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Ces Français qui ont 25 ans et plus d'expatriation en Indonésie !

À l’occasion du 25ème anniversaire du Petit Journal, créé en 2001 par Hervé Heyraud au Mexique et désormais riche de 76 éditions dont celles de Jakarta et de Bali, nous déclinons le chiffre 25. Aujourd’hui, nous vous proposons de faire la connaissance avec des Français qui ont 25 ans et plus d’expatriation dans l’archipel indonésien.

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En haut de gauche à droite : Fabrice Mini et Olvia Olvia Reksodipoetro. En bas de gauche à droite : Claire Quillet et Jérome Clé. Ces Français sont installés depuis plus de 25 en Indonésie
Écrit par Lepetitjournal Jakarta
Publié le 9 janvier 2026, mis à jour le 13 janvier 2026

Fabrice, 25 ans + 3 : l’Indonésie au cœur

Arrivé à Jakarta à l’été 1997, Fabrice ne savait pas encore qu’il venait d’embarquer pour l’aventure d’une vie. À l’époque, ce jeune diplômé de l’ESSEC, est repéré par le groupe Accor, qui cherche un directeur pour ouvrir un resort pionnier à Tanjung Lesung, à l’ouest de Java. « Ils cherchaient un jeune directeur pour développer un resort au pied du Krakatau », se souvient-il. Il accepte sans hésiter et quitte Paris pour l’archipel. 

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Vingt-huit ans plus tard, l’Indonésie est devenue bien plus qu’une simple expatriation : c’est un pays d’adoption. De Toraja, dans les hautes terres de Sulawesi, où il a dirigé un Novotel inspiré des maisons traditionnelles et rencontre celle qui deviendra son épouse (issue des communautés Bugis), à Yogyakarta, la capitale culturelle où il possède aujourd’hui une maison des années 1920, Fabrice a sillonné l’archipel d’est en ouest jusque dans les confins de Bornéo et de la Papouasie dans des régions oubliées ou méconnues. Après 24 ans pour Accor, il a créé sa boîte dans le management hôtelier en 2021, Swiss-Belhotel, qu’il revend en 2024 tout en gardant la direction des opérations.

Ce qu’il aime en Indonésie, c’est d’abord cette mosaïque humaine et culturelle. « C’est un pays d’extrêmes, avec des hauts terriblement hauts et des bas terriblement bas », aime-t-il répéter, citant l’un de ses mentors qui lui conseillait de regarder plutôt la tendance générale de la courbe. La sienne est orientée vers le haut. Alors l’aventure indonésienne se poursuit. Fabrice admire la résilience, l’entraide et la compassion des Indonésiens, forgées par les catastrophes naturelles, les crises politiques, les épreuves du quotidien et une Histoire séculaire.

En 28 ans d’Indonésie, il en a vu : les émeutes de 1998, les attentats de Bali en 2004, le séisme de Yogyakarta, le tsunami de Palu. Malgré ces drames, il a choisi de rester, quand beaucoup d’expatriés faisaient leurs valises. En près de trois décennies, Fabrice a aussi observé le pays changer. Il souligne les progrès spectaculaires dans la santé, l’éducation et les infrastructures. « L’Indonésie est en perpétuelle effervescence », note-t-il, impressionné par l’ampleur des transformations.

Pour lui, la force principale de l’Indonésie repose sur sa civilisation ancienne qui a su préserver une délicatesse sociale et un art de vivre uniques. Un pays parfois chaotique, souvent imprévisible, mais profondément vivant. À 52 ans, père de trois filles, dont les deux aînées font leurs études en Europe mais reviendront certainement en Asie, Fabrice se projette durablement en Indonésie. Il garde l’envie de continuer à découvrir le pays et termine la construction d’un internat aux Célèbes qui accueillera des enfants défavorisés. Bref, il résigne pour 25 ans sans hésitation!

 

Olvia Reksodipoetro, 25 ans x 2 + 2 =  52 ans d’Indonésie : d’un voyage spirituel à une vie d’engagement

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Quand Olvia pose le pied en Indonésie, en 1974, elle pense n’y rester que deux mois. La jeune femme de 27 ans a mis de côté juste ce qu’il faut pour cette parenthèse, imaginée comme une respiration : quitter Paris, s’éloigner de la mode où elle travaille, se retrouver au calme et réfléchir à la suite. Cinquante-deux ans plus tard, la « parenthèse » est devenue une vie entière — construite entre Jakarta, des affectations diplomatiques à l’étranger, une famille indonésienne et un engagement social.

Dix jours après son arrivée en Indonésie, une opportunité professionnelle surgit grâce à une amie : un poste au bureau des Nations Unies de Jakarta. Elle y restera cinq ans et grâce à ce job rencontre son mari. Un Indonésien « assis derrière moi au bureau. Je me suis retournée et nous avons commencé à parler ». Ils ne se sont depuis jamais quittés. 

La vie les mène aux États-Unis, en Belgique ou en Norvège avant de s’installer définitivement à Jakarta au début des années 2000. Après avoir monté une société de consulting, Olvia prend en 2005 la tête de la yayasan YUM qui agit dans le domaine de la santé, de l’éducation et de l’émancipation des communautés. Fondation, aujourd’hui dirigée par sa fille Vanessa. 

Si Olvia est restée, ce n’est pas seulement par amour pour son mari, sa fille et son fils franco-indonésiens. « Je me sens bien ici », dit-elle simplement. Elle évoque une Indonésie où les gens sont « en général très gentils », et surtout une dimension centrale : la famille de son mari, immense, soudée, et marquée par une exigence éducative forte (études supérieures, professions qualifiées, culture du diplôme). En France, Olivia n’a qu’un frère ; en Indonésie, elle a « une grande famille ».

Son regard sur l’Indonésie est celui d’une témoin rare. Arrivée sous Suharto, elle a connu la dictature (1974–1998) et l’après, avec l’ouverture progressive. Ce qui la frappe le plus, c’est l’ampleur des transformations : politiques, sociales, économiques, urbaines. Olivia ne romantise pas en revanche Jakarta. Elle dit ne l’avoir « jamais beaucoup aimée » : trop chaude, peu faite pour la marche, longtemps sans trottoirs, avec peu de parcs. Même autrefois, il y avait déjà des embouteillages. Mais elle note un progrès net : aujourd’hui, la capitale offre davantage de confort et de choix — restaurants, supermarchés, loisirs — et la qualité de vie quotidienne est « nettement meilleure ». Elle se souvient d’un Jakarta où trouver du beurre ou du bon pain relevait de l’exception.

À bientôt 80 ans, Olvia ne parle pas de retour. Les raisons sont affectives, culturelles, mais aussi matérielles : une retraite française modeste, une vie devenue indonésienne, un équilibre trouvé. 

 

Claire Quillet : 25 ans + 1 en Indonésie de l’humanitaire à l’entreprenariat

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Claire Quillet : 25 ans + 1 en Indonésie de l’humanitaire à l’entreprenariat

Géologue de formation, spécialisée dans l’eau et l’assainissement, Claire Quillet est envoyée par Médecins Sans Frontières aux Moluques en 1999 alors qu’une guerre civile déchire chrétiens et musulmans. La mission initiale de la Française alors âgée de 27 ans est prévue pour deux mois sur les îles Kei.

Urgentiste dans l’âme, habituée aux zones de guerre — elle revient alors du Soudan — Claire Quillet arrive pour répondre à une crise humanitaire, notamment sur les enjeux vitaux d’accès à l’eau potable et à l’assainissement pour les populations déplacées. Mais la guerre se prolonge, les missions s’enchaînent, et les deux mois deviennent des années. Des Moluques au Timor oriental, puis à Aceh, elle accompagne les populations prises dans les conflits armés et une succession de catastrophes naturelles majeures : séismes, éruptions volcaniques, jusqu’au tsunami d’Aceh.

L’Indonésie devient alors un terrain d’engagement permanent, où elle travaille successivement pour Médecins Sans Frontières, une ONG locale, Oxfam, puis l’UNICEF. Parallèlement, le pays lui offre une rare possibilité dans le monde de l’urgence humanitaire : celle de concilier missions à haut risque et vie familiale. Installée notamment à Bali, Yogyakarta puis Jakarta, elle fonde une famille avec un Indonésien et élève deux enfants, tout en continuant à intervenir sur l’ensemble de l’archipel.

Changer d’île, c’est pour elle presque changer de pays — une diversité qui répond à son besoin de mouvement et de renouvellement. L’Indonésie, avec sa complexité, sa beauté et ses habitants, devient peu à peu bien plus qu’un terrain de mission : son pays de coeur.

En 2016, Claire quitte l’humanitaire et monte une société de conseil en pratique de développement durable auprès des entreprises. Cet engagement entrepreneurial lui fait gagner le prix « entrepreneur » aux Trophées de l’ASEAN 2022 organisé par Le Petit Journal.

 

En 26 ans, Claire a vu la capitale se transformer à un rythme vertigineux, mais pas toujours de manière équitable. Pour elle, le changement le plus frappant est l’explosion des inégalités économiques. Là où la plus belle voiture était autrefois une Mercedes, on croise aujourd’hui des Ferrari et des Maserati dans les rues de Jakarta. Ces symboles de richesse roulent pourtant à quelques mètres de kampung  toujours aussi précaires.

Certains habitants ont toujours autant de difficultés d’accès à l’eau ou à vivre de façon légale sur un terrain constructible. Pourtant, une révolution silencieuse a aussi bouleversé le pays : l’accès à l’information et la consommation via le smartphone. Même les plus pauvres possèdent désormais un téléphone portable, parfois sans même avoir de toilettes à la maison. Une pauvreté qui n’est pas toujours visible en comparaison de pays comme l’Inde ou le Bangladesh précise Claire. Elle reste aussi stupéfaite par la capacité d’adaptation des Indonésiens face aux difficultés. « Ils sont hyper débrouillards, ils sont hyper créatifs. Ils arrivent toujours à se débrouiller », souligne-t-elle en précisant que plutôt que de mendier, ils vont trouver une activité improbable comme les « agents de circulation » au coin des rues. Ou pour ceux qui ont connu cette époque : les joki, ces personnes qui proposaient d’embarquer dans votre voiture pour respecter l’obligation de covoiturage à trois au minimum en vigueur à l’époque notamment sur Sudirman. En 26 ans, ce qui n’a pas changé en revanche, c’est l’attachement de Claire pour l’Indonésie.   

 

Jérome Clé : 25 ans + 13 à Bali !

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Jérome Clé découvre Bali pour la première fois en 1986 alors qu’il est en mission professionnelle au Vietnam. Il est immédiatement séduit par l’ambiance de l’île des Dieux qui lui rappelle mais en plus dynamique les Antilles et la Guyane où il a grandi. À l’époque, Seminyak n’est qu’un grand hameau, où l’on circule facilement. Sur l’île, l’artisanat local foisonne, le tourisme de masse n’a pas encore déferlé et l’offre culturelle le séduit. Jérome investit presque dès le début dans un projet de villa. « Je me suis fait avoir mais j’ai pas abandonné et puis après j’ai investi dans le secteur hôtelier, dans de nombreux restaurants », raconte-t-il. Commence alors une vie on/off entre Bali, Singapour et la Suisse. Mais l’hôtellerie restauration est une activé secondaire. Jérome investit le plus gros de son temps le secteur de la Fintech dans lequel il pilote plusieurs projets en Europe et à Dubaï, dans les domaines du paiement et de la blockchain.

Observateur attentif de Bali depuis près de quarante ans, Jérome Clé porte un regard lucide sur l’évolution de l’île. Il décrit un basculement progressif vers un tourisme de masse, accentué après la pandémie de Covid-19 : explosion de Canggu, afflux de nomades digitaux, d’influenceurs et de projets immobiliers parfois anarchiques, engendrant embouteillages, tensions sur les infrastructures et transformations profondes du tissu local. Sans nostalgie excessive, il reconnaît néanmoins la disparition progressive de l’artisanat traditionnel et d’un certain art de vivre. « Mais je vis avec mon temps, sinon je devais devenir un vieux con », souligne-t-il dans un éclat de rire. 

Installé aujourd’hui de manière permanente à Bali, avec sa fille, dernière de ses quatre enfants. il a récemment investi dans Le Restaurant – The Club Bali, une table française proposant une cuisine classique, généreuse et maîtrisée. Rapidement salué, l’établissement figure déjà parmi les dix meilleurs restaurants de sa catégorie sur l’île.

 

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