Prostitution et Covid à Hong Kong

Par Patricia Herau-Yang | Publié le 18/05/2022 à 14:00 | Mis à jour le 19/05/2022 à 10:55
Photo : Une maison close abandonnée à Hong Kong photo@Sacha Yasumoto, Facebook
prostitution hong kong

Entre fermeture des frontières, distanciation sociale, peur de la maladie et retour de l'hygiénisme à Hong Kong, comment la prostitution se porte-t-elle ? Une enquête de The Hong Kong Aids Foundation fait le point.

 

Le plus vieux métier du monde à Hong Kong

Alors que Hong Kong est devenu une colonie britannique en 1841, le besoin d’une première loi sur la prostitution s’est fait sentir dès 1857. L’objectif de la Hong Kong Ordinance No12, qui mettait en place des enregistrements des maisons closes et des examens médicaux réguliers, était avant tout la prévention des épidémies (de MST).

Le nombre de maisons closes enregistrées n’a cessé d’augmenter et les prostituées, de gagner des droits (et devoirs) : licenciées, taxées, et suivies médicalement, elles étaient nombreuses à Sai Ying Pun, Wan Chai, Mong Kok et Yau Ma Tei. À partir de 1932 pourtant, le gouvernement a multiplié les contraintes sur les prostituées locales. Qu’à cela ne tienne, les prostituées d’Asie du Sud Est, du Japon, d’Europe et des États-Unis se sont installées. L’ethnie Tanka de Hong Kong, méconsidérée par les Chinois Han, a longtemps été une source de prostituées pour les occidentaux. Les femmes Tanka sont encore parfois stigmatisées.

 

Prostitution Hong Kong Covid
Lingerie dans une maison close abandonnée (photo@Sacha Yasumoto, Facebook)

 

Le secteur a aussi été alimenté de nouvelles recrues via les triades et la plupart des établissements étaient liés au banditisme. À partir de 1990, la prostitution a connu un boom avec l’arrivée de chômeuses chinoises touchées par les restructurations des grandes entreprises, leur visa touristique en main.

Le quartier rouge de la prostitution historique était à Lyndhurst Terrace et à Tai Ping Shan, puis Possession Street et Shek Tong Tsui. Wan Chai s’est imposé au début du 20ᵉ siècle.

 

Une activité légale quand elle est librement exercée

La prostitution est une activité légale à Hong Kong, mais très encadrée. Il est interdit de tenir un établissement type maison close, il est interdit de pousser une personne à la prostitution, de fournir des prostituées à des clients, de vivre de la prostitution d’autrui (maquerelle), ou de faire du rabattage.

Rien n’est indiqué sur le recours par des clients aux services de prostituées, ceci est donc légal.

 

Prostitution Hong Kong Covid
Pay first please (photo@Sacha Yasumoto, Facebook)

 

La prostitution existe bien évidemment à Hong Kong, et une clientèle touristique (notamment de Chine continentale) s’est développée notamment dans les salons de massage de la ville. À part dans ces salons, la majorité des prostituées est freelance, autoentrepreneur et très branchée réseaux sociaux. L’activité s’est développée dans des chambres individuelles du centre-ville, les clients répondant à des annonces en ligne ou les petites annonces dans le journal du coin.

 

Prostitution Hong Kong Covid
Brochure d'un autre temps, avant les réseaux sociaux (photo@Sacha Yasumoto, FB)

 

Prostitution et Covid, les résultats de l'enquête

Depuis deux ans, les frontières ont été fermées et la mobilité très restreinte (tant depuis le monde, avec l’interdiction d’entrée aux non résidents, que depuis la Chine continentale puisque seule la famille proche de résidents peut demander l’autorisation d’entrée). Comment le secteur s’est-il adapté ? Comment la distanciation sociale s’est-elle appliquée sur le plus vieux métier du monde ?

Une enquête réalisée par The Hong Kong Aids Foundation fin 2021 sur 600 hommes rendant en temps normal visite aux prostituées indique que 70% ont continué pendant la pandémie. Deux tiers ont cependant indiqué avoir réduit la fréquence de ces visites.

 

Seuls 6% gardent leur masque pendant l’acte.

Dans sa communication des résultats, le Chief executive de The Hong Kong Aids Foundation, Eris Lau, recommande de se faire vacciner (Covid), garder son masque, monitorer sa température, et utiliser LeaveHomeSafe pour chaque visite.

Il ressort ainsi de l’étude que les clients ont toujours trouvé des prostituées, et l’activité a continué à fonctionner, sans masque. On peut donc dire que l’on a pu continuer de vivre de son corps en temps de Covid à Hong Kong.

 

Prostitution Hong Kong Covid
Objet du désir ou pièce à conviction? (photo@Sacha Yasumoto, Facebook)

 

En mars 2022, la police indiquait ainsi avoir arrêté 6 femmes de Chine continentale ayant dépassé la date limite de leur visa touriste et pratiqué la prostitution au Tsim Sha Tsui Hotel. Au moins l’une d’elles a été testée positive au Covid, alors même qu’elle continuait de recevoir des clients. Plusieurs alertes de ce type ont été relayées par les autorités en 2021, avant l’arrivée d’Omicron à Hong Kong, dans des activités de traçage et suivi des cas contacts.

En conclusion de l’enquête de The Hong Kong Aids Foundation, et alors que la mission première de la fondation est l’information et la prévention du Sida, Lau indique que :

 

80% des personnes interrogées n’a pas fait de test de séropositivité Sida

Notons que rien n’a été communiqué par le gouvernement sur un éventuel dépistage du Sida auprès des prostituées arrêtées en mars. Il faut choisir ses combats, et la priorité de Hong Kong en mars était clairement le Covid.

Si le rapprochement entre Sida et Covid paraît un exercice périlleux, rappelons que les fameux vaccins mRNA, très adaptés aux virus à évolution rapide (solution retenue par Pfizer et Moderna pour le Covid), ont été étudiés à l’origine par les chercheurs pour des applications sur le Sida. D’énormes avancées ont eu lieu depuis deux ans sur le sujet. À quand donc un vaccin commercialisé contre le Sida ?

 

La prostitution a encore de beaux jours devant elle. 

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pat

Patricia Herau-Yang

Patricia a passé de nombreuses années en Chine, exercé le métier de traductrice français-chinois. Depuis son arrivée à Hong Kong, elle s'est mise au cantonais et à la randonnée. Elle contribue à Lepetitjournal.com sur le volet culturel, entre autres...
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