Édition Francophonie

Nicolas Leymonerie, bâtisseur de francophonie au Vietnam

Installé à Dalat depuis plus de dix ans, Nicolas Leymonerie est devenu une figure incontournable de la francophonie au Vietnam. Fondateur du Centre Francophone de la province de Lâm Dông et porteur du projet de la Maison Alexandre Yersin, il milite avec passion pour une francophonie inclusive, vivante et tournée vers l’Asie. Rencontre avec un homme de conviction, à la croisée des cultures.

Nicolas Leymonerie - Photo LPJNicolas Leymonerie - Photo LPJ
Nicolas Leymonerie - Photo LPJ
Écrit par Jean-Claude Mairal
Publié le 27 mars 2025, mis à jour le 28 mars 2025

 

 

Un engagement de longue date pour la langue française

Depuis près de vingt ans, Nicolas Leymonerie consacre son énergie à la francophonie au Vietnam. Enseignant, linguiste et promoteur infatigable du français, il a fondé à Dalat le premier Centre Francophone de la province de Lâm Dông. Dans cette ville au passé marqué par l’influence française, il s’efforce de raviver un attachement culturel parfois menacé par l’omniprésence de l’anglais. « La francophonie ici ne se résume pas à la langue, elle fait partie de l’histoire, de l’architecture et de la mémoire collective », affirme-t-il.

Mais au-delà de la préservation du français, Nicolas Leymonerie voit dans son combat une manière de renforcer les liens entre la France et le Vietnam. Il est aujourd’hui l’un des visages les plus actifs de la francophonie en Asie du Sud-Est et œuvre, à travers de multiples initiatives, pour que le français ne soit pas relégué au rang de simple vestige colonial, mais bien un vecteur d’échanges et d’opportunités.

 

 

 

Une vocation née à Paris, une révélation au Vietnam

L’histoire de Nicolas Leymonerie avec le Vietnam commence bien avant son installation à Dalat. Dans les années 2000, alors étudiant et travaillant en alternance dans le 13ᵉ arrondissement de Paris, il se lie avec la diaspora vietnamienne. Une rencontre en particulier bouleverse son destin : celle de son épouse, originaire de Hanoï. « J’ai découvert le Vietnam à travers elle, moi qui n’avais jamais quitté l’Europe », raconte-t-il.

Très vite, il ressent une affinité particulière avec la culture vietnamienne. « Je me suis rendu compte que j’étais naturellement ‘vietnamo-compatible’ », confie-t-il avec humour. Il apprend la langue, s’imprègne des traditions et finit par se former à l’enseignement du vietnamien à l’Université des Sciences Humaines et Sociales de Hô Chi Minh-Ville.

Dalat s’impose à lui comme une évidence. Nichée sur les hauts plateaux du Langbian, cette ville a conservé une forte empreinte française. Ses maisons à colombages, ses jardins fleuris et ses clochers rappellent un autre temps, celui où Alexandre Yersin, médecin et explorateur franco-suisse, découvrait ces terres propices à l’installation d’un sanatorium colonial. « En arrivant à Dalat, j’ai eu un coup de cœur immédiat. Tout ici me rappelait mon Limousin natal », explique-t-il.

Mais au-delà de l’aspect pittoresque, c’est la francophilie locale qui le décide à s’y installer définitivement. « Il y avait une vraie demande de la population, notamment des jeunes, pour continuer à apprendre et pratiquer le français. »

 

 

 

Le Centre Francophone de Dalat, une renaissance pour le français

Lorsque Nicolas Leymonerie arrive à Dalat, il constate un déclin inquiétant de l’apprentissage du français. Les classes bilingues, mises en place dans les années 1990, voient leurs effectifs chuter et certaines sont menacées de fermeture. Face à ce constat, il décide d’agir.

En 2013, il projette de fonder le premier Centre Francophone de la province. « L’Université Yersin m’a rapidement demandé d’animer son club de français, et j’ai compris qu’il y avait une véritable attente », se souvient-il. Mais la mise en place du centre n’a pas été immédiate : il lui faudra attendre trois ans avant de pouvoir concrétiser son projet.

Le pari est pourtant gagné. En quelques années, le centre devient un pôle incontournable pour les francophones de Dalat. Il attire aussi bien des étudiants que des professionnels désireux de perfectionner leur niveau. « La création du centre a permis d’enrayer le déclin des effectifs dans les écoles », se félicite-t-il.

Cependant, l’initiative repose presque exclusivement sur du bénévolat et des soutiens associatifs. « Nous ne sommes qu’une petite flamme précaire, alors que le soleil de la francophonie brille ici par intermittence », regrette-t-il.

 

 

 

La Maison Alexandre Yersin, un projet pour pérenniser la francophonie

Conscient des limites du Centre Francophone, Nicolas Leymonerie porte aujourd’hui un projet plus ambitieux : la Maison Alexandre Yersin. Cette nouvelle structure, dédiée à la francophonie, vise à renforcer durablement la présence du français à Dalat.

Pourquoi ce nom ? « Yersin n’était pas seulement un scientifique de génie, il était aussi un passeur entre les cultures », explique-t-il. Naturalisé vietnamien à titre posthume, cet explorateur incarne, selon lui, la vocation même du projet : créer un pont entre la culture vietnamienne et la francophonie.

 

(de gauche à droite) Pierre Du Ville, délégué général Wallonie-Bruxelles et président du GADIF au Vietnam, Pr Duong Quy Sy, médecin francophone et éminent spécialiste des maladies du sommeil, Olivier Brochet, Ambassadeur de France, Edgard Doerig, directeur du bureau Asie-Pacifique de l'OIF, Nicolas Leymonerie.
(de gauche à droite) Pierre Du Ville, délégué général Wallonie-Bruxelles et président du GADIF au Vietnam, Pr Duong Quy Sy, médecin francophone et éminent spécialiste des maladies du sommeil, Olivier Brochet, Ambassadeur de France, Edgard Doerig, directeur du bureau Asie-Pacifique de l'OIF, Nicolas Leymonerie.

 

 

L’initiative a déjà attiré l’attention de plusieurs institutions. « L’Ambassadeur de France, le représentant de l’OIF et le Président du GADIF sont venu à Dalat en mars pour en discuter », annonce-t-il. Parallèlement, la Chambre de commerce et d’industrie franco-vietnamienne s’intéresse aux perspectives économiques qu’un tel centre pourrait offrir.

Mais pour que ce projet voie le jour, il faudra plus qu’une simple reconnaissance symbolique. Nicolas Leymonerie appelle à un engagement fort des institutions françaises et des entreprises. « Il est essentiel que Dalat soit pleinement intégrée aux actions de coopération culturelle et économique », insiste-t-il.

 

 

 

Une francophonie en mutation, entre défis et espoirs

Au-delà de son engagement local, Nicolas Leymonerie porte un regard lucide sur l’évolution de la francophonie en Asie. « Contrairement aux idées reçues, le français reste une langue influente au Vietnam. Avec 30 000 apprenants, il est la deuxième langue étrangère du pays après l’anglais », rappelle-t-il.

Pour lui, la francophonie vietnamienne est un modèle unique. « Ici, la langue française est profondément enracinée. Elle a influencé le vocabulaire, la syntaxe et même la littérature vietnamienne », souligne-t-il. Il regrette cependant que la France elle-même semble négliger cet atout.

« La France ne mesure pas toujours l’importance de sa propre langue sur la scène internationale », déplore-t-il. Citant Yves Bigot, président de la Fondation des Alliances Françaises, il rappelle que « la francophonie est notre avenir, mais encore faut-il que nous en soyons conscients ».

 

 

 

Une invitation à repenser la francophonie

Pour Nicolas Leymonerie, la francophonie ne doit pas être un simple héritage du passé, mais une force d’avenir. Il plaide pour une approche renouvelée, notamment en intégrant pleinement l’Asie du Sud-Est dans les stratégies francophones.

« Trop souvent, la francophonie est pensée uniquement à travers le prisme de l’Afrique. Il est temps d’adopter une vision plus large », affirme-t-il. Il met en avant l’exemple de la Corée du Sud, qui a récemment rejoint l’OIF, et où le français est perçu comme une langue prestigieuse et porteuse d’opportunités économiques.

Alors que le Sommet de la Francophonie 2026 se tiendra au Cambodge, il voit là une occasion unique pour la France et les institutions francophones de renforcer leur présence en Asie. « Il faut faire de ce sommet un moment charnière », insiste-t-il.

Engagé, visionnaire et passionné, Nicolas Leymonerie incarne cette francophonie en perpétuelle évolution. Son combat pour la langue française à Dalat est aussi un rappel : la francophonie n’est pas qu’une question de politique, c’est avant tout une affaire de passionnés, prêts à défendre et à transmettre un héritage commun. Reste à savoir si son appel sera entendu.

 

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