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Français d’origine Indonésienne, rencontre avec Anda Djoehana

Par Valérie Pivon | Publié le 07/10/2018 à 23:30 | Mis à jour le 09/10/2018 à 03:43
Djoehana Anda Wiradikarta chercheur enseignant

Nous avons découvert le travail d’Anda Djoehana Wiradikarta en consultant le site en ligne d’Asialyst où il écrit des articles économiques et politiques sur l’Indonésie. Après quelques contacts et mails, nous avons pu échangé avec lui sur son parcours particulier d’enfant né en France de parents indonésiens. Anda est un homme charmant, affable et plein d’humour. 

Son parcours passe par la première école française de Jakarta en 1959

Afin de comprendre le parcours d'Anda, il est intéressant de revenir sur le contexte historique de l’époque. Le grand-père d’Anda, Raden Moehamad Djoehana Wiradikarta, est médecin spécialiste réputé de microbiologie et de sérologie à l’université de Bandung, il est également l’un des cinq fondateurs de la Croix Rouge indonésienne. Son grand-oncle s’appelle Sjahrir, il fut le premier 1erministre de la République d’Indonésie de 1945 à 1947 avant d’être exilé en 1960 par Sukarno car Sjahrir lui contestait le tournant autoritaire pris en 1957 appelé "démocratie dirigée".

Les parents d’Anda, tous deux jeunes étudiants au lycée néerlandais de Semarang de , décident de poursuivre leurs études en Europe. En 1948, à Semarang, les cours sont dispensés en hollandais et en français. Ces écoles sont réservées aux enfants de parents fonctionnaires. Anda précise que parler « le hollandais et le français est un marqueur social à l’époque ». Son père poursuit ses études à la Sorbonne et sa mère en Angleterre où ils se marient. Ce fut le premier mariage indonésien dans la plus pure tradition célébré en Angleterre, ils eurent droit à la une des journaux. Sa mère habillée du beau costume sundanais region de Java, et son père porte la tenu Minangkabau région de Sumatra d’où est originaire sa famille.  « J’ai eu de la chance que mes parents décident de vivre à Paris, j’y suis né. J’aurais pu naître en Angleterre et manquer tous ces plaisirs de la nourriture française. »  nous dit avec humour Anda.

Pour lui le premier séjour à Jakarta se fera entre 1957 et 1959, période durant laquelle ses parents travaillent dans la capitale. « Nous habitions à Menteng un quartier qui s’est développé dans les années 1930. J’ai eu la chance d’aller à l’école française Saint-Exupéry, nous étions une vingtaine d’élèves. Ce pavillon ouvert sur la plage avait été construit pour les enfants des employés d’une société française qui construisait la digue de Tanjung Priok. Heureusement, durant les cours nous faisions dos à la mer » nous raconte Anda.

baie Tanjung priok Jakarta
Baie de Tanjung Priok 1950 @COLLECTIE_TROPENMUSEUM

Puis retour à Paris, où il poursuit ses études, collège, lycée, classe préparatoire au réputé Lycée Stanislas où il ne trouve pas l’ambiance extraordinaire. Il préfère le Lycée Saint-Louis mieux situé et surtout plus pratique pour les escapades et participer aux manifestations. Il décroche un diplôme d’ingénieur en travaux publics, puis s’inscrit grâce à une bourse d’études à l’institut du pétrole. Il travaille pour le groupe pétrolier Total pendant 13 années, puis 5 années pour un groupe indonésien à Jakarta. De nouveau retour à Paris où il décide de passer un doctorat en sciences de gestion. Son sujet de thèse est tout trouvé : gérer les femmes et les hommes en Indonésie : le cas Total. Il va interroger de nombreux employés sur des cas concrets, comprendre ainsi la dimension importante de l’interculturalité. Il nous explique ainsi que le sourire indonésien est le sourire est une manière inconsciente de signifier qu'on est "ouvert" car ce qui est inconsciemment craint dans les rapports entre individus dans la société indonésienne, c'est d'être confronté à quelque chose de perçu comme "fermé". De même, on craint de ne pas faire partie du groupe, ce qui ne veut pas dire que le groupe est en lui-même important. Chaque pays possède ses différences : « oubliez de dire bonjour en France à quelqu'un avant de lui poser une question, vous allez vite comprendre ».

Aujourd’hui Anda est enseignant et chercheur en management interculturel. Il enseigne son programme à l’université du Havre et la géopolitique à l’École Supérieure de Commerce de Dijon. Il est aussi coach pour des sociétés françaises. Il nous donne le cas d’un expatrié tout juste arrivé à Jakarta qui essayait d’appliquer les mêmes modes de management qu’il utilisait en Afrique en Indonésie…

Faire connaître l’Indonésie en France

« On ne parle pas assez de l’Indonésie en France, ce grand pays reste méconnu. On en a une idée fausse, on le présente comme le plus grand État musulman au monde, c’est comme si on présentait l’Angleterre comme un pays protestant. L’islam n’est pas affiché dans la constitution indonésienne, l’identité du pays c’est le pluralisme. Le Garuda, monture de Vishnou, l’un des trois dieux de la trinité hindouiste, est l’emblème du pays. La constitution reconnaît six religions. Les pays musulmans ont le Croissant Rouge, l’Indonésie a la Croix-Rouge  ».

Anda, passionné d’économie, de politique et de sciences humaines et sociales écrit depuis plusieurs années pour Asialyst, un site d’information en ligne créé par d'anciens journalistes basés en Chine qui a la particularité de mettre en avant l’Asie. Son rôle est d’apporter un éclairage sur la situation économique et politique de l’Indonésie. 

 

Petite question pour la faim :

On a demandé à Anda quel est le meilleur restaurant indonésien de Paris ?  « J’aime beaucoup aller au restaurant Djakarta Bali dans le 1er arrondissement, la nourriture y est délicieuse, de nombreux indonésiens de passage s’y retrouvent. »

Anda est français, mais Anda est aussi Indonésien dans le cœur.

 

Pour retrouver tous les articles d’Anda Djoehana Wiradikarta parus dans Asialyst, cliquez ici.

Crédit photo: Eleonore Mandel

 

 

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Valérie Pivon

Expatriée depuis plus de 20 ans en Asie dont 12 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'Indonésie.
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