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TRAVAIL - Hong Kong ne compte pas ses heures

Par Olivia Bugault | Publié le 25/05/2017 à 18:01 | Mis à jour le 25/05/2017 à 18:28
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Le temps de travail hebdomadaire est un sujet brûlant à Hong Kong en toute saison. Les Hongkongais ont la réputation d'être des forcenés du travail, mais si pour certains, c'est un choix, d'autres le subissent. Un rapport publié début 2017 conseille - à nouveau - de mieux encadrer et réglementer les heures de travail mais y-a-t-il seulement quelqu'un pour entendre le message ? Etat des lieux.

Hong Kong est une bosseuse. Des 71 villes interrogées par une enquête UBS en 2015[1], elle s'affiche grande championne des heures de travail hebdomadaire avec une moyenne de 50.1 heures travaillées. Elle est sans rivale puisque Bombay, en 2ème position, ne travaille « que » 43.8 heures par semaine.

 

Alors que la moyenne mondiale atteint les 36 heures et 23 minutes hebdomadaires, les employés hongkongais travaillent 38% de plus. Notons d'ailleurs que Paris est bonne dernière du classement avec une moyenne de 30.8 heures de travail hebdomadaire et 29 jours de congé annuels contre 17 pour Hong Kong. Le fossé est immense.

Un fossé pourtant que les expatriés français à Hong Kong ont dû, pour beaucoup, franchir. Certains, soutenus par une ambition professionnelle tenace, y trouvent leur compte tandis que d'autres en perdent leur motivation et le goût d'un travail devenu insupportable.

Les Français à la même enseigne que les Hongkongais

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François[2], expatrié français, était Branch manager responsable de l'Asie pour une société de déménagement internationale. « A tout moment, je devais être joignable pour répondre à la demande ». Le décalage horaire l'obligeait à travailler trop tôt ou trop tard et le samedi était une « journée travaillée ». Des heures supplémentaires qui n'en étaient pas puisqu'elles faisaient partie intégrante du job. Cette prise de contrôle de son travail sur sa vie et son temps libre l'a poussé à prendre la sortie. Parce que s'il pouvait supporter la charge de travail, il avait l'impression d'avoir perdu de sa liberté. Aujourd'hui, il travaille en free-lance et, en comparaison, « c'est le jour et la nuit ». « Si j'ai envie d'emmener mes enfants à l'école, je peux le faire ». Tout simplement.

Mais d'autres expatriés français ne jurent que par leur ambition professionnelle. Roger[2] travaille à Hong Kong en finance de marché depuis 6 ans. Initialement, il voulait également découvrir Hong Kong et ses alentours mais désormais, l'argent a pris l'ascendant. « Ici, il y a une meilleure émulation qu'en France ». Entouré d'ingénieurs, de gens qui « réfléchissent très vite », il n'est pas tendre avec la France. Hong Kong, « c'est juste mieux [?] je ne supporte plus la façon de travailler à la française ». Avec un salaire qui l'étonne lui-même, une rémunération à la performance et plus de liberté dans son travail, ses heures supplémentaires ne lui pèsent pas. C'est le prix à payer pour être bien payé.

Deux points de vue opposés sur un même sujet. Leur point commun : quoiqu'ils en disent, les heures supplémentaires font partie de leur quotidien. Difficile d'y échapper à Hong Kong.

Le prix des heures supplémentaires

Mais c'est souvent au prix de leur équilibre vie privée-vie professionnelle que les Hongkongais/expatriés triment 50 heures par semaine. Un prix que ne paient pas nombre d'employeurs puisque les ¾ des salariés ne sont pas rémunérés pour leurs heures supplémentaires.

Il est attendu de beaucoup de travailleurs qu'ils soient disponibles et répondent à leurs emails même lorsqu'ils ont quitté leur bureau, même lorsqu'ils sont en vacances. Cette surcharge de travail est aussi un surplus de stress, de harassement et détériore la motivation des salariés. Mais si cela permet d'augmenter les recettes et la productivité globale des entreprises, quels intérêts ont-elles à instaurer un meilleur équilibre vie privée-vie professionnelle ?

Deux faits : d'abord, les Hongkongais ont le désir grandissant d'harmoniser les deux faces de leur vie[3]. Et parce que le taux de chômage est de 3.3%, les opportunités professionnelles sont nombreuses sur l'île. Si les salariés peuvent se permettre de refuser des offres, alors les entreprises doivent booster leur attractivité et pas seulement par les salaires.

Mais il ne s'agit que d'un son de cloche. Des voix se sont élevées pour prévenir contre la perte de compétitivité de Hong Kong si les heures supplémentaires venaient à être réglementées.

Changer les choses ? Quand les politiques s'emparent du sujet

Dans l'arène politique, le sujet est souvent abordé mais peu traité. Pour se faire élire en 2012, CY Leung avait fait de la diminution des heures de travail une de ses promesses de campagne mais force est de constater qu'elle ne fût pas appliquée.

En ce début d'année, un rapport[4] sur la règlementation des heures de travail a été rendu public. Depuis 2013, un comité de conseillers gouvernementaux planchait sur la question des heures supplémentaires pour finalement divulguer leur conclusions qui ne sont qu'indicatives et n'ont pas satisfait les syndicats. En effet, le comité a considéré que seuls les employés hongkongais à « bas salaire » (sans plus d'indications sur le montant) devraient être concernés par une standardisation de leurs heures de travail hebdomadaire et de la rémunération de leurs heures supplémentaires.

D'autres rapports ont déjà été publiés sans suite par le passé. Le statu quo semble robuste. 

Olivia Bugault (www.lepetitjournal.com/hong-kong) - vendredi 26 mai 2017
 


[1] La moyenne de travail hebdomadaire a été calculée en comptant le nombre d'heures et de jours ouvrés par semaine - vacances et jours fériés ont été ensuite déduits pour atteindre le résultat final. L'étude a été commentée lors de sa publication en 2015 et peu de données de comparaison à l'international sont accessibles depuis. Au titre des reproches, les calculs repose sur 15 professions communes ; Eurostat comptait fin 2014 un travail hebdomadaire de 37,5 heures en France ; les non-salariés (commerçants, professions libérales, etc.) avec 51,3 heures selon l'Insee en sont exclus. 

[2] Les noms ont été changés

[3] D'après une étude de l'agence de recrutement Randstad sur un échantillon de 400 Hongkongais

[4] http://www.swhc.org.hk/en/whatsnew/index.html

Olivia Bugault

Olivia Bugault

Avec un bagage en économie, marketing et journalisme, Olivia a privilégié la plume. Ses contributions à La Feelgood Company (production), pour Marie Claire et le blog Publik'art ont révélé ses domaines de prédilection: économie, culture et enquêtes
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