradée par le temps et le tourisme
Système de drainage et de purification d’eau de source. Crédit photo : Julie Marfin

 

Le Machu Picchu, un site archéologique à la merci des éléments

Le temps est toujours un des principaux responsables de la dégradation de l’ancienne cité inca. Ce facteur, combiné aux aléas climatiques et à l’afflux permanent de touristes, contribue à détériorer le site archéologique. En début d’année, 900 personnes ont été évacuées de la ville du Machu Picchu Pueblo à cause des pluies et des inondations.

Cette tendance naturelle est renforcée par le changement climatique. Noheni est une spectatrice impuissante de ces ravages, “on assiste à une colonisation lente mais irréversible de différentes espèces de lichens sur le site.” Ce parasite détériore la pierre et se nourrit (entre autres) d’éléments liquides et chimiques comme la sueur, la crème solaire, les répulsifs… “Le fait de toucher avec des mains sales les murs de la cité permet au lichen de se répandre dans de nouveaux secteurs”, et de fragiliser encore plus ce joyau de l’histoire préhispanique.

Aujourd’hui, cette merveille du monde a été scannée intégralement pour ne pas perdre l’héritage de cette ancienne civilisation. Le savoir renfermé dans ces murs est conservé virtuellement, mais il est impossible de reconstruire la citadelle à l’identique. Les compétences des Incas ne peuvent pas être reproduites et leur ingéniosité reste impossible à égaler. Le Machu Picchu reste donc un trésor inestimable, soumis aux caprices du temps, du climat et de ses visiteurs.

 

Le Machu Picchu, une merveille dégradée par le temps et le tourisme
Usure des pierres par le passage des touristes et l’érosion naturelle. Crédit photo : Julie Marfin

 

 

La “vieille montagne”, un lieu résistant aux séismes

Le Pérou est un pays connu pour ses séismes. Mais ces derniers n’affectent pas la citadelle, construite pour résister aux tremblements de terre. “Le site est construit à la cime d’une montagne, naturellement protégée par la jungle qui l’entoure”, détaille Noheni Caminada. Confronté aux séismes lors de l’édification de la ville, les Incas ont élaboré des techniques de construction capables de résister aux secousses. “L’architecture des murs est réalisée de manière à favoriser leur conservation. A la base des fondations, on trouve de grandes et lourdes roches, enchâssées les unes dans les autres, sans ciment. Plus le mur est haut, plus les roches sont petites. Ces éléments permettent une bonne stabilité dans le temps”. La civilisation préhispanique vivait en harmonie avec la nature. Ils prenaient en compte la forme et la structure de chaque pierre avant de la casser pour “l’utiliser à son plein potentiel”. Cette stratégie permet là encore de renforcer l’architecture du lieu.

 

julie marfin journaliste

Julie MARFIN

Étudiante à l'Ecole de Journalisme de Nice (EDJ), je suis actuellement stagiaire chez Le Petit Journal de Lima. Amatrice de photographies et passionnée d'écriture, je travaille sur des sujets sociétaux, culturels et environnementaux.
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