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Décryptage - Le Hong Kong dollar arrimé à l’US dollar 

Par Olivia Bugault | Publié le 15/01/2018 à 11:48 | Mis à jour le 15/01/2018 à 17:15
HKD Dollar USD picture cover

Plus de 50 devises dans le monde sont arrimées à une autre devise, pour beaucoup au dollar américain, pour d’autres à la livre sterling, à l’euro…

Un arrimage monétaire consiste à lier sa devise nationale à une autre monnaie et donc, à ne plus avoir la mainmise sur sa propre politique monétaire. Mais pourquoi cette volonté de certains pays de céder leur souveraineté monétaire? Car certains sont trop petits ou trop fragiles et donc plus vulnérables aux secousses économiques mondiales, c’est pourquoi, par mesure de sécurité, ils cherchent à attacher leur monnaie à une devise plus stable qui la rendra moins volatile. 

HKD, comment tout a commencé… 

Pour ce qui est du Hong Kong dollar, c’est une longue histoire. Il a d’abord été arrimé à la livre sterling, en 1935. Un choix logique puisqu’alors, l’île était sous occupation britannique. Pourtant, en 1972, changement de fusil d’épaule : le dollar américain, considéré comme plus stable, devient la nouvelle devise d’arrimage… Après des allers et retours, de nouveaux changements de politique et une crise de confiance monétaire en 1983 amenant certains marchands de l’île à refuser d’être payés en HKD, l’autorité monétaire hongkongaise revoit sa feuille de route. Pour restaurer la confiance, elle rattache à nouveau solidement le Hong Kong dollar au dollar américain pour un taux de 7,8 HKD = 1 USD. 

Cela fait 34 ans maintenant que cet arrimage a fidèlement servi l’économie hongkongaise avec l’instauration, en 2005, d’une bande de fluctuation permettant d’apprécier ou de dévaluer légèrement l’HKD par rapport au dollar américain. 

Avantages et désavantages d’un tel arrimage 

Ce système d’arrimage fournit un ancrage monétaire empêchant les trop grandes fluctuations de la monnaie. Il permet de réduire les risques de change pour les importateurs, exportateurs et investisseurs internationaux. Un point particulièrement important pour Hong Kong qui est une petite économie, ouverte aux vents de la mondialisation. Porte sur la Chine et centre financier international, l’île a besoin d’une monnaie stable pour donner confiance à ses partenaires financiers et commerciaux. 

Hong Kong a largement profité de cet arrimage. Néanmoins, dû à ce dernier, l'île n'a pas l'entier contrôle de sa politique monétaire ce qui la condamne à faire face à des périodes d’inflation ou de stagnation des salaires lorsque la conjoncture économique n'est pas favorable. En effet, alors que beaucoup de pays dévaluent leur monnaie lorsqu’ils veulent relancer leur économie, Hong Kong n’a tout simplement pas ce pouvoir, d’où la mise en place d’autres mesures comme celles affectant les salaires par exemple.   

Qui se ressemble s’assemble: qu’en est-il des économies hongkongaise et américaine?

Nous disions que l'île ne gérait pas pleinement sa monnaie et, en effet, c’est bien la Fed (Banque Centrale Américaine) qui détient la maîtrise de la monnaie hongkongaise puisqu’elle peut jouer avec son taux de change.

Or, ces dernières années, la Fed a relevé petit à petit les taux d’intérêt de sa propre monnaie, taux qui était proche de zéro suite à la grande récession qui a suivi la crise de 2008. Cette hausse signifie que le dollar américain va « coûter plus cher » et donc, le Hong Kong dollar également. Une monnaie plus chère va pénaliser Hong Kong à l’exportation. Désormais, les pays qui importent des produits hongkongais devront dépenser plus pour un bien dont le prix n’a pourtant pas augmenté… Puisque c’est le prix de la monnaie hongkongaise qui a augmenté! 

Cela peut ne pas être un problème si les deux devises et économies respectives sont suffisamment proches pour que leurs fluctuations soient identiques… Cependant, Hong Kong a beaucoup plus d’affinités économiques et de liens avec la Chine. Voilà qui divise les experts. Faut-il mieux être arrimé à la plus puissante devise internationale, le dollar américain, ou à une devise plus proche et en grande forme, le renminbi chinois? 

 

Bourse Chine devise HKD

 

Quel arrimage pour demain? 

Une chose est certaine : l’arrimage du HKD à l’USD ne sera pas éternel. Eh oui, l’intégration croissante de Hong Kong à la Chine depuis la rétrocession de l’île en 1997 laisse envisager un futur arrimage au Renminbi. Hier économie fermée, la Chine s’est ouverte à la mondialisation, le renminbi est donc une monnaie qui circule de plus en plus dans les échanges internationaux et notamment à Hong Kong. Rien d’étonnant puisque l’île est économiquement très liée à sa mère patrie. 

Ainsi, si l’internationalisation du renminbi continue, beaucoup d’experts prévoient un changement d’arrimage. D’autant plus que politiquement, Pékin parait vouloir faire rentrer Hong Kong dans son giron. 

Un autre argument, également politique, va dans le même sens. L’élection de l’imprévisible Donald Trump sur un programme nationaliste a jeté un froid sur le commerce international et le trouble sur la continuité de la bonne entente qu’entretiennent les deux pays.  

Faut-il s’inquiéter d’un changement d’arrimage ? Les experts sont partagés, mais a priori peu d’inquiétudes pour les affaires, l’économie hongkongaise étant étroitement liée à l’économie chinoise, bien plus qu’à l’économie américaine.  

 

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Olivia Bugault

Olivia Bugault

Avec un bagage en économie, marketing et journalisme, Olivia a privilégié la plume. Ses contributions à La Feelgood Company (production), pour Marie Claire et le blog Publik'art ont révélé ses domaines de prédilection: économie, culture et enquêtes
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