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Chômage en Turquie : une baisse qui ne raconte pas toute l’histoire

7,7 % de chômage. Un chiffre qui rassure. Mais quand la participation recule et que le sous-emploi explose, c’est une autre photographie du travail en Turquie qui apparaît.

Artisan au travail turquie marché du travail emploi chômage turquie 2026Artisan au travail turquie marché du travail emploi chômage turquie 2026
Écrit par Sarah Goldenberg
Publié le 10 février 2026, mis à jour le 19 février 2026

Un chiffre qui rassure, une réalité plus nuancée

 

7,7 %. Le taux de chômage publié fin 2025 en Turquie, selon les données officielles de l’Institut turc de statistique (TÜİK), envoie un signal positif. Après plusieurs années marquées par l’inflation, l’érosion du pouvoir d’achat et les incertitudes économiques, voir cet indicateur reculer peut donner l’impression que le marché du travail se stabilise.

À première vue, le message paraît simple : moins de chômeurs, donc une situation qui s’améliore. Pourtant, ce chiffre ne suffit pas à raconter toute la réalité.

Pendant que le chômage officiel baisse, d’autres indicateurs évoluent dans une direction moins évidente : la participation au marché du travail recule et le sous-emploi (temps partiel contraint et personnes ayant renoncé à chercher un emploi) reste à un niveau élevé. Autrement dit, le nombre de personnes considérées comme « en recherche d’emploi » diminue, mais cela ne signifie pas que davantage de personnes travaillent.

Pour comprendre ce que montre et ce que masque cette baisse du chômage, il faut donc élargir la focale. Regarder non seulement qui est compté comme chômeur, mais aussi qui sort des radars, qui travaille à temps partiel contraint et qui reste aux marges du marché du travail.

 

Un chômage en baisse, mais moins d’actifs

 

Derrière la baisse du chômage, un autre mouvement se dessine : le recul de la population active. Fin 2025, le nombre de personnes présentes sur le marché du travail diminue. Le taux de participation, c’est-à-dire la part de la population en âge de travailler qui a un emploi ou en cherche un, s’établit autour de 53 %. Un niveau en recul.

Cela modifie la lecture du chiffre. Quand moins de personnes se déclarent en recherche d’emploi, le taux de chômage peut mécaniquement reculer, même si la situation de l’emploi ne s’améliore pas dans les mêmes proportions.

Une partie de la baisse du chômage tient au fait que certains sortent des statistiques. Des personnes cessent de chercher, reportent leur entrée sur le marché du travail ou se replient vers des activités informelles. Elles ne sont plus comptées comme chômeurs, mais elles ne sont pas pour autant en emploi stable.

Ce glissement peu visible est essentiel. Il rappelle que le chômage officiel mesure une catégorie précise, pas l’ensemble des situations de fragilité liées au travail. Pour comprendre la réalité sociale derrière les chiffres, il faut donc regarder aussi ceux qui ne figurent plus dans la population active, mais restent aux marges du marché du travail.

 

Un sous-emploi massif derrière les chiffres

 

Au-delà du chômage au sens strict, un autre indicateur aide à comprendre la situation du travail : la sous-utilisation de la main-d’œuvre. En Turquie, elle atteint près de 29 % fin 2025. Cela signifie qu’environ une personne sur trois en âge de travailler se trouve soit au chômage, soit en temps partiel contraint, soit en marge du marché du travail tout en restant disponible.

Ce niveau n’a rien à voir avec le seul taux de chômage. Il montre que le problème n’est pas uniquement l’absence d’emploi, mais la qualité et l’intensité du travail. Avoir une activité ne signifie pas toujours avoir un revenu suffisant ni un volume d’heures choisi.

 

Cette situation touche particulièrement certaines catégories. Les jeunes restent davantage exposés au chômage que l’ensemble de la population active, avec un taux supérieur à 14 %. Les femmes sont elles aussi plus nombreuses à se tenir en dehors du marché du travail ou à occuper des emplois à temps partiel subi. Leur taux d’emploi se situe autour de 32 %, contre près de 67 % pour les hommes. Un écart notamment souligné dans les analyses européennes sur la Turquie

 

Le travail existe, mais il est souvent fragmenté, irrégulier ou insuffisant. Pour une partie de la population, l’enjeu n’est pas seulement de trouver un emploi, mais d’accéder à un emploi stable, déclaré et convenablement rémunéré.

 

Une amélioration progressive, sans rupture

 

La baisse récente du chômage ne surgit pas de nulle part. Depuis plusieurs années, le taux évolue globalement à la baisse. Après être resté autour de 10 % au début de la décennie, il s’est progressivement rapproché des 9 %, puis des 8 % en 2024 et 2025, pour atteindre 7,7 % à la fin de l’année.

 

Évolution du taux de chômage en Turquie entre 2023 et 2025 selon les données officielles

Évolution mensuelle du taux de chômage en Turquie (2023–2025). Source : données TÜİK.

 

La trajectoire est donc orientée dans le bon sens. Pourtant, cette amélioration reste lente et s’inscrit dans un contexte économique tendu, marqué par une inflation élevée et une érosion du pouvoir d’achat. Le marché du travail s’ajuste, mais sans transformation de fond visible.

Surtout, la baisse du chômage ne s’accompagne pas d’une hausse équivalente de l’emploi. Celui-ci progresse peu et reste autour de la moitié de la population en âge de travailler. La Turquie ne connaît pas d’explosion de l’emploi, mais une décrue graduelle du chômage dans un cadre toujours marqué par un faible taux d’activité.

La tendance est réelle, mais elle ne traduit pas une rupture. Elle confirme plutôt une stabilisation progressive : le travail s’étend, mais demeure inégal, souvent précaire et encore insuffisant pour une partie de la population.

 

Un marché du travail plus stable, mais encore fragile

 

Les chiffres récents montrent une tendance encourageante : le chômage recule en Turquie et se situe à un niveau plus bas qu’au cours des années précédentes.

Cette amélioration ne doit toutefois pas masquer les fragilités persistantes. Le taux d’emploi reste faible, la participation au marché du travail recule et le sous-emploi concerne encore près d’un tiers de la population en âge de travailler. Derrière la baisse du chômage, une partie des situations de précarité demeure hors du chiffre principal.

L’ensemble reste contrasté. Le marché du travail turc n’est plus dans une phase de forte dégradation, mais il ne connaît pas non plus de transformation profonde. Les indicateurs s’améliorent, mais la question centrale demeure : comment transformer cette stabilisation en emplois durables, déclarés et accessibles au plus grand nombre ?​​

 

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