Mardi 30 novembre 2021
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"Parlez-vous canto-fran-glais ?" : Hong Kong fait évoluer la langue des expatriés

Par Didier Pujol | Publié le 22/11/2021 à 14:15 | Mis à jour le 23/11/2021 à 11:01
Photo : @Unsplash/Eliott Reyna
femme de hong kong qui lit

« Parlez-vous canto-fran-glais ? » C’est la question que s’est posée Cécile Parisot, une Française expatriée qui réalise actuellement un Master de Français Langue Etrangère depuis Hong Kong. En effet, la présence quotidienne de plusieurs langues dans l’environnement des expatriés francophones de Hong Kong tend à faire évoluer la langue de Molière vers un pidgin qui emprunte autant à l’anglais qu’au cantonais. Explication de texte.

« Prends-la facile »

« La communauté française installée à Hong Kong est parmi les plus importantes d’Asie. Très dynamique, elle contribue au rayonnement culturel, gastronomique et économique de la France dans la ville. Il semblait intéressant d’étudier si, en retour, les langues présentes à Hong Kong à savoir le cantonais et l’anglais influençaient cette communauté », explique Cécile Parisot.

À partir d’une enquête de terrain auprès des familles francophones de Hong Kong, elle a tenté de comprendre quelles étaient les interactions entre les langues parlées dans le Port des Parfums. Selon elle, le plus fort impact se ressent dans la manière dont communiquent les enfants. L’un d’eux, revenant de l’école internationale, répondra par exemple à sa mère qui le houspille sur son retard « Prends-la facile » (take it easy) ou bien « je vais te manquer » (I will miss you), lorsque l’un de ses camarades devra repartir en Europe.

« 5D, dépêche-toi ! »

Il n’est en effet pas toujours facile de garder ses réflexes grammaticaux lorsque la langue dominante est l’anglais. C’est souvent cette langue qui est utilisée pour communiquer avec sa helper (tiens un autre anglicisme) et l’on aura logiquement tendance à reprendre les termes entendus dans le quotidien. Les enfants monteront « sur le bus » ou « sur l’avion », en référence directe à la construction anglophone des phrases, faisait remarquer une Française interrogée par Cécile dans le cadre de son enquête. « Je t’aime jusqu’à la lune et tu reviens » (to the moon and back), dira encore un enfant francophone de Hong Kong à ses parents.

Cela étant, le cantonais permet d’exprimer certaines directives plus vite que le français. Ainsi la reprise phonétique du cantonais donne 5D (prononcé five D en anglais), proche de la phonétique de Fai Dee qui veut dire en cantonais dépêche-toi.

L’intégration du cantonais

Certes, il est plus difficile de fusionner le cantonais avec sa langue maternelle pour les expatriés, mais cela ne les empêche pas d’utiliser la langue chinoise dans le domaine culinaire en particulier, les équivalents français n’étant c’est vrai pas forcément évidents. Ainsi, on dira « je vais au chaa chaan teng » pour parler du café du coin, ce type d’établissement étant assez spécifique à Hong Kong. Ou encore « on va au yum cha prendre des dim sum » pour expliquer que l’on va au salon de thé pour picorer des spécialités hongkongaises.

Pour les lieux aussi, « j’habite à Paau Ma Dei » au lieu de j’habite à Happy Valley car à force de répéter l’adresse aux chauffeurs de taxi, ça finit par imprimer. On va au « pier », on prend le MTR, etc… Et enfin, le fameux « ayaah » qui fait la saveur du cantonais de la rue, a vite fait de remplacer notre « Oh la la » national.

Une langue parfumée, comme Hong Kong

Voici donc ce que l’exposition internationale donne à Hong Kong : une "novlangue" parfumée comme le célèbre port. Pas sûr que cela aide nos petites têtes blondes et brunes à décrocher la moyenne en composition française, mais les apports de l’anglais et du cantonais ont au moins la vertu d’étendre leur vocabulaire et de décomplexer le rapport aux autres cultures.

Or, dans un monde global, n’est-ce pas finalement ce que l’on demande aux futures générations ? Selon Cécile Parisot en tous les cas, « les compétences de langues aujourd’hui ne sont plus évaluées de manière individuelle (par exemple son niveau d’anglais par rapport à un anglais natif), mais au niveau global, dans leurs capacités de communication incluant toutes les langues de son répertoire. » De quoi réévaluer ses aptitudes de manière positive !

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Didier Pujol

Didier Pujol

Passionné de culture chinoise et présent en Chine depuis 2011, Didier a publié de nombreux articles sur la Chine avant de reprendre la direction de l'édition Hong Kong comme directeur et rédacteur en chef.
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