Édition internationale

Désillusion et inquiétudes des Français de l’étranger, les résultats du 4e Baromètre ADFE

En quelques années, la relation entre les Français de l’étranger et la France s’est-elle dégradée ? Les résultats du 4e Baromètre réalisé par ADFE-Français du Monde démontrent une inquiétude et une certaine défiance des expatriés envers leur pays d’origine. Retraite, frais de scolarité AEFE ou encore tensions géopolitiques, nous vous présentons les inquiétudes relevées par cette étude et les recommandations de l’association. 

Désillusion et inquiétudes des Français de l’étranger, les résultats du 4e Baromètre ADFEDésillusion et inquiétudes des Français de l’étranger, les résultats du 4e Baromètre ADFE
Écrit par Damien Bouhours
Publié le 9 octobre 2026, mis à jour le 10 octobre 2026

Plus de 25000 Français de l’étranger installés dans 162 pays ont répondu au 4e Baromètre des Français de l’étranger, organisé par l’Association Démocratique des Français à l’Étranger (ADFE - Français du Monde). Ce panorama a une vocation double : « alimenter le plaidoyer politique de l’ADFE auprès des pouvoirs publics, et offrir aux élus, aux décideurs et aux chercheurs une base de données robuste sur une communauté de près de 3,5 millions de personnes inscrites dans les circonscriptions législatives des Français établis hors de France », explique l’ADFE.

« Notre rôle n’est donc pas seulement d’être une association qui accompagne. Il est aussi de représenter et de faire remonter les réalités du terrain, de contribuer au débat public et de porter les préoccupations de celles et ceux qui vivent hors de France et de veiller à ce que leur situation ne soit pas une question périphérique des politiques publiques.», ajoute son nouveau président Jaime Peypoch. 


 

2026 confirme des tendances de fond tout en révélant plusieurs ruptures : la géopolitisation durable des préoccupations, la crise d’accessibilité du réseau éducatif français et une perception de la France qui s’érode lentement mais régulièrement

 

Quatre éditions du Baromètre et de nouveaux enseignements

En 2026, le Baromètre propose sa quatrième étude des besoins et des opinions des Français de l’étranger. Les contextes de réalisation de ces études en font varier naturellement les résultats : « 2019 marque la fin de la crise des Gilets Jaunes et le Grand Débat National ; 2022 s’ouvre sur l’invasion russe de l’Ukraine et la sortie du Covid-19 ; 2024 est dominée par l’instabilité politique française et la montée des tensions au Proche-Orient ; 2026, enfin, confirme des tendances de fond tout en révélant plusieurs ruptures : la géopolitisation durable des préoccupations, la crise d’accessibilité du réseau éducatif français et une perception de la France qui s’érode lentement mais régulièrement ».

 

Les Français de l'étranger ont une opinion négative de la France

 

Une opinion plutôt négative de la France par les Français de l’étranger 

Premier enseignement de cette étude, la perception de la France est plutôt négative (44,7% des personnes interrogées contre 29,4% d’opinions favorables). Seul le rayonnement culturel français semble toujours convaincre une majorité de Français expatriés. A noter, que plus les Français vivent longtemps à l’étranger plus leur perception de la France est négative (45,4% des expatriés entre 6 et 10 ans, contre 33,5% pour les expatriations de moins d’un an). 

Cette perception fait écho aussi au refus de retour en France. Pour 42,1% des personnes interrogées, il s’agit même d’un « refus catégorique ». Parmi les raisons de ce choix, on retrouve en premières places : une qualité de vie supérieure à l’étranger (52,2%), l’attachement au pays de résidence (48,7%) et la désillusion par rapport à la France (43,5%).
 

les préoccupations des Français de l'étranger

 

Retraite, santé, tensions géopolitiques… des préoccupations différentes en fonction de l’âge

Les résultats de ce Baromètre diffèrent beaucoup en fonction de l’âge des répondants, de leur durée d’expatriation mais aussi de leur lieu de résidence. La retraite et les droits sociaux représentent au global la préoccupation la plus importante des Français de l’étranger (40,3%). Ce chiffre monte à 46% pour les plus de 55 ans. A noter, qu’il y a une surreprésentation du nombre de répondants de plus de 55 ans. « Les jeunes expatriés non-inscrits au registre consulaire sont les plus invisibles », rappelle l’étude.   

La situation internationale inquiète 36,3% des répondants et jusqu’à 39% des 25-34 ans. « La géopolitique est la seule préoccupation transversale à tous les âges, signal d’un monde perçu comme plus instable », souligne le rapport. Le dérèglement climatique inquiète davantage cette tranche d’âge (30%) et beaucoup moins les plus âgés (16%). Le coût de la vie, lui, reste une préoccupation globale pour 30,6% des répondants. 

 

 

 

Défaillances consulaires, AEFE… des problématiques plus fortes en fonction des circonscriptions 

Le Baromètre a également permis d’analyser les différences entre les circonscriptions de résidence des Français de l’étranger. La péninsule ibérique (5e circonscription) et la Suisse (6e circonscription) cumulent les indices de perception les plus négatifs face à la France et le taux de refus de retour les plus élevés. Les Français d’Espagne et du Portugal se disent également préoccupés face à une dégradation des services consulaires. 

La Méditerranée (8e circonscription) et le Proche-Orient (10e circonscription) sont plus affectés par les tensions géopolitiques mais ressentent également des taux d’insatisfaction consulaire supérieurs à la moyenne. « La protection en situation de crise y est testée concrètement », explique le Baromètre. 

Du côté du Maghreb (9e circonscription) et toujours du Proche-Orient, les préoccupations se tournent vers l’accès à une éducation accessible aux établissements de l’AEFE. Respectivement 42 et 54% des répondants dans ces circonscriptions demandent une stabilisation des frais. 

 

L’ADFE devrait plaider pour la création ou l’amélioration d’un portail unique intégrant retraite, fiscalité, état civil et accès consulaire

 

Guichet numérique, plans de communication… quelles sont les recommandations de l’ADFE-Français du Monde ? 

Suite à la sortie de ce rapport, l’ADFE propose également une série de cinq recommandations. 

Le premier besoin présenté par les Français de l’étranger est un meilleur accès aux services administratifs aujourd’hui dématérialisés. L’ADFE recommande ainsi la création d’un guichet numérique unique « Expatriés ».  « L’ADFE devrait plaider pour la création ou l’amélioration d’un portail unique intégrant retraite, fiscalité, état civil et accès consulaire, sur le modèle des guichets numériques des administrations scandinaves. À court terme, l’association peut elle-même créer un annuaire d’aide administrative par circonscription, répondant ainsi aux 57,1 % qui attendent cette aide en priorité. », peut-on ainsi lire. 

La retraite reste la priorité numéro 1 de nombreux expatriés. L’ADFE- Français du Monde souhaite lancer un plan d’information retraite ciblé 45-55 ans en proposant notamment des webinaires par circonscription, des guides pratiques par pays de résidence et un partenariat avec le GIP Union Retraite.

Les préoccupations liées aux frais de l’AEFE résonnent de plus en plus notamment au Maghreb, en Asie-Océanie ou encore dans la Péninsule ibérique. L’ADFE propose de « porter ce plaidoyer auprès de l’AEFE et des pouvoirs publics, en articulant l’argument économique (effet de sélection adverse) et l’argument politique (le réseau perd ses familles les plus attachées à la France). »

Parmi les circonscriptions qui perçoivent le plus négativement la France, la Péninsule ibérique, la Suisse et le Benelux sont aussi celles où la « vie associative est particulièrement atone ». L’association propose donc des campagnes d’actions spécifiques pour reconstruire une relation avec les Français de ces circonscriptions, en renforçant les actions consulaires dans la Péninsule ibérique, en communiquant sur les droits des Français de Suisse ou encore en consolidant les partenariats avec les chambres consulaires dans le Benelux. 

Enfin, 85,4 % des Français à l’étranger ne sont membres d’aucune association française, mais 57,1 % attendent de l’aide administrative et 45,2 % de l’assistance en cas de difficulté. L’ADFE, association reconnue d’utilité publique, souhaite donc se repositionner comme une « association de services » pour attirer davantage les nouvelles générations d’expatriés. 
 

 

les préoccupations des français de l'étranger selon le baromètre ADFE-Français du monde

 

Tout savoir sur le 4e Baromètre de l'ADFE-Français du monde
 

Qu’est-ce que le Baromètre des Français de l’étranger ? Le Baromètre est une enquête de l’Association Démocratique des Français à l’Étranger (ADFE – Français du Monde) consacrée aux besoins et aux opinions des Français établis hors de France. L’édition 2026 est la quatrième.

À quoi sert le Baromètre des Français de l’étranger ? Il vise à éclairer le plaidoyer de l’ADFE auprès des pouvoirs publics et à fournir aux élus, décideurs et chercheurs des données sur les Français établis hors de France.

Quelle est l’opinion des Français de l’étranger sur la France ? Dans l’enquête, 44,7 % des répondants ont une perception négative de la France, contre 29,4 % une perception favorable. Le rayonnement culturel français reste toutefois un point fort.

Les Français de l’étranger souhaitent-ils revenir vivre en France ? Pour 42,1 % des personnes interrogées, le refus de revenir en France est catégorique. Les raisons les plus citées sont une meilleure qualité de vie à l’étranger (52,2 %), l’attachement au pays de résidence (48,7 %) et la désillusion vis-à-vis de la France (43,5 %).

Quelles sont les principales préoccupations des Français expatriés ? La retraite et les droits sociaux arrivent en tête, cités par 40,3 % des répondants. Viennent ensuite la situation internationale (36,3 %) et le coût de la vie (30,6 %).

Quels problèmes rencontrent les Français de l’étranger selon leur lieu de résidence ? Les répondants de la péninsule Ibérique et de Suisse expriment une perception particulièrement négative de la France et un refus de retour élevé. En Méditerranée et au Proche-Orient, les tensions géopolitiques et l’insatisfaction à l’égard des services consulaires ressortent davantage. Au Maghreb et au Proche-Orient, l’accès à une éducation abordable dans les établissements de l’AEFE est une préoccupation importante.

Quelles sont les principales recommandations de l’ADFE-Français du monde ? L’ADFE met notamment en avant la création d’un guichet numérique unique, une meilleure information sur la retraite, la défense de l’accès à l’enseignement français, des actions adaptées aux besoins de certaines circonscriptions et un renforcement de son rôle d’association de services.

 

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