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TERRE DE FEMMES - Bedriye Engin, fermière engagée et lectrice effrénée

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 07/03/2018 à 19:04 | Mis à jour le 07/03/2018 à 19:50
Photo : Bedriye Engin (à gauche) a reçu le prix Terre de femmes, par la fondation Yves Rocher.
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Bedriye Engin, 55 ans, a fait de son village l’un des plus réputés pour l’écotourisme en Turquie.  Un travail salué hier, au Palais de France d’Istanbul, par le prix Terre de femmes, créé par la fondation Yves Rocher. 

"C’était un rêve pour moi", confie Bedriye Berber Engin, 55 ans, qui a tout fait pour le rendre réalité : son village de Kurşunlu, dans la province de Bilecik, est désormais l’un des plus connus de Turquie pour pratiquer l’écotourisme. Un mode de vacances très en vogue, qui associe l’agriculture et le tourisme. Les clients séjournent dans les petites maisons blanches de Kurşunlu, décorées de fleurs peintes de toutes les couleurs, et vivent une partie de la journée dans la peau des locaux : collecte des oeufs, traite du lait, fabrication du beurre, du fromage et du pain, ou encore conception du miel biologique de la région.

Meilleure lectrice de Turquie

Le projet attire aujourd’hui des touristes venus de toute la Turquie et même de l’étranger. Bedriye Berber Engin, son instigatrice, se félicite de sa réussite, rendue possible uniquement grâce aux femmes de son village : "Cela fait onze ans que j’en rêvais. Quand j’en ai parlé à mon mari pour la première fois, il pensait que j’étais devenue folle… Mais je n’ai jamais abandonné. Je me suis entourée des femmes volontaires du village pour développer ce projet. Les hommes nous regardaient faire, sans participer. Ils ont commencé à être enthousiastes quand nous avons commencé à gagner de l’argent!"

Bedriye EnginHier, au palais de France d’Istanbul, le travail de Bedriye Berber Engin a été souligné par le prix Terre de femmes (photo ©SP), créé par la fondation Yves Rocher pour récompenser les femmes engagées au niveau local pour l’environnement. Depuis sa création, en 2001, il a été remis à 350 femmes dans une dizaine de pays. L’année dernière, trois lauréates ont été saluées en Turquie. 

"J’ai créé ce projet d’éco-tourisme dans mon village, sans avoir le luxe d’aller voir ailleurs comment cela se passait, explique Bedriye Berber Engin. C’est seulement le résultat de mes rêves et fictions." Et de fictions, la fermière n’en manque pas. Bedriye Berber Engini a lu plus de 3.000 livres dans sa vie. C’est d’ailleurs un livre, dont elle a oublié le nom, qui l’a poussée à monter son projet d’écotourisme : "Dans ce livre, une mère de famille pauvre donnait à boire aux touristes qui traversaient son jardin pour se rendre au monastère proche de chez elle. Les pèlerins ont commencé à lui donner de l’argent, avec lequel elle pouvait nourrir ses enfants. Elle a alors consacré sa maison, puis tout le village, au tourisme. Ce fût mon inspiration", raconte Bedriye Berber Engin, mère de trois enfants.

Qui veut gagner des millions ?

La passionnée de lecture ne passe pas plus de deux jours sans ouvrir un livre. En 2013, elle a même reçu le prix de "lectrice extraordinaire", décerné par le ministère turc de la Culture. Un honneur pour celle qui se plait à découvrir le monde depuis Kurşunlu : "Je me suis ouvert une fenêtre sur le monde grâce aux livres, sans quitter mon village. J’ai appris l’Angleterre à travers la littérature anglaise, la Russie à travers la littérature russe, la France à travers la littérature française… Quand je suis allée à Istanbul pour la première fois, j’avais l’impression de déjà connaître la ville, à travers ce que j’en avais lu."

Depuis ce prix de lecture, et son passage dans la version turque de Qui veut gagner des millions ? ("Kim milyoner olmak ister ?"), Bedriye Berber Engin reçoit des ouvrages des quatre coins de la Turquie. L’accès aux livres ne lui était pas aussi aisé auparavant : "Je n’avais pas le luxe de pouvoir m’en acheter. Alors il m’arrivait de relire deux ou trois fois les mêmes livres." Elle poursuit : "Parfois, je me demande à quoi cela sert de lire tant de livres alors que je suis à la ferme, à m’occuper de mes animaux. Cela me rend aussi triste de n’avoir personne au village avec qui partager mon goût pour la lecture."

Peut-être qu’un jour,  Bedriye Berber Engin prendra la plume à son tour pour raconter les chapitres de sa vie. On imagine que son livre pourrait commencer comme les premiers mots qu’elle nous a glissés : "J’ai perdu ma mère quand j’avais 5 ans. Je rêvais d’une enfance heureuse, puis, j’ai appris à lire…"

Solène Permanne (http://lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 8 mars 2018

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1 Commentaire (s)Réagir
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Namreb jeu 08/03/2018 - 09:00

Excellent et émouvant article sur Bedriye Engin , d'une belle écriture aussi.

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