Édition internationale

Mathilde Ollivier “ L’inclusivité doit être une réalité pour tous, où que l’on vive”

Pour la rentrée 2025, Mathilde Ollivier, Sénatrice des Français de l’étranger, alerte sur la difficulté pour de nombreuses familles d'accéder au réseau AEFE et sur la précarité qui touche certains Français établis hors de la France. « La baisse de 5% des aides sociales a un impact réel sur le quotidien des familles à l’étranger : chaque euro compte »

Photo de la sénatrice Mathilde Ollivier Photo de la sénatrice Mathilde Ollivier
Crédit : Lepetitjournal.com
Écrit par Manal Oumaline
Publié le 1 octobre 2025, mis à jour le 28 novembre 2025

 Quelles sont vos priorités pour cette rentrée 2025, pour la France et pour les Français à l’étranger ? 

Plusieurs propositions de loi ont été déposées, en particulier sur les droits des femmes, sur l’inclusion à l'école, et sur l’Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE). Nous avons émis deux propositions de loi sur l’inclusivité : l’une portant sur l’Allocation adulte handicapé (AAH) visant à étendre cette aide aux personnes dont le taux de reconnaissance du handicap se situe entre 50 % et 80 % ; l’autre concernant les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH), avec la demande d’attribuer à l’une d’entre elles un pôle spécifique pour les Français de l’étranger.

 

 

Avec ma collègue Mélanie Vogel, nous avons discuté avec le ministre délégué chargé du Commerce extérieur et des Français de l'étranger, Laurent Saint Martin, de nos propositions, en vue de les intégrer à un projet de loi transpartisan.

Nous continuerons à nous mobiliser, même si le calendrier parlementaire est aujourd'hui de nouveau arrêté et que nous n'avons aucune visibilité sur le calendrier d'un projet de loi pour les Français de l'étranger ces prochains mois ni de la faisabilité d'avoir une telle discussion dans le contexte budgétaire contraint.

La troisième proposition que nous portons ; les Conseils de vie lycéenne (CVL) a pour objectif de permettre aux jeunes Françaises et Français de nos établissements à l’étranger de participer pleinement à la vie démocratique, en reliant les conseils de vie lycéenne locaux à la représentation lycéenne nationale. Cela permettrait d’intégrer ces instances de l’étranger aux conseils académiques et au conseil national de vie lycéenne (CNVL), afin que les élèves puissent développer leur engagement citoyen et leur compréhension des politiques publiques d’éducation, à l’étranger comme en France.

Une dernière proposition concerne les fonctionnaires territoriaux à l’étranger. Plusieurs représentants et attachés territoriaux en poste à l’étranger, notamment auprès d’institutions européennes, ont alerté sur des disparités liées à leurs statuts et à leurs rémunérations, qui, par exemple, n‘intègrent pas d'indemnité de résidence. Cette indemnité, pourtant légale, est versée aux fonctionnaires de l’État, mais pas aux fonctionnaires territoriaux lorsqu’ils résident à l’étranger. 

 

 

 

 

La situation budgétaire de la France permet-elle d’améliorer concrètement les conditions de vie de nos compatriotes à l’étranger ? 

Lors de mes déplacements, les retours des postes consulaires et des Français établis à l’étranger confirment que la baisse de 5 % des aides sociales en 2024 a eu un impact significatif sur les personnes en situation de précarité, 20 ou 30 euros en moins représentent une réelle différence dans le budget quotidien. Il est inconcevable de réduire ces aides simplement parce que le gouvernement n’avait pas prévu un budget suffisant.

Nous veillons à ce que les projets de loi de finances intègrent des moyens suffisants pour garantir aux Français de l’étranger un accès réel aux services publics et à l’éducation. Bien sûr, la question de l’AEFE reste centrale. Les représentants syndicaux et politiques ont alerté sur le projet de l’AEFE de faire supporter aux établissements conventionnés le coût des pensions civiles des enseignants résidents. Lors de mes déplacements récents, j’ai visité plusieurs de ces établissements conventionnés, notamment en Équateur, au Pérou, en Corée et au Japon. Cette prise en charge aura un coût important pour eux. Elle représente un risque de déconventionnement de certains établissements et d’augmentation inédite des frais de scolarité pour les familles. C’est pour nous, encore une fois, un aveu de renoncement du gouvernement dans le soutien à un réseau d'enseignement français à l'étranger inclusif et de qualité.



 

Avec le changement de gouvernement, la plupart des projets de loi qui concernent les Français à l'étranger sont en suspens. Qu'est-ce que vous allez demander au prochain ministre des Français à l'étranger ?

Il faut d’abord attendre de savoir qui sera nommé. Il y a eu une forte instabilité gouvernementale ces dernières années avec quatre ou cinq ministres successifs. Il faut voir si un ministre dédié aux Français de l’étranger est effectivement nommé et s’il est maintenu sur la durée. Car la politique d’Emmanuel Macron, avec le choix de M. Lecornu comme Premier ministre, nous maintient dans l‘instabilité politique alors que les Français réclament un changement de cap.

 

 

Photo de la sénatrice Mathilde Ollivier
Crédit : Mathilde Ollivier 

 

 

Concernant la sécurité des Français à l'étranger, vous souhaitez une signature d'une convention, dans un cadre légal officiel pour le bon fonctionnement de la Caisse Français de l'Etranger (CFE), pourquoi est-ce important ?

La CFE est aujourd’hui face à une situation budgétaire difficile. Son financement public est absolument insuffisant pour couvrir les missions, pourtant de service public qu’elle assure. Entre la prise en charge des contrats aidés et la possibilité d’adhésion sans barrière à l’entrée liée au dossier médical. Les surcoûts restent malheureusement à la charge des adhérents du fait de la subvention publique largement insuffisante. Cela souligne la nécessité d’une réforme face à cette impasse budgétaire. C’est pourquoi il est demandé au gouvernement de prendre ses responsabilités dans ce projet de loi.

 

 

« L’objectif reste également de renforcer les dispositifs d’aide à travers la formation des consulats. »

 


Comment rendre accessibles et étendre les dispositifs que vous avez proposés contre les violences pour les Français à l'étranger ? 

Ma collègue sénatrice Mélanie Vogel a mené notre travail sur ce sujet : l’objectif est notamment de renforcer les dispositifs d’aide à travers la formation des consulats. Des amendements ont été adoptés dans le cadre du Projet de loi de finances, permettant déjà au personnel consulaire d’être formé à la prise en charge des personnes victimes de violences sexistes et sexuelles. Former ces premiers interlocuteurs dans les consulats et ambassades constitue une étape essentielle. 

 

Nous demandons également le développement de partenariats avec des associations dans le cadre de délégations de services publics, capables de fournir un soutien psychologique ou juridique indépendant, et d’aider les victimes à sortir de situations d‘emprise ou de violences. 

Ces cas de violences sexistes et sexuelles sont bien sûr très sensibles et nous avons besoin d'avoir un cadre fixé par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui permette à la fois de soutenir les personnes victimes de violences sexistes et sexuelles, mais aussi de garantir par le ministère la qualité et fiabilité de l'aide et du soutien.


 

« Beaucoup de familles se retrouvent ainsi « prises en étau » et n’ont plus accès à l’AEFE. »

 

Lorsque vous échangez avec les Français de l'étranger, quels problèmes reviennent le plus souvent dans leur vie quotidienne ?

À chaque déplacement, j’organise des réunions publiques pour permettre aux Françaises et Français d’échanger, de poser leurs questions et de débattre. Dans ce cadre-là, ce sont les questions d'éducation qui reviennent le plus souvent.

Aujourd’hui, l’accès au réseau d’enseignement français à l’étranger est devenu difficile pour de nombreuses Françaises et Français issus des classes moyennes, qui n’ont plus les moyens de financer la scolarité de leurs enfants dans les établissements AEFE. Beaucoup de familles se retrouvent ainsi prises en étau entre la baisse des bourses scolaires et la hausse des frais d’écolage et n’ont plus accès à l’AEFE. 

Mais il reste une question essentielle : comment maintenir le lien avec ces jeunes Français qui sortent du système éducatif français ? Le développement des associations FLAM constitue une véritable solution. Elles nécessitent un soutien fort. Or, leurs subventions ont été elles aussi drastiquement réduites : FLAM Monde a ainsi vu son financement fondre de manière significative par rapport aux années précédentes. C’est, une fois encore, un renoncement au soutien nécessaire à nos communautés françaises et à la francophonie.


 

Avez-vous un message particulier pour nos lecteurs, Français de l’étranger ? 

Pour nous, sénatrices, sénateurs, écologistes et de gauche, l'enjeu de ces prochains mois est celui de la justice sociale et environnementale. Nous avons besoin de cette justice, et celle-ci passe par des recettes supplémentaires afin de financer et maintenir l'accès aux services publics à l'étranger comme en France. 


 

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