Le Ramadan est le mois le plus sacré des fidèles musulmans, et chamboule leur quotidien mais aussi celui des expatriés des pays à majorité musulmane. Rythmes décalés, horaires modifiés, nouvelles habitudes sociales : comment vivent les expatriés français pendant ce mois sacré ?


Le Ramadan correspond au neuvième mois du calendrier musulman, basé sur le cycle lunaire. Pendant cette période, les musulmans jeûnent du lever au coucher du soleil. Mais réduire le Ramadan à une simple abstention de nourriture serait passer à côté de son essence. Bien au-delà du jeûne, ce mois sacré bouleverse le quotidien des musulmans. Le début du ramadan est déterminé lors de la nuit du Doute. En 2026, elle a lieu dans la soirée du 17 février et est annoncée par la Grande Mosquée de Paris à 18h.
Pendant le Ramadan, la journée commence très tôt avec le suhur, dernier repas pris avant l’aube. Le jeûne débute jusqu’au coucher du soleil, moment attendu de l’iftar, le repas de rupture du jeûne, traditionnellement commencé par des dattes et de l’eau. Pour les expatriés, ce quotidien peut modifier les horaires, l’ambiance des villes et les habitudes sociales.
RAMADAN – Tout savoir sur ce mois sacré
Plus calme le jour, vivante la nuit
Dans de nombreux pays musulmans, le Ramadan inverse le tempo habituel. La journée est plus calme, et tout s’anime à nouveau le soir. À Dubaï, par exemple, des canons annoncent chaque soir l’iftar. À partir de là, restaurants et hôtels se remplissent, proposant des menus spéciaux traditionnels pour la période. Alfred, un expatrié français installé à Dubaï depuis trois ans avec sa famille, raconte l’ambiance : “L'activité est plus calme, surtout dans les secteurs liés à la fête, mais il n’y a pas d’arrêt total. Il faut rappeler que Dubaï compte près de 90 % d’expatriés, ce qui influence fortement la manière dont le Ramadan est vécu”. Même si quelques secteurs sont touchés, la vie de tous les jours change peu pour les expatriés. “Lorsque le Ramadan commence, il y a effectivement quelques adaptations, mais les impacts sur la vie quotidienne restent relativement limités”.
Le Ramadan aux Émirats arabes unis

Au Maroc, l’impact du Ramadan dépend des régions. Dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat ou Marrakech, les changements restent relativement discrets. Pour les expatriés musulmans, vivre le Ramadan dans un pays musulman peut transformer leur expérience. Sarah, étudiante musulmane installée à Marrakech, raconte : « En France, la communauté musulmane reste assez intime, presque invisible. Ici,ce n’est pas le cas ! Les soirées sont très animées. On sort beaucoup après l’iftar. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est la solidarité : des inconnus proposent de partager le repas. Être entouré de personnes qui vivent le Ramadan au même rythme rend le jeûne presque naturel ». Malgré cette effervescence, les hôtels et restaurants touristiques continuent de fonctionner, parfois avec des horaires légèrement ajustés (par exemple, le petit-déjeuner plus tôt dans la matinée). Dans des zones moins touristiques et plus conservatrices, de nombreux établissements ferment en journée (discothèque, bar). À Fès, particularité notable, l’alcool n’est pas vendu pendant toute la durée du Ramadan, y compris aux voyageurs et non musulmans.
Manger en public, une question de contexte
C’est l’une des principales interrogations des expatriés non musulmans. Peut-on manger, boire ou fumer en public pendant le Ramadan ? La réponse varie selon le pays, la ville et même le quartier. Dans les régions cosmopolites ou habituées aux touristes, comme en Égypte ou à Istanbul, cela ne pose généralement pas de problème. En revanche, dans des zones majoritairement musulmanes et peu touristiques, la discrétion est souvent appréciée.
Pour beaucoup d’expatriés, il s’agit plus d’un choix de respect culturel que d’une obligation légale. On retrouve cette pratique dans le cadre professionnel, selon Alfred “Il est demandé d’éviter de manger ou boire devant les collègues qui jeûnent et de se limiter aux espaces dédiés, comme la cafétéria”. Pour les non musulmans, il est conseillé d’adapter ses habitudes quotidiennes, par exemple éviter de manger ou boire en public pendant les heures de jeûne et choisir des lieux discrets pour consommer de l’alcool (si disponible). Cela permet généralement de maintenir le vivre ensemble avec les locaux.
En 2025, Reykjavik a eu le jeûne le plus long du Ramadan avec 16h. La moyenne de jeûne dans la plupart des pays est de 12 à 13h.
Tradition ou modernité ?
Le Ramadan peut être vu comme une période conservatrice et traditionnelle par les personnes qui ne pratiquent pas l’islam, mais elle évolue aussi avec les générations et s’adapte elle-même aux quotidien des autres. Dans les grandes villes comme Istanbul, le mois du jeûne n’affecte pas la vie et les habitudes des autres communautés, notamment parce que la ville est cosmopolite. De plus, les pratiques traditionnelles du Ramadan évoluent et se modernisent. Si les grands repas familiaux restent ancrés dans la culture, les jeunes générations revisitent largement la manière de vivre l’iftar. Il n’est pas rare de voir des groupes d’amis rompre le jeûne dans des parcs, sur les rives du Bosphore ou dans des cafés ou brunchs.
Cette période est avant tout un moment de solidarité et de bonté. Les villes avec une majorité musulmane se modernisent afin de s’adapter à leurs habitants (restaurant, bars, etc). À Dubaï, le phénomène est similaire. Alfred raconte que « Les restaurants et bars restent ouverts, et beaucoup d’expatriés ou de non-musulmans vivent le Ramadan différemment. Ce qui compte, c’est le respect : on adapte simplement certaines habitudes, mais la vie continue normalement. »

Les nouvelles technologies ont également transformé les pratiques. En 2024, les commandes de repas pour l’iftar via des applications comme Getir ou Yemeksepeti ont augmenté de 35 %. Certains restaurateurs réalisent jusqu’à 30 % de leur chiffre d’affaires annuel pendant le Ramadan, seulement en adaptant leurs horaires et leurs offres. Le choix des plats évolue également, pour devenir plus gourmet ou végétarien, soutenu par les tendances, comme le couscous vegan ou le Crunchko (une version express et plus gourmande du gâteau qui pleure).
Selon Charles, un expatrié résidant en Indonésie : « Cette année, la fin du mois sacré sera marquée par cinq jours de vacances consécutifs, appelés Lebaran. À cette occasion, près de 185 millions d’Indonésiens prennent la route, la mer ou l’avion pour rejoindre leur village natal, lors d’un vaste mouvement appelé mudik. Jakarta se vide alors presque entièrement, offrant une ville plus calme, sans embouteillages et bien moins polluée. »
Vie familiale et enfants pendant le Ramadan
Pour les familles expatriées avec enfants, le Ramadan implique surtout une organisation du quotidien. Pour Julie, mère de famille installée à Dubaï « À l’école, les horaires sont adaptés pendant le Ramadan : les enfants finissent plus tôt et les activités proposées par l’établissement sont avancées. Les activités extérieures, elles, ne suivent pas toujours ces ajustements, donc il faut un peu réorganiser le planning familial. »
Le Ramadan devient obligatoire à partir de la puberté, donc pour les plus jeunes, l' interdiction de manger et boire reste souvent souple et encadrée : « Les enfants sont habitués à cette période, même s’ils ne jeûnent pas tous. Les consignes sont claires et adaptées, et ils comprennent le sens du Ramadan sans pression. »
En 2026, le Ramadan se vivra entièrement en plein hiver… Un phénomène qui n’avait pas eu lieu depuis 2011 !
Dans le cadre familial, le rythme de la journée change naturellement, avec des repas plus tôt pour le petit-déjeuner ou le suhur (pour les familles musulmanes), un temps calme l’après-midi et des soirées rythmées par l’iftar. Alfred le confirme : « Les horaires scolaires sont ajustés : les enfants finissent généralement vers 13 heures, ce qui leur laisse du temps pour se reposer avant les activités du soir. Les activités extrascolaires restent en grande partie maintenues, mais la fatigue liée au jeûne est prise en compte. ». Finalement, pour les familles, le Ramadan devient une occasion d’apprendre le respect des rythmes et des traditions locales, et même de vivre un mois collectif et convivial.
Vivre le Ramadan à l’étranger
Dans les pays où la communauté musulmane n’est pas majoritaire, le quotidien ne varie pas vraiment. Avec seulement 15 % de population musulmane, en Inde, les expatriés non musulmans constatent que le quotidien change peu. Les restaurants restent ouverts en journée et les horaires de travail sont rarement modifiés. Le Ramadan se vit davantage dans des cercles communautaires restreints.
La célébration du Ramadan en Inde
Pour autant, ceux qui souhaitent s’immerger peuvent découvrir une autre facette du pays. Certains restaurants restent ouverts toute la nuit pour le sehri (ou suhur) et les expatriés (proches de collègues ou d’amis musulmans) sont parfois invités à des iftar party, organisées lors de la coupure du jeûne. Lors de ces soirées, les invités rompent le jeûne avec les musulmans autour d’une table garnie de plats traditionnels typiques de ce mois.
@foodfindsuae Stunnin new iftar, The Majlis at Four Seasons Resort Dubai 😍 Indulge in an opulent feast in open air under the palm trees 👌🏽 Expect a fusion of Middle Eastern flavors along with a lush seafood and Asian spread 😮💨 Devour on decadent desserts and the most delicious Bachir ice cream 🤌🏽 Iftar buffet - AED 410 pp Suhoor - AED 320 pp
♬ оригинальный звук - multi_x_meryem
Vivre le Ramadan à l’étranger, pour un expatrié français, ne se réduit pas à suivre un ensemble de règles. C’est avant tout une expérience qui change du quotidien, qui invite à observer et s’adapter. Qu’il s’agisse d’accepter une invitation à l’iftar ou simplement de s’intéresser aux pratiques locales, beaucoup de Français découvrent une autre manière de vivre le quotidien. Selon la région, le Ramadan peut être discret, festif ou profondément spirituel.
"Le Ramadan est d’ailleurs une période que je trouve très belle à observer. On y voit beaucoup de solidarité : autour des mosquées, de nombreuses personnes distribuent des repas au moment de la rupture du jeûne, à l’appel à la prière. Il y a beaucoup d’entraide et de générosité.”
*Les prénoms des témoins ont été changés
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