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Et si l’APAC était le nouveau centre du monde ?

Par Lucie Pech | Publié le 08/10/2017 à 12:50 | Mis à jour le 09/10/2017 à 16:35
Photo : Les CCE Haut de France à Bali
CCE Mondial Bali

Les conseillers du Commerce extérieur de la France ne s’y sont pas trompés en se rassemblant les 5 et 6 octobre dernier à Bali. Durant 2 jours plus de 400 entrepreneurs français ont échangé sur les opportunités d'exportation et d'internationalisation dans la zone Asie Pacifique ou APAC.

La plupart des Conseillers viennent des pays d'Asie mais certains ont fait un plus long voyage et arrivent du Maroc, de la Suède voire même de l'Amérique latine. Enfin les régions françaises ne sont pas en reste et ont envoyé également leurs représentants jusqu'à Bali. Il faut croire que le rendez-vous est important et que le thème choisi Autre monde, vues d'Asie-Pacifique promet d'être passionnant. Outre les nombreux chefs d'entreprise, se succèderont au micro des économistes, des hommes politiques, des spécialistes de l'export et de son financement, des avocats, les responsables des organismes français et des institutions, des chercheurs et des professeurs. Tous veulent débattre et apporter leur analyse sur le rôle que la France peut tenir en Asie-Pacifique et sur les moyens qui sont en sa possession pour affirmer une présence souvent trop fragile encore. 

Nicolas Sartini, directeur général d’APL du groupe CMA-CGM, un des leader mondial du transport maritime, résume très bien la situation : “pour notre activité nous avons créé de nouvelles cartes qui place la zone Asie-Pacifique au centre du monde car sur 250 millions de containers qui transitent chaque année autour de la planète les deux tiers du trafic se fait au sein de l'APAC. Le centre de gravité de notre activité s’est clairement déplacé en Asie où nous comptons aujourd’hui 40% de nos effectifs.” Il faut dire que le 1er commerce mondial du secteur est le commerce intra-asiatique et que les 8 premiers ports mondiaux sont situés dans l’APAC. Et Alain Bentéjac, président du CNCCEF (conseil national des conseillers du Commerce extérieur de la france), de rajouter : “L’APAC, c’est 45% du PIB mondial, 60% de la population et 60% de la croissance”.

"Réduire la pauvreté et les inégalités ainsi qu’améliorer les infrastructures sont les 3 obsessions de notre Président Jokowi"

Cette croissance soutenue engendre de nombreux besoins car la population augmente rapidement et avec elle une classe moyenne qui consomment plus et devient plus exigeante en ce qui concerne les services dont elle a besoin tels que l’éducation ou la santé. Pour ne parler que de l’Indonésie le pays doit absorber chaque année 2 millions de jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Pour ce faire, Jean-Alexandre Egéa directeur du service économique à l’ambassade de France explique que “le pays doit absolument développer son investissement publique et privé pour combler son retard dans les 3 domaines que sont l’éducation, la santé et les infrastructures”. Et l'Indonésie s’y emploie activement comme le rappelle Mahindra Sinegar, économiste indonésien : “réduire la pauvreté et les inégalités ainsi qu’améliorer les infrastructures sont les 3 obsessions de notre président Jokowi”

La France pourtant présente en Indonésie à travers 200 filiales implantées localement n’est que le 16e fournisseur du pays, le 2e européen après l’Allemagne. Loïc Bergerot, directeur de Business France en Indonésie donne des directions : “il faut cibler les besoins pour saisir les opportunités. Le premier poste de dépense des foyers indonésiens reste l’alimentaire. Pourtant les citoyens ont aussi besoin de se soigner et aujourd’hui il n'y a dans le pays qu'un hôpital pour 120.000 habitants (NDLR : 3 fois moins qu’en Malaisie et 10 fois moins qu’en France). L’éducation et le divertissement sont aussi des domaines en pleine expansion pour une population jeune et hyperconnectée”.

Pour ce qui est des infrastructures, Pierre Noyer président des CCE en Indonésie précise : “30 millards de dollars sont investis chaque année dans les infrastructures en Indonésie. Pour rattraper son retard le pays devrait investir de 60 à 80 milliards annuellement “. Ce qui représente de nombreuses opportunités pour les entreprises hexagonales qui peuvent faire valoir leur savoir-faire dans tous ces domaines : l’alimentation, l’énergie, le maritime, le médical…

Thomas Lembong au Mondial des CCe à Bali
Thomas Lembong au Mondial des CCE à Bali

On peut aussi se réjouir de l'intervention de Thomas Lembong, ministre du Commerce indonésien de 2015 à 2016, qui assure que l'image de la France n'a jamais été aussi bonne auprès de l'opinion publique indonésienne. Il décrit l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron comme une chance pour notre pays. "C'est la 1ère fois depuis bien longtemps que nous, Indonésiens, sommes si intéressés par la France" et de conclure son intervention par un chaleureux "Congratulation for your very inspiring President..."

Mohan Kumar au Mondial des CCe à Bali
Mohan Kumar au Mondial des CCE à Bali

 

Pourquoi la France devrait faire beaucoup mieux en Asie

Pourtant l’APAC ne représente toujours que 10% de l’activité de l’export de la France. Et c’est Mohan Kumar, ancien ambassadeur indien en France, qui, non sans humour, s’est penché sur ce problème. Il explique pourquoi la France devrait faire beaucoup mieux en Asie. Pour résumer son intervention qui a réjoui l’assemblée des entrepreneurs français réunis à Bali, il parle d’une France qui historiquement a toujours eu plus de relations avec l’Afrique que l’Asie, d’une France qui n’aime pas les âpres négociations telles qu’elles sont pratiquées dans la région et se targue “de ne pas être un marchand de tapis” ce qui pour un Asiatique démontre un manque de patience et de persévérance... Une France sûre de ses atouts et qui ne prend pas la peine de les exposer : “Sciences po pourrait être meilleure que Harvard mais personne ne le sait” ironise-t-il pour illustrer son propos. Enfin, il dit qu’il n’a toujours pas compris si les Français adoraient ou détestaient l’argent. “Et c’est un citoyen indien du pays de la spiritualité qui doit vous dire ça !” insiste-t-il. 

Pour répondre à la question de savoir si l’APAC est le nouveau centre du monde, laissons le mot de la fin à un jeune prodige, Charles Guinot, fondateur de OnlinePajak que l'on pourrait décrire comme le “impôts.gouv” indonésien : “La bataille de l’économie mondiale est ici. Entreprendre loin de son pays est libérateur, on se sent plus libre d’échouer. On dit que les règles ne sont pas claires en Indonésie mais au contraire, quand rien est écrit tout peut être écrit.” 

Espérons que ses conseils inspireront les entrepreneurs français.

Lucie pech

Lucie Pech

De Casablanca à Jakarta en passant par Alger, Istanbul, Phnom Penh, Colombo ou Nairobi, l’expatriation est ma 2e nature. Passionnée de voyages et de rencontres. J'aime partager mes découvertes sur notre gigantesque et trépidante ville de Jakarta
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