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FUSILLADE EN ARIZONA – Un tueur et des questions

Cinq jours après la tuerie survenue à Tucson qui a fait 6 morts et blessé 14 personnes dont une parlementaire, l'Amérique reste sous le choc. Comme toujours, les interrogations se portent sur les mobiles de ce geste insensé

 

(Portraits de 6 victimes du tireur. En haut à gauche, Christina Taylor Green. La petite fille de 9 ans était née le 11 septembre 2001, AFP)

Aux Etats-Unis, le choc reste immense suite à la fusillade qui a éclaté samedi dernier pendant un meeting à Tucson dans l'Arizona, au sud-ouest du pays. La tuerie, perpétrée par un déséquilibré, a fait six morts - parmi lesquels une fillette de 9 ans et un juge fédéral - et quatorze blessés. Un bilan qui aurait pu être plus lourd sans l'intervention d'une femme qui s'est jetée sur le tireur afin de lui arracher un chargeur, empêchant ainsi une nouvelle volée de balles. Parmi les blessés, la représentante démocrate du Congrès, Gabrielle Giffords que le tireur avait expressément pris pour cible. L'élue de 40 ans, épouse de l'astronaute Mark Kelly se trouve toujours dans un état critique, mais les médecins restent "prudemment optimistes" sur son rétablissement sans vouloir se livrer à des conjectures sur les séquelles.

La famille du tireur présente ses excuses
L'auteur de la fusillade, Jared Loughner, âgé de 22 ans a été arrêté sur les lieux et inculpé de meurtres et tentatives de meurtres. Refusant de livrer les motifs de son geste, le jeune homme qui a des antécédents judiciaires, s'est muré dans le silence depuis son arrestation. Les enquêteurs ont relevé que sur sa page MySpace, il tenait des propos vengeurs et incohérents, revendiquant l'introduction d'une nouvelle monnaie, critiquant l'illettrisme et le gouvernement tandis que sur YouTube, il citait Le manifeste du parti communiste de Marx et Engels, et Mein Kampf d'Adolf Hitler parmi ses livres préférés. A son domicile, le FBI a également retrouvé une lettre de Mme Giffords à Jared Lee Loughner, le remerciant d'avoir assisté à l'un de ses meetings en 2007. La famille du tireur elle-même a fait part de son incompréhension tout en présentant ses excuses aux victimes dans un communiqué diffusé mardi.

Un discours qui arme les déséquilibrés
Bien que les mobiles du tireur restent incertains, le débat sur la lecture à donner à cette tragédie fait rage aux Etats-Unis. Certains démocrates ont ainsi dénoncé un "climat de haine" qui a prospéré dans le sillage du mouvement ultra-conservateur du Tea party et ont critiqué les tactiques de communication de certains conservateurs, qui ont recours à des images d'armes dans leurs discours et leur propagande électorale. La gauche libérale a tout particulièrement critiqué la figure de proue des Tea Party, Sarah Palin, qui a affiché sur Facebook des cibles militaires désignant les districts électoraux à prendre pendant les élections de mi-mandat, parmi lesquels figurait celui de Gabrielle Giffords. Cette dernière s'en était d'ailleurs émue, estimant que cette métaphore guerrière était "dangereuse".

Barack Obama en visite à Tucson
Pour la droite, les insinuations du camp libéral sont "dégoûtantes". L'opposition rappelle par ailleurs que les métaphores guerrières sont également utilisées dans les rangs démocrates, comme l'a montré un clip de campagne du sénateur Joe Manchin, filmé en train de tirer sur une cible "réforme des émissions de gaz carbonique". Dans une contre-attaque violente, les conservateurs accusent même les démocrates de capitaliser sur l'"acte irrationnel" d'un déséquilibré. Barack Obama qui s'est rendu hier en Arizona pour soutenir les familles de victimes et la nation dans la peine s'est d'ailleurs gardé de suivre ses troupes libérales sur le terrain miné de la politisation. Faisant preuve d'empathie, le président américain s'est placé au-dessus des partis et a appelé au recueillement. Il reste que le problème de l'accès facile au port d'armes semble demeurer tabou aux Etats-Unis et que le deuxième amendement de la constitution américaine à ce sujet ne soit pas près d'être remis en cause. La démocrate Gabrielle Giffords était d'ailleurs partisane du port d'armes et en possédait une.
Julie Ketkosol (www.lepetitjournal.com) jeudi 13 janvier 2011

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