Saison des mariages : le "kız isteme", une tradition turque incontournable

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 07/06/2022 à 19:15 | Mis à jour le 08/06/2022 à 12:21
kiz isteme Turquie

Le texte ci-dessous retrace les grandes lignes d’une cérémonie classique de kız isteme. Bien évidemment, des variantes existent en fonction des régions et coutumes.

 

Mais qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Kız : la fille, isteme : vouloir, "vouloir la fille" ? Le kız isteme équivaut à une demande en mariage. Il est un incontournable de la saison des mariages en Turquie. Qu’il s’agisse de familles conservatrices ou modernes, rurales ou citadines, le kız isteme reste en 2022 une tradition turque fondamentale. 

 

Un peu de vocabulaire : 

damat : le marié (s’utilise aussi pour faire référence au gendre),

gelin : la mariée (s’utilise aussi pour faire référence à la belle-fille),

aday : candidat.e,

damat adayı / gelin adayı : futur.e marié.e,

söz / nişan : promesse / fiançailles (célébrations distinctes dans le passé, très souvent jointes de nos jours),

çeyiz : trousseau de mariage,

abi : "grand frère", peut s’utiliser pour un homme plus âgé, qu’il soit de la famille ou pas.

 

Se marier en Turquie peut paraître facile et rapide… Mais il s’agit en réalité d’un parcours semé d’embûches… et de formalités ! Quiconque pourrait penser que deux personnes qui souhaitent s’unir civilement peuvent le faire librement, en informant simplement leurs familles respectives. Ce n’est pas du tout le cas dans la grande majorité des familles turques, où le consentement des familles est orchestré via une mise en scène bien rôdée, dont le premier chapitre s’appelle le kız isteme, cérémonie traditionnelle durant laquelle la famille du damat adayı se déplace dans la famille de la gelin adayı, pour lui demander sa main. 

En effet, une fois que les futurs époux s’entendent pour se marier, leurs familles doivent se rencontrer afin de donner leur accord. Il est possible (souvent dans des familles modernes), que les familles se rencontrent une première fois au restaurant par exemple, pour un dîner, avant donc l’organisation du kız isteme. Mais la plupart du temps, le kız isteme reste la première rencontre entre les deux familles. Lors de cette cérémonie, en principe seule la famille proche est présente, cependant, il est fréquent que le damat adayı et la gelin adayı invitent leur ami.e. le/la plus proche.  

Les cadeaux et les présentations

La famille du damat adayı se doit d’apporter des cadeaux pour la famille de la gelin adayı. En général, il s’agit d’un bouquet de fleurs (plus le bouquet est gros, plus grande est l’attention accordée à la gelin), des chocolats, qui seront souvent placés dans de l’argenterie (signe d’aisance financière). En fonction de leur région d’origine, des spécialités locales peuvent être apportées.

 

çeyiz sandigi
Un çeyiz sandığı (trousseau)

 

Il est possible que le nişan (fiançailles) ait lieu le même jour que le kız isteme, dans ce cas, la famille du marié peut apporter ce que l’on appelle le çeyiz sandığı*, ce qui correspond à une grosse boîte dans laquelle est entreposé du linge de maison  – nappes, draps etc. pour le futur foyer des époux. De nos jours, il est assez fréquent que la gelin adayı fasse des courses de çeyiz avec sa belle-mère. Il ne faudra pas s’étonner si la belle-mère impose à sa future belle-fille l’achat d’une chemise de nuit en satin pour la nuit de noces… ceci est considéré comme tout à fait normal !

Le café turc (salé bien sûr !)

À l’issue des présentations, les deux familles s’assoient dans le salon (en cercle). La tradition veut que la gelin adayı prépare du café turc pour toute l’assemblée. Il est de coutume que le café servi au damat adayı soit salé (voire même poivré, vinaigré - toutes les idées farfelues sont bienvenues) !

 

café turc salé turquie

 

Il s’agit là d’un test pour la future gelin : si le futur damat boit le café, c’est le signe qu’il pourra passer sa vie avec elle. Pour le reste des invités, la gelin doit faire attention à ce que le café soit bon. Une gelin adayı qui fait un bon café est une potentielle bonne gelin dans le futur...

Les cafés doivent d’abord être servis aux plus âgés.

Une fois les présentations faites et le café servi, c’est le temps des discours.

Les discours (le patriarche ou sa figure) et l’entente

La gelin adayı et le damat adayı s'assoient côte à côte. 

En général, le père du damat adayı prend la parole en premier (à défaut l’oncle, grand frère - ou encore un abi de la famille), pour évoquer la future union du couple. Il rappelle que le couple s’est entendu, raison pour laquelle tous se rencontrent ce jour-là.

La phrase religieuse : "Allah'ın emri, Peygamber'in kavliyle kızınızı oğlumuza istiyoruz" ("conformément à la prescription de Dieu et à la parole du Prophète, nous demandons votre fille pour notre fils") est alors prononcée.

Le père de la gelin prend ensuite la parole (il est possible qu’il demande confirmation à sa fille de son intention de se marier). Et après avoir demandé leur accord aux futurs mariés, ces derniers sont déclarés "autorisés" à se marier.

Dans des familles plus conservatrices, souvent dans l’Est de la Turquie, il sera question de parler de dot (il n'est d’ailleurs pas rare que les familles ne s’entendent pas). 

A l’issue des discours, la gelin adayı et le damat adayı se lèvent pour embrasser la main des personnes âgées de l’assemblée, et distribuer des chocolats.

A ce moment, la pression peut se relâcher, l’heure est à la détente… tout le monde peut profiter du buffet, souvent opulent.        

Il est courant que le kız isteme soit suivi, le même jour, du söz/nişan (cérémonie lors de laquelle des bagues* apportées sur un plateau - reliées par un ruban rouge - sont échangées). Le nişan est célébré en soirée comme un mariage, mais en petit comité (celui-ci est en principe pris en charge financièrement par la famille de la future mariée)**. 

 

söz nisan
Plateau sur lequel sont entreposées les bagues du nişan

 

Après la cérémonie du kız isteme, il est commun d’entendre les amies de la gelin adayı dire "kızımızı verdik gitti", ce que l’on pourrait traduire par "nous avons donné notre fille, elle est partie", une terminologie qui peut paraître étrange lorsque l’on n'est pas familier des traditions turques. 

Dans certains milieux ruraux, il arrive que certaines familles ne donnent pas leur accord dès la première visite : la famille de la gelin adayı souhaite s'assurer des vraies motivations du prétendant et de sa famille, qui devont revenir une deuxième fois.

Se marier en Turquie semble ainsi être avant tout un contrat entre deux familles, ensuite entre les époux.

______________

(*) Il est commun que les bagues soient portées à l'annulaire droit jusqu'au mariage.

(**) Il est commun en Turquie que les coûts du mariage soient pris en charge uniquement par la famille du damat.

 

Cet article a été publié une première fois en août 2020 

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Albane Akyuz

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