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150 ANS - "Le lycée de Galatasaray est une famille"

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 16/10/2017 à 19:53 | Mis à jour le 16/10/2017 à 19:53
Photo : Le lycée a été créé en 1868.
galatasaray

A l’occasion du 150ème anniversaire du lycée de Galatasaray, Lepetitjournal.com d'Istanbul est allé à la rencontre de Carole Lux, directrice des études françaises de l’établissement. 

Lepetitjournal.com : Le lycée de Galatasaray fête son 150ème anniversaire. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur son histoire ? 

Carole Lux : En 1867, le sultan Abdül Aziz est impressionné par la qualité du système éducatif français lors d’une visite à Napoléon III. En 1868, il crée le "Lycée Impérial Ottoman" (Mekteb-i Sultanı), où l’enseignement bilingue est instauré, en pleine période de réformes visant l’occidentalisation de la Turquie. Un certain nombre de cours seront enseignés en français et d’autres, en turc. Cette idée a été pérennisée par la suite. En 1923, le lycée change de nom et devient le lycée de Galatasaray. Une autre grande étape pour le lycée est la signature en 1992 d’un accord bilatéral entre la France et la Turquie, qui donne naissance à "l’établissement d’enseignement intégré de Galatasaray" (EEIG, en turc GEÖK), qui réunit l’école primaire, le lycée et l’université. 

Comment expliquer une telle prospérité ? 

C’est une combinaison de plusieurs facteurs. Je pense que c'est d'abord dû à son histoire : c'est une institution. Les réseaux contribuent aussi à sa prospérité. Il y a une idéologie Galatasaray, c’est une famille. Lorsque les élèves sortent du lycée, ils ne s’en détachent pas vraiment. Ils ne sont pas perdus non plus : ils ont un réseau Galatasaray à activer en Turquie ou ailleurs dans le monde. Ils ont également l’impression d’avoir des responsabilités vis-à-vis du lycée et y compris des responsabilités financières. Les anciens ont ainsi participé à la rénovation de la bibliothèque du lycée. Il y a une vraie entraide entre les anciens et les plus jeunes, que l’on remarque en dehors et au sein même du lycée. Cette fraternité fait aussi la réputation du lycée. Un autre point très important est le développement de clubs de sport, notamment les clubs de foot et de basket. Ils fédèrent et entretiennent la bonne réputation du lycée. Au niveau éducatif, le lycée recrute les meilleurs élèves de Turquie. 

Pouvez-vous nous expliquer les fonctionnement et enseignement actuels du lycée de Galatasaray? Comment le profil des élèves a-t-il évolué? 

L'enseignement bilingue est bien sûr conservé : les disciplines scientifiques ainsi que le français, la philosophie, les sciences sociales et le latin en option sont enseignés en français et les autres disciplines sont enseignées en turc. 

Nous avons un double système de recrutement. Environ une centaine d’élèves chaque année intègrent les classes préparatoires du lycée grâce à leurs bons résultats scolaires au TEOG. Ces élèves viennent de toute la Turquie et peuvent être logés à l’internat. Nous intégrons aussi au lycée nos élèves de l’école primaire. Chaque année, environ 50 élèves sont tirés au sort pour rentrer en première classe, à l’école primaire. Ces élèves sont ensuite intégrés au lycée, où ils passent un examen de passage en arrivant : soit ils vont directement en classe de neuvième, soit ils font un an de classe préparatoire selon leurs niveaux de turc et de français. Cette année, 32 élèves sur 47 ont réussi l’examen de passage. C’est excellent. Nous comptons donc une cinquantaine d’élèves par niveau à l’école primaire et environ 150 élèves par niveau au lycée. 

En sortant du lycée, les élèves ont un diplôme équivalent au baccalauréat français, qui leur permet d’intégrer les universités et écoles françaises. La proportion d’élèves qui poursuivent leurs études à l’étranger est plus importante qu’auparavant, car la demande augmente.  D’autres se destinent aux universités turques les plus prestigieuses. Actuellement, environ trente élèves parmi les 150 d’une promotion intègrent l’université de Galatasaray.

Comment a évolué l'intérêt pour l'éducation francophone à Istanbul? 

La demande est toujours très forte et l’on s’en rend bien compte avec les autres lycées francophones. Cependant, il faut parvenir à donner un nouveau sens au français. Au XIXème siècle, on formait les élites avec le français. Il ne faut pas se leurrer, le français n’a plus la même aura qu’avant en Turquie. Comme partout, l'anglais a pris une place importante. Là est notre défi : nous avons l’histoire mais que fait-on du projet ? Ce n’est pas toujours évident car certains élèves intègrent le lycée de Galatasaray pour son image et pas vraiment pour leur envie d’apprendre le français ou pour leur attrait pour la culture française. On doit faire comprendre à nos élèves que le français est justement la langue qui leur permettra de faire la différence dans un contexte professionnel ou universitaire, en Turquie ou à l’étranger.

Comment le lycée de Galatasaray se démarque-t-il des autres lycées francophones d’Istanbul ? 

Je pense que le lycée se démarque d'emblée. Et même si ça peut paraître provocant, je dirais que c’est justement son problème. On doit faire attention à ce que le lycée ne souffre pas de son succès. Il est tellement célèbre et tellement réputé. C'est un lycée qui n'a pas besoin de se battre pour recruter. Et on recrute les meilleurs élèves. Il faut que l'on soit vigilant à proposer de nouveaux projets, à gérer une veille pédagogique et à être constamment performant pour nos élèves. Nos élèves sont bons et on pourrait juste se dire que tout fonctionne et que le système est bien rodé, en oubliant de se renouveler. Les lycées francophones, eux, sont dans une autre dynamique. Ce sont des lycées privés et ils ont un budget en conséquence. Ils proposent toujours des choses très innovantes. 

Quels sont vos projets pour le lycée de Galatasaray ? 

Nous sommes déjà très occupés par les festivités des 150 ans. De nombreuses publications, réunions et rencontres seront organisées. Nous accompagnons aussi l’organisation d’une exposition sur les enseignants français de l’établissement, pour l’année prochaine. Les élèves vont participer au Modèle francophone des Nations-Unies (MFNU), comme chaque année. Nous allons aussi lancer des concours de talent, y compris un concours vidéo. On essaye de faire participer nos élèves à la rédaction de critiques de films. On participe à tous les concours lancés par l'Institut français. 

En interne, nous sommes en pleine réflexion avec l'équipe des enseignants de français sur ce que l’on pourrait proposer de neuf aujourd’hui. Les disciplines scientifiques sont tributaires du programme turc. L'avantage de la section française est que l’on peut se permettre de choisir des supports plus diversifiés et de monter des projets originaux, autour du théâtre par exemple. Certains de nos élèves sont très bons à l'écrit mais ont plus de mal à parler, cela permettrait de développer leur expression orale. On voudrait donner plus de liberté aux manières d'enseigner et sortir un peu du cadre habituel. Sans pour autant renier ni la culture française, ni l’esprit du lycée. 

Propos recueillis par Solène Permanne (http://lepetitjournal.com/istanbul) mardi 17 octobre 2017

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