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“Les Français de l’étranger sont parfois les oubliés” : l’ADFE veut faire entendre leur voix

Pourquoi les Français établis hors de France ont-ils le sentiment de passer après les autres ? Pour Jaime Peypoch, président de Français du Monde - ADFE, la baisse des aides, les difficultés scolaires et le manque de moyens publics révèlent un problème de fond. Son association veut désormais peser davantage dans le débat politique et imposer ces enjeux à l’agenda. Il nous en dit un peu plus sur le rôle qu’il souhaite confier à son organisation et appelle les pouvoirs publics à adapter leurs politiques à des communautés françaises qui ont profondément évolué.

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Jaime Peypoch nous en dit un peu plus sur le rôle qu’il souhaite confier à son organisation
Écrit par Ewan Petris
Publié le 22 octobre 2026

“Les Français de l’étranger sont malheureusement parfois les Français oubliés.” À la tête de Français du Monde - ADFE, une association qui défend les droits et accompagne les Français établis à l’étranger, Jaime Peypoch entend renforcer le rôle de son organisation. Il souhaite mieux informer les compatriotes, moderniser les outils associatifs et porter des propositions concrètes auprès des institutions et des candidats à l’élection présidentielle. À l’occasion de la publication du Baromètre 2026, il revient sur les chiffres-clés et les principales préoccupations des Français de l’étranger. 

 

Les Français de l’étranger ne sont plus ceux d’il y a dix ans"

 

Quels sont aujourd’hui les principaux objectifs de Français du Monde - ADFE ?

 

Nous sommes une association en croissance, avec plus d’une centaine de sections à travers le monde, présentes dans une centaine de postes consulaires, et environ 3 000 adhérents. Notre priorité est de continuer à développer l’association, à la faire connaître et à moderniser ses outils. Nous devons pouvoir répondre aux demandes d’information et aux besoins des Français de l’étranger. Cela suppose des outils performants et des bénévoles formés, qui connaissent les dossiers et leur technicité, notamment en matière de bourses scolaires et de protection sociale.

 

Nous voulons également renforcer notre capacité à faire des propositions. Nous travaillons sur des outils comme le Baromètre des Français de l’étranger et préparons des propositions programmatiques que nous souhaitons transmettre aux candidats à la prochaine élection présidentielle, mais aussi à nos parlementaires. La réalité est que les Français de l’étranger sont parfois les oubliés des candidats et des partis politiques. Il faut leur rappeler qu’ils existent et qu’ils peuvent être une force de proposition.

 

Les institutions ont une vision dépassée des Français de l’étranger ?

 

Les communautés françaises à l’étranger ne sont plus ce qu’elles étaient il y a dix ans. On imagine encore souvent des expatriés de passage, alors que ce n’est plus la majorité. Beaucoup de Français se sont installés durablement dans leur pays d’accueil. Certains sont binationaux, d’autres sont mariés à des ressortissants locaux et y élèvent leurs enfants.

 

Les données du baromètre montrent une présence moyenne de 15 à 16 ans dans le pays d’accueil. Il faut donc repenser notre manière d’appréhender ces communautés, en tenant compte de leur diversité et des réalités locales. Nous devons aussi conserver et renforcer le lien avec la France, notamment par l’éducation. Les Français de l’étranger représentent environ trois millions de personnes : il est essentiel qu’ils puissent maintenir des liens avec leur pays et participer pleinement à sa vie démocratique.

 

Désillusion et inquiétudes des Français de l'étranger, les résultats du 4e Baromètre ADFE


 

La France a développé des services importants pour ses ressortissants à l’étranger, notamment les bourses scolaires et les services consulaires numérisés (…) Mais il faut que les Français sachent que ces services existent”

 

Concernant le Baromètre 2026, justement, quel enseignement vous a le plus marqué ?

 

La méconnaissance du réseau français à l’étranger est frappante. C’est un outil mis à la disposition de nos compatriotes, mais nos institutions ont encore du mal à communiquer sur les services et les possibilités qui leur sont offerts. On ne peut pas se contenter de mettre des informations sur un site internet. Il faut aller plus loin, organiser des réunions, expliquer les dispositifs et faire preuve de pédagogie.

 

La France a développé des services importants pour ses ressortissants à l’étranger, notamment les bourses scolaires et les services consulaires numérisés. C’est une richesse dont nous pouvons nous réjouir. Mais il faut que les Français sachent que ces services existent et puissent réellement y accéder. Or, dans le même temps, la diplomatie française subit une baisse importante de ses budgets. Cela aura nécessairement des conséquences sur les moyens dont disposent les administrations pour accompagner les Français de l’étranger.


 

Les restrictions budgétaires en France ont-elles déjà des conséquences concrètes pour les Français établis hors de France ?

 

Oui, et nous le constatons notamment dans le domaine des bourses scolaires. Nous sommes passés de 23 000 bénéficiaires à 17 000 en quelques années. On ne peut pas sérieusement considérer que cette évolution traduit une amélioration générale du niveau de vie des Français de l’étranger.

 

Beaucoup sont de petits entrepreneurs ou des salariés sous contrat local. Ils vivent parfois correctement, mais n’ont pas nécessairement les moyens de financer la scolarité de leurs enfants dans le réseau français. Les budgets sociaux destinés aux Français de l’étranger diminuent également. La Caisse des Français de l’étranger rencontre des difficultés, alors qu’elle assure aussi des missions de service public. Par exemple, le financement du dispositif d’aide destiné aux Français les plus en difficulté devrait relever de la solidarité nationale, plutôt que de reposer sur les autres adhérents de la Caisse.

 

Il faut rappeler que les Français de l’étranger contribuent eux aussi à l’économie française et au budget de l’État : certains paient des impôts en France, et lorsqu’ils y reviennent, ils consomment, achètent des biens et utilisent des services. Les budgets sociaux consacrés aux Français de l’étranger représentent moins de 150 millions d’euros. À l’échelle du budget de l’État, ce sont des montants limités, alors que les besoins sont bien réels.


Français du monde ADFE - l'association pour les Français de l'étranger

Certaines communautés françaises peuvent aussi se sentir abandonnées en période de crise, comment mieux les accompagner ?

 

Les Français de l’étranger subissent les conséquences de la politique étrangère française. Lorsque les relations entre pays se dégradent, certaines communautés sont directement touchées. Nous l’avons vu au Sahel, au Mali, au Niger ou encore au Moyen-Orient. Dans ces situations, des Français doivent parfois partir, tout quitter et reconstruire leur vie ailleurs. Quand nous échangeons avec eux, certains nous disent se sentir abandonnés. 

 

Les associations jouent donc un rôle important, notamment pour faire remonter les besoins et maintenir un lien avec les personnes concernées. Mais l’État doit également prendre en considération ces réalités et ne pas s’appuyer uniquement sur le tissu associatif.

 

La majorité des Français de l’étranger ne sont pas des expatriés dont les frais de scolarité sont pris en charge par une entreprise. Beaucoup financent eux-mêmes l’éducation de leurs enfants.”

 

Quelles sont les priorités des familles françaises face à la réforme de l’AEFE ?


 

Il y a deux enjeux majeurs : la visibilité sur les frais de scolarité et la qualité pédagogique.

Les parents doivent pouvoir anticiper le coût de la scolarité de leurs enfants. Ils doivent aussi avoir des garanties sur la qualité de l’enseignement, notamment grâce à la présence d’enseignants formés et de personnels détachés capables de maintenir un niveau pédagogique constant.

 

Il faut également prendre en compte la situation des classes moyennes. La majorité des Français de l’étranger ne sont pas des expatriés dont les frais de scolarité sont pris en charge par une entreprise. Beaucoup financent eux-mêmes l’éducation de leurs enfants.

Aujourd’hui, on constate que les familles les plus en difficulté peuvent parfois bénéficier de bourses couvrant la totalité des frais, tandis que les aides partielles, qui concernaient notamment les familles aux revenus moyens, ont fortement diminué.

 

Le reste à charge devient alors trop important. Certaines familles finissent par retirer leurs enfants du réseau français ou cherchent une solution dans le système scolaire local. Mais, selon les pays, celui-ci ne permet pas toujours de poursuivre une scolarité en français ni de conserver les mêmes références culturelles. 

 

Il faut mener une réforme en concertation avec les enseignants et les parents d’élèves, en tenant compte des réalités locales. Nous sommes très attachés à une AEFE forte, qui reste un opérateur capable de gérer directement des établissements en gestion directe (EGD). Ces établissements sont des références pour l’ensemble du réseau, y compris les établissements conventionnés ou partenaires. L’AEFE doit bien sûr évoluer et s’adapter, mais il faut préserver cette capacité de pilotage et garantir de bonnes conditions de travail aux enseignants. 

 

Le Baromètre 2026 montre que les Français de l’étranger restent attachés à la culture française ?

 

Les Français de l’étranger restent très attachés à la France, à ses références culturelles et au lien qu’ils souhaitent transmettre à leurs enfants. C’est aussi ce qui explique la vitalité des activités culturelles organisées dans les pays d’accueil, notamment par les associations. Elles permettent de se retrouver, de maintenir des références communes et de transmettre la langue française. Ce besoin est d’autant plus important dans les pays où le français est moins présent au quotidien. 

 

Mais il existe effectivement un paradoxe. Les institutions culturelles françaises à l’étranger disposent de moins en moins de moyens pour développer leurs activités. La France annonce de grands partenariats pour promouvoir la francophonie, mais il devient difficile de pérenniser ces actions sans financements suffisants. Le label France Éducation, par exemple, est un outil intéressant. Mais attribuer un label ne suffit pas : il faut aussi former les enseignants, développer les infrastructures et créer des liens durables entre les professionnels de l’éducation.

 

Pourquoi les jeunes sont-ils peu représentés dans le Baromètre 2026 et dans certaines associations ?

 

Les associations sont confrontées au vieillissement de leurs membres. Pour attirer des personnes plus jeunes, il faut leur proposer des projets concrets, autour de l’environnement, de l’action sociale ou de sujets qui concernent aussi la communauté locale.

 

Les jeunes ne sont pas nécessairement intéressés, au départ, par l’association en tant que telle. En revanche, ils peuvent avoir envie de participer à un projet précis, de rencontrer des acteurs locaux et de voir concrètement ce qu’ils peuvent apporter. Un projet permet de réfléchir à des objectifs, de chercher des financements, de constituer un réseau et de mesurer les résultats obtenus. Cela permet aussi d’acquérir des compétences administratives, budgétaires et humaines.

 

Le tissu associatif doit se moderniser, mais il possède un atout : sa réactivité. Avec quelques personnes motivées, une association peut rapidement retrouver une dynamique et répondre aux besoins de la communauté française, tout en s’ouvrant davantage au pays d’accueil.

 

Vous souhaitez repositionner Français du Monde - ADFE comme une association de service. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

 

Français du Monde n’est pas une association de services au sens commercial du terme. Depuis sa création, elle accompagne les Français de l’étranger dans leurs démarches administratives, leur apporte de l’information et les soutient lorsqu’ils rencontrent des difficultés. Cela fait partie de son ADN.

 

Mais notre engagement ne se limite pas à l’accompagnement administratif. Il repose aussi sur des valeurs d’humanisme et de solidarité. Certaines associations Français du Monde ont, par exemple, ouvert des maisons de retraite pour répondre à des besoins concrets.

Aujourd’hui, Français du Monde est à la fois une association qui rend service à la communauté française, qui accompagne et informe, et une association qui s’engage.

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