Édition internationale

8 mars en Turquie : histoire, droits et réalités des femmes aujourd’hui

En Turquie, le 8 mars renvoie à une histoire dense et contrastée. Des réformes républicaines aux réalités sociales actuelles, les droits des femmes restent un marqueur sensible des évolutions du pays.

Femmes votant en Turquie après l’obtention du droit de vote en 1934, histoire des droits des femmes en TurquieFemmes votant en Turquie après l’obtention du droit de vote en 1934, histoire des droits des femmes en Turquie
Femmes turques lors d’un vote dans les premières années de la République, après l’obtention du droit de vote en 1934.
Écrit par Pauline Sorain
Publié le 7 mars 2023, mis à jour le 6 mars 2026

Mis à jour par la rédaction LPJ Istanbul – mars 2026

 

Les origines historiques de la Journée internationale des femmes

 

Officialisée par les Nations Unies le 8 mars 1977, la Journée internationale des femmes trouve ses racines dans les luttes ouvrières et les mobilisations féminines du début du XXe siècle. Elle constitue un temps de sensibilisation et d’action à l’échelle mondiale, mais aussi un moment d’analyse de la situation des femmes et des avancées en matière d’égalité.

 

La Turquie, des réformes pionnières aux réalités contemporaines

 

En Turquie, la condition des femmes a longtemps été structurée par des cadres juridiques et sociaux hérités de l’Empire ottoman. Le statut féminin y était notamment encadré par le droit religieux, et la polygamie institutionnalisée. Les femmes disposaient alors de droits limités en matière de mariage et de divorce, tandis que les règles d’héritage demeuraient inégalitaires et que leur présence dans l’espace public restait restreinte.

Au XIXe siècle, la question féminine s’impose progressivement dans le débat intellectuel. La période des Tanzimat (1839-1876) ouvre des discussions sur la modernisation juridique et sociale de l’Empire. Dans ce contexte, la littérature devient un espace d’expression central. Fatma Aliye (1862-1936), considérée comme la première romancière turque, publie notamment Muhadarat et Nisvan-i Islam, dans lesquels elle critique le mariage arrangé et plaide pour une meilleure éducation des filles.

 

Fatma Aliye
Fatma Aliye

 

Au début du XXe siècle, sous la Seconde monarchie constitutionnelle (1908-1920), des associations féminines voient le jour, à l’image de la Teali-i Nisvan Cemiyeti, fondée notamment par Halide Edip. Les femmes commencent à investir plus visiblement la vie publique et associative.

Avec la proclamation de la République le 29 octobre 1923, ces évolutions se traduisent par des réformes législatives majeures. Le Code civil de 1926 instaure la monogamie, l’égalité face au divorce et une réforme du droit successoral. En 1934, les femmes obtiennent le droit de vote, dix ans avant la France.

 

1934 : quand les femmes turques ont fait basculer la République

 

La République fondée par Mustafa Kemal Atatürk marque ainsi une étape déterminante dans l’histoire des droits des femmes en Turquie. Il convient toutefois de rappeler que ces avancées s’inscrivent dans une dynamique plus large, portée également par des militantes et des intellectuelles. L’évolution des droits féminins ne suit pas une trajectoire linéaire. Aujourd’hui encore, si les cadres juridiques garantissent des droits formels, les réalités sociales demeurent contrastées selon les milieux et les territoires.

 

Tradition, modernité et droits des femmes : un équilibre en débat

 

La question des droits et des libertés fondamentales se pose régulièrement lorsqu’est évoquée l’articulation entre normes internationales et référents juridiques issus des traditions religieuses. La Turquie est signataire de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1979, qui constitue un cadre de référence en matière d’égalité.

Au cours du XXe siècle, la condition féminine dans plusieurs pays à majorité musulmane est devenue un enjeu politique et juridique majeur. En Turquie, les débats portent moins sur le principe d’égalité formelle que sur son application concrète. Les textes constitutionnels garantissent des droits, mais leur mise en œuvre se heurte parfois à des normes sociales et culturelles persistantes.

Les inégalités observées relèvent ainsi davantage de dynamiques sociales et de rapports de pouvoir que d’une interprétation unique des textes religieux. La question du patriarcat, souvent invoquée dans le débat public, dépasse largement le seul cadre turc. Elle continue d’alimenter des discussions à l’échelle internationale et ne se réduit pas à une opposition simple entre tradition et modernité.

 

Manifestation à Istanbul à l’occasion de la Journée internationale des femmes

Mobilisation lors du 8 mars 2022 / Crédit : Sandro Basili

 

Données récentes et réalité des violences 

En 2021, la Turquie s’est retirée de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, dite Convention d’Istanbul, signée en 2011 et ratifiée en 2014. Ce texte visait à renforcer les dispositifs législatifs et les mécanismes de protection contre les violences sexistes et domestiques.

 

Retrait de la Convention d’Istanbul : rejet des demandes d’annulation

 

Selon le rapport annuel de la plateforme turque We Will Stop Femicide, organisation spécialisée dans le suivi des violences faites aux femmes, 394 femmes ont été tuées en 2024 et 258 décès féminins ont été recensés comme suspectsla même année. Il s’agit du chiffre le plus élevé enregistré par l’association depuis le début de son suivi en 2010.

Sur la première moitié de 2024, la plateforme a documenté 205 féminicides et 117 décès suspects, la majorité des victimes ayant perdu la vie dans un contexte de violences commises par des hommes de leur entourage.

Les chiffres disponibles en Turquie proviennent principalement de travaux d’organisations de la société civile et d’analyses indépendantes, qui s’appuient sur des données judiciaires et médiatiques. Les débats portent aujourd’hui moins sur l’existence d’un cadre juridique que sur son application effective et sur les moyens consacrés à la prévention et à la protection des victimes.

 

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