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BARRAGE D’ILISU – Hasankeyf est-elle vraiment condamnée à disparaître?

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 20/05/2013 à 22:05 | Mis à jour le 20/05/2013 à 19:20

Après la suspension de la construction du barrage d'Il?su, qui menace de submerger la ville historique d'Hasankey, dans le sud-est de la Turquie, et de forcer de nombreuses familles à déménager, lepetitjournal.com d'Istanbul a voulu savoir ce qu'il en était exactement du projet. Dicle Tuba K?l?ç, coordinatrice du programme des fleuves pour l'ONG environnementale Do?a, a répondu à nos questions à l'occasion d'une conférence internationale sur les rivières organisée samedi à Istanbul.

lepetitjournal.com d'Istanbul : Pensez-vous que la construction du barrage d'Il?su est définitivement interrompue?

Dicle Tuba K?l?ç (photo personnelle): En janvier, le gouvernement ou plus précisément le conseil d'Etat a décidé d'interrompre la construction du barrage hydroélectrique car aucune évaluation des incidences du projet sur l'environnement n'a été faite. Après cette décision, la Direction générale des travaux hydrauliques de l'Etat turc (DSI) a délivré un communiqué de presse pour confirmer que l'interruption de la construction du barrage serait seulement temporaire, qu'elle permettait uniquement de reporter la construction à plus tard. Il est précisé que même si la construction devait se poursuivre de manière illégale, cela sera fait sans aucune hésitation. Notre organisation a porté plainte mais suite à ça, le gouvernement a changé la réglementation concernant les travaux hydrauliques afin de compromettre la décision du conseil d'Etat. De toute façon, même si le conseil d'Etat décide de mettre fin à la construction du barrage, la Direction générale des travaux hydrauliques de Turquie trouvera un nouveau moyen de contourner la loi pour faire aboutir le projet.

Comment le gouvernement arrive-t-il à contourner la loi afin de poursuivre la construction?

La réglementation ne finit pas de changer. Même si le projet de barrage va à l'encontre de la loi, sa construction a déjà été finalisée. Les autorités qui s'occupent de la construction du barrage pensent que rien, même pas la loi, ne devrait suspendre le projet. Ils continuent de laisser entendre à la population que la construction est tout à fait légale et qu'aucun obstacle ne se dresse sur leur chemin. Ce n'est pas un problème propre au barrage d'Il?su. Il se passe la même chose pour d'autres projets de barrages hydroélectriques ou d'exploitations minières, en Turquie comme au Brésil.

Selon vous, le projet de barrage va-t-il aboutir?

Il y a des chances que la construction du barrage aboutisse un jour ou l'autre. Nous allons faire notre possible pour l'arrêter grâce à des négociations de paix. En ce moment, le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et le gouvernement turc sont en pourparlers. Nous essayons de faire partie de ces négociations. Nous demandons au gouvernement d'intervenir et d'annuler la construction. Pour l'instant, une des raisons qui encouragent la construction du barrage est la possibilité de faire cesser les activités du PKK dans les montagnes. Si nous arrivons à prouver que le PKK ne se sert pas des montagnes où doit être construit le barrage comme lieu de passage entre le Turquie et l'Irak, nous arriverons peut-être à prouver que la construction du barrage n'est pas nécessaire. Nous rencontrons souvent le gouvernement turc, les dirigeants kurdes et leurs médiateurs pour arriver à nos fins.

Hasankeyf, menacée par les eaux (photo Senol Demir, Flickr/CC)

Quelle est l'opinion des pays frontaliers ou à proximité de la Turquie à propos du barrage?

L'Irak s'y oppose formellement. Ce pays est directement concerné par la construction de ce barrage. Je ne suis pas certaine de la position de l'Iran. En revanche, les voisins de l'Irak ne sont pas contre. De leur point de vue, ce serait un bon moyen d'affaiblir l'Irak sachant qu'ils sont en négociations avec ce pays dans le but de régler de nombreux problèmes y compris celui concernant la répartition de l'eau. Je pense que les pays du Moyen-Orient devraient coopérer dès que l'on touche aux ressources naturelles. Aujourd'hui, c'est l'Irak qui souffre mais demain qui sait, un autre pays de cette région du monde pourrait souffrir.

Quel est le plan d'action de votre ONG?

Nous allons activement continuer à essayer de trouver des failles dans ce projet afin de porter plainte à nouveau. Nous sommes prêts à ouvrir de nouveaux dossiers juridiques contre la nouvelle réglementation et l'évaluation des incidences du barrage hydroélectrique d'Il?su sur l'environnement. Nous espérons coopérer avec d'autres ONG et particulièrement celles implantées en Irak. Nous souhaitons également influencer les négociations de paix et nous faire entendre grâce aux médias.

Propos recueillis par Elisa Girard (http://lepetitjournal.com/istanbul.html) mardi 21 mai 2013

A signaler: une pétition contre le barrage a recueilli à ce jour près de 34.000 signatures

 

 

 

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