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L’EXPAT DU MOIS - Melody, de journaliste à conseillère en allaitement

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 19/10/2017 à 07:57 | Mis à jour le 19/10/2017 à 21:09
Photo : Melody De Visscher est installée à Istanbul depuis huit ans (©SP)
melody

A 35 printemps, Melody De Visscher passe son neuvième automne en Turquie. Il y a huit ans, la Belge tentait l’aventure seule à Istanbul. Aujourd’hui, elle est conseillère en allaitement. 

11 septembre 2001, dans un café à Kuşadası. Autour d’elle, tous les yeux sont rivés sur la télévision après les attentats du World Trade Center. Melody De Visscher, elle, a la tête ailleurs. Un incroyable sentiment de déjà-vu lui envahit l’esprit. A cette époque, la Belge vient de poser les pieds pour la première fois en Turquie, pour des vacances entre amis : "La langue, les odeurs, la nourriture, les gens et même les panneaux sur les routes… Tout me rappelait quelque chose. J’avais l’impression de déjà connaître ce pays", se souvient-t-elle, sirotant son açık çay sur le bord du Bosphore. Depuis, elle entretenait le rêve de s’y installer un jour. 

Istanbulle

Il y a huit ans, alors journaliste freelance spécialisée dans l’environnement et le développement durable, Melody De Visscher tente l’aventure seule à Istanbul. A son arrivée, elle cultive son goût pour l’écriture en créant son blog Istanbulle : comme un carnet de route, un jardin secret… public. Avec humour et autodérision, elle y raconte ses anecdotes. Ses rencontres aussi. D’Ibrahim "bey", son professeur de turc (sa cinquième langue, qu’elle parle couramment aujourd’hui) à Necla, l’une de ses colocataires "folle. Mais gentille. Et aussi bordélique. Et manipulatrice". Sans oublier sa rencontre avec son futur mari, avec qui Melody a mis au monde Jazz il y a cinq ans.

L’arrivée de son fils a chamboulé sa vie. "Moi qui ne voulais pas me marier, j’ai dû me faire violence! Sinon, administrativement, c’est très compliqué en Turquie avec un enfant", explique Melody De Visscher. La parentalité a surtout fait naître en elle une passion : l’allaitement. Elle passe des heures à faire des recherches et à se documenter sur le sujet. Cinq ans et une formation plus tard, elle en a fait son métier. "Je suis zéro en business, mais il s’est avéré que c’est un super bon secteur", explique Melody, l’une des rares conseillères en allaitement d’Istanbul en dépit d’une forte demande. Car en Turquie, contrairement à la Belgique et la France, la plupart des mères privilégient l’allaitement sur le long terme. Mais elles n’ont pas toujours les clés en main pour que cela se déroule en toute sérénité. 

Melody De Visscher propose à ses clientes une préparation pendant la grossesse et un accompagnement post-natal, comprenant une visite à domicile pour vérifier la pratique et un soutien sur WhatsApp. La Belge propose aussi aux mères une formation pour l’introduction aux aliments solides, lorsque l’enfant a six mois. Puis, elle propose d’accompagner les mamans dans le sevrage de l’allaitement, avec des méthodes douces. "En Turquie, certaines techniques assez radicales sont de rigueur. Par exemple, la mère quitte le foyer pendant plusieurs jours, ce qui crée une rupture avec l’enfant et peut se transformer ensuite en traumatisme. Ou bien, les femmes mettent de la sauce tomate ou du vinaigre sur leurs seins pour éloigner l’enfant." 

Hors des sentiers battus 

Le sourire aux lèvres, Melody De Visscher nous raconte avoir été une journaliste passionnée pendant dix ans et être aujourd’hui passionnée par sa nouvelle carrière. La Belge rédige actuellement un livre sur l’allaitement et le sevrage, dont elle dessine et colorie les illustrations elle-même. "Mon idée est que la maman et l’enfant lisent ce livre ensemble afin que l’enfant comprenne, pour un sevrage en douceur." L’histoire qu’elle raconte dans ce livre, c’est la sienne. Et celle de Jazz, qu’elle a allaité jusqu’à ses deux ans et quatre mois en dépit de la pression de son entourage. 

Melody De Visscher n’a que faire des remarques des autres, elle n’a jamais aimé faire comme tout le monde. "Ici, je suis une ‘Yabancı’* donc quoi que je fasse, ce sera toujours considéré comme différent", explique-t-elle. Ainsi, depuis la naissance de Jazz, Melody De Visscher ne s’est pas résignée à l’achat d’une voiture : "Tout le monde dit que c’est essentiel avec un enfant. Mais tout le monde se plaint aussi des embouteillages à Istanbul. Or les embouteillages, c’est eux qui les font!" Melody De Visscher préfère se déplacer en Vespa ou vapur pour arpenter la ville.

Si elle avait à quitter Istanbul un jour, ce serait uniquement pour vivre dans un endroit plus vert. Mais elle est persuadée que cette ville finirait par lui manquer. Melody a le sentiment d’y appartenir plus qu’à son pays natal. "Même une rue moche et sale me parle beaucoup plus que n’importe quelle rue en Belgique." Nul doute que la ‘Yabancı’ se sent ici chez elle…

Melody De Visscher

Solène Permanne (http://lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 19 octobre 2017

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*Yabancı = étranger en turc

Son site internet en turc : www.emzirmekistiyorum.com 

En anglais : https://www.happymomandbaby.com

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