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Quartiers d’Istanbul : pittoresques Fener et Balat sur la Corne d’Or

Les quartiers de Fener et de Balat, dans l’arrondissement de Fatih, comptent sans aucun doute parmi les plus typiques d’Istanbul. Fener tire son nom d’un ancien phare byzantin, c’est pourquoi on l’appelait jadis "Phanar". Après que le Patriarcat de Constantinople y ait été installé, les alentours furent essentiellement habités par des Grecs qui occupaient souvent au palais les fonctions de traducteurs et interprètes.

Le quartier de FenerLe quartier de Fener
Écrit par Gisèle Durero-Köseoglu
Publié le 30 octobre 2023, mis à jour le 15 décembre 2023

Quant au quartier de Balat, il doit son appellation au vocable "palation", qui désignait le palais des Blachernes, situé sur la colline. Autrefois, c’était le village juif d’Istanbul, habité par les "Romaniotes" ou Juifs byzantins et plus tard, par ceux venus d’Espagne à l’invitation du sultan Bayazid II, comme l’atteste la présence de nombreuses synagogues.

Ces deux quartiers, vidés de leurs habitants d’origine après les tragiques événements de 1955, ont ensuite servi de refuge à de pauvres émigrés des campagnes ; réhabilités depuis 1998, ils sont connus pour leurs maisons authentiques et colorées, leur richesse historique et comptent aujourd’hui parmi les lieux à la mode d’Istanbul…

 

Maisons de Fener

 

Voir les Sceaux de Salomon de la Mosquée de la rose

Après avoir dépassé l’Université Kadir Has, en marchant vers Fener, n’omettez pas d’aller voir la Mosquée de la rose ou  "Gül Cami", ancienne église Sainte-Théodosie. On raconte qu’au moment de la Conquête de Constantinople, le soldat qui y entra la découvrit décorée de roses, ce qui lui aurait valu son nom. Son très bel intérieur attire l’attention par la multitude d’étoiles à six branches, nommées par les Turcs "Sceaux de Salomon", qui en décorent les voûtes.

 

Mosquée de la rose

 

Découvrir le Pilier de la Flagellation au Patriarcat

Le Patriarcat Œcuménique de Constantinople (Fener Rum Ortodoks Patrikhanesi) est la première juridiction autocéphale de l’Église Orthodoxe et son patriarche - Bartholomée 1er depuis 1991 -, est reconnu honorifiquement "Premier entre ses pairs" par les autres patriarches.

 

Cathédrale Saint-Georges.

 

La cathédrale Saint-Georges, datant du XVIIIe siècle, abrite deux reliques insignes du christianisme : le Fragment du Pilier de la Flagellation sur lequel Jésus aurait été attaché avant la montée au Calvaire, souvent représenté sur la sixième station du Chemin de Croix ; et, les restes de Sainte-Euphémie de Calcédoine, réputés pour dégager une "odeur de sainteté" si on entrouvre la châsse argentée…

 

Le Pilier de la Flagellation.

 

Notons aussi que l’un des lustres, très original, y est orné de motifs de têtes de dragon en bronze. Sur le côté gauche de l’église, dans le jardin, les amateurs d’histoire pourront admirer, apposé sur le mur, un blason avec la croix "tétragrammique" de la dynastie des Paléologue, les quatre lettres grecques « B » résumant la devise : "Basileus Basileon Basileuon Basileuonton", soit, "Roi de rois, régnant sur les rois".

 

Blason des Paléologue

 

Admirer deux édifices rouges

Plus haut se dresse l’extraordinaire château du lycée grec de garçons de Fener, aujourd’hui nommé "Özel Fener Rum Ortaokulu ve Lisesi", dont l’édifice néo-gothique, emblématique de la cinquième colline, a été construit en deux ans, à partir de 1880, par un architecte célèbre, Constantin Dimadis, qui l’a entièrement habillé de briques rouges de Marseille.

 

Lycée grec de Fener

 

Non loin de là, l’Église Sainte-Marie des Mongols ou "Mouchliotissa", peinte en carmin,  nommée en turc "Moğolların Azize Meryem Kilisesi ", datant du XIIIe siècle, doit son nom à Maria Despina, la fille illégitime de l’empereur Michel VIII Paléologue, mariée au khan mongol Abaka, qui l’aurait fait édifier en revenant à Istanbul après son veuvage. L’église n’a jamais été convertie en mosquée car Mehmet le Conquérant l’offrit à la mère de l’architecte Christodoulos, connu sous le nom de  "Atik Sinan", qui lui avait construit sa monumentale mosquée de Fatih. Souvent fermée, cette église ne peut, à ma connaissance, être visitée qu’avec un(e) guide touristique.

 

Sainte-Marie des Mongols

 

Boire un pot près de la maison de Kantemir

En redescendant à travers de typiques ruelles bordées de maisons à encorbellement, il est possible de prendre un pot dans un des nombreux cafés de l’endroit, en particulier dans la rue de l’école aux escaliers, "Merdivenli Mektep Sokak",  à l’entrée de la maison de Dimitri Kantemir, comme au "Balat Antik café", situé dans un immense jardin longeant les murailles de la Corne d’Or.

 

Fener Balat 1

 

Déambuler dans l’inénarrable Balat

Il y a une trentaine d’années, le quartier de Balat était considéré comme l’une des cours des Miracles stambouliotes. L’impression la plus prégnante qui y régnait était celle du linge séchant sur des fils tendus en travers de la rue et parfois actionnés par une poulie de fortune.

 

rues fener et balat
Rue de Balat jadis                                               Rue de Balat en 2023

 

Une anecdote personnelle en résume l’ambiance de jadis : je m’y promenais en 1991 ; j’étais enceinte et une dame, enceinte elle-même, m’avait accostée pour me poser une question d’importance, en pointant du doigt mon ventre : "C’est le combientième ? - Le deuxième. - Oh, ce n’est rien, s’était-elle écriée en éclatant de rire. Moi, c’est le huitième !" Aujourd’hui, Balat est devenu un lieu "branché", où de nombreux jeunes ont ouvert boutiques, brocantes, cafés typiques et ateliers et qui grouillent de monde en permanence !

 

Maisons de la rue Kiremit
Maisons de la rue Kiremit

 

Entrer dans l’incroyable église de fer Saint-Etienne des Bulgares

Au bord des eaux de la Corne d’Or s’élève l’unique église de fer de toute la chrétienté orthodoxe, Saint-Etienne des Bulgares ou "Sveti Stefan Kilisesi", dont la restauration a duré sept ans. Fabriquée à Vienne en pièces détachées et acheminée en bateau jusqu’à Istanbul, lourde de cinq-cents tonnes, elle avait été inaugurée en 1898, après un an et demi de montage ! Son très bel intérieur mérite le détour…

 

Saint Etienne des Bulgares

 

Voir un platane dit de "5000 ans" à Aya Yorgi Metakhion Jérusalem

Aya Yorgi Metakhion Jérusalem ou "Metroloji Kilisesi",  sur la rue Vodina, est une église très spéciale qui n’est pas rattachée au Patriarcat de Fener mais à celui de Jérusalem; on dit qu’elle possédait des parchemins originaux des travaux d’Archimède qui auraient été volés et vendus aux enchères à New York en 1998. L’église n’est ouverte que le 23 avril, mais si vous avez de la chance, le gardien peut vous en montrer au moins le jardin, qui possède un platane multi-centenaire auquel la légende attribue "5000 ans" d’existence…

 

Aya Yorgi Metakhion Jérusalem

 

Se reposer au romantique café Velvet

Si vous aimez les ambiances "vintage", n’hésitez pas à faire une halte au Café Velvet, dont les meubles de brocante, les collections de porcelaine, le petit jardin fermé, possèdent beaucoup de charme ; non loin se trouve d’ailleurs une salle des ventes où vous pourrez assister à de passionnantes enchères…

 

café / enchères

 

Sans oublier quelques incontournables

Certains commerces ou restaurants de Balat sont carrément devenus des institutions. Notons la boulangerie historique de 1923, "Tarihi Taşfırın", connue pour ses gressins, ses biscuits et surtout ses navettes sèches à l’anis appelées "peksimet". Ou le restaurant de "köfte" de l’Albanais, "Köfteci Arnavut", qui existe depuis 1927. C’est là aussi que se trouve l’une des plus célèbres tavernes d’Istanbul, "Agora Meyhanesi". Quant à la rue la plus fameuse, il s’agit de la "Montée aux escaliers" ou "Merdivenli Yokuş", dont les maisons  restaurées ont servi de cadre à de nombreuses séries télévisées.

 

Montée aux escaliers

 

Dans cette zone se situent aussi les synagogues Yanbol et Ahrida, qui ne peuvent se visiter que dans le cadre d’un tour organisé, et la belle église arménienne, "Balat Surp Hireşdagabet", qui est souvent ouverte.

 

Eglise Surp H.

 

Sur la colline au-dessus de l’église, c’est de la terrasse de "Molla Aşkı Teras Café", que l’on peut admirer l’un plus fameux panoramas d’Istanbul sur la Corne d’Or.

Boire l’eau de la source sacrée des Blachernes

En marchant dans Ayvansaray Caddesi, on accède à un lieu exceptionnel, au fond d’un jardin entouré de hauts murs, la source sacrée ou "Aghiasma" de l’église Sainte-Marie des Blachernes ("Panayia Vlaherna Meryem Ana Ayazması"), qui fut jadis le plus célèbre lieu de pèlerinage marial de Constantinople.

 

Entrée des Blachernes

 

Si le sanctuaire actuel date du XIXe siècle, l’original avait été construit par Pulchérie pour y déposer deux reliques venues de Palestine, le fameux "Maphorion", le voile de la Vierge Marie, ainsi que sa "Sainte Robe". Certains jours, la source accueille des bus de pèlerins étrangers qui viennent recueillir de l’eau aux vertus réputées bienfaisantes.

La richesse des zones de Fener et Balat est telle que je n’ai pu vous en donner qu’un aperçu… À vous d’aller y déambuler ou d’y effectuer des visites guidées pour découvrir d’autres trésors…

 

Maisons de Balat

 

Rendez-vous le 14 novembre pour un nouveau volet…

 

 

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