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Trump, Canada, passeports : Christopher Weissberg face aux défis des expatriés d’Amérique du Nord

Avec Donald Trump et les tensions devenues quasi quotidiennes entre les États-Unis et le Canada, Christopher Weissberg, député de la 1re circonscription des Français établis hors de France, évolue dans un contexte particulièrement tendu. Élu des Français d’Amérique du Nord, il travaille notamment sur l’accélération de la dématérialisation des démarches consulaires, la protection des Français victimes de violences à l’étranger et le renforcement des liens entre la France, le Canada et les États-Unis.

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Christopher Weissberg, député de la 1re circonscription des Français établis hors de France.
Écrit par Ewan Petris
Publié le 5 octobre 2026

Christopher Weissberg représente les Français établis aux États-Unis et au Canada. Réélu député en juillet 2024, il a repris son mandat en novembre 2025. Il est membre de la commission des Affaires étrangères et préside notamment le groupe d'amitié France-États-Unis à l'Assemblée nationale.

 

Il a constaté d’importants bouleversements depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, qui ont des conséquences très concrètes pour les Français vivant en Amérique du Nord.

 

Le mandat que j'ai repris en 2025 est très différent de celui de 2022”

 

Vous représentez une circonscription particulière, qui englobe les États-Unis et le Canada. Qu'est-ce qui caractérise selon vous les Français qui y vivent ?

 

Il y a beaucoup de situations différentes, mais il existe aussi énormément de liens et de synergies entre les deux pays. On le voit notamment dans les parcours professionnels et universitaires. Beaucoup de Français commencent leurs études au Canada, à Montréal par exemple, puis évoluent ensuite aux États-Unis. Dans les milieux d’affaires comme dans les entreprises présentes dans plusieurs pays d’Amérique du Nord, les parcours professionnels sont souvent transfrontaliers : certains Français travaillent successivement au Canada et aux États-Unis.

 

Vous avez été député entre 2022 et 2024 avant de reprendre votre mandat en 2025. Quel changement avez-vous constaté ?

 

Le mandat que j'ai repris en 2025 est très différent de celui de 2022. Auparavant, nous étions dans une époque où la relation géostratégique transatlantique était relativement homogène et très importante sur la scène mondiale. Aujourd'hui, ce contexte est marqué par Donald Trump. Il a complètement bousculé le lien avec les partenaires historiques des États-Unis. Le Canada et l'Europe sont évidemment les premiers concernés, notamment dans le cadre de l'Alliance atlantique. J'avais déjà connu Donald Trump lors de son premier mandat, notamment avec mon prédécesseur Roland Lescure. Il avait fallu traiter des dossiers concernant les importateurs de vin et beaucoup d'autres sujets.

 

Mais nous avons franchi une étape supplémentaire. Je pense qu'il y a aujourd'hui deux modèles qui s'affrontent. D'un côté, le modèle porté par Donald Trump, dont certaines orientations trouvent des relais auprès de mouvements politiques européens. De l'autre, le Canada, qui cherche à renforcer son autonomie stratégique tout en défendant ses institutions et ses principes démocratiques.

 

Quand on est immigré dans un pays, même si on est Français, on reste un immigré.”

 

Les Français des États-Unis sont-ils différents politiquement de ceux du Canada ?

 

Pas nécessairement. Les Français qui vivent aux États-Unis restent très attachés à l’alliance transatlantique. Sur les questions internationales, ils peuvent aussi avoir des positions progressistes.

 

Quand on est immigré dans un pays, même si on est Français, on reste un immigré. Nous sommes potentiellement beaucoup plus fragiles dans le pays de résidence. C’est aussi pour cela que, globalement, nous sommes sur une circonscription qui, y compris aux États-Unis, ne vote pas massivement pour l’extrême droite.

 

Il y a néanmoins des évolutions. Pour la première fois, il y a notamment eu au Québec un élu du Rassemblement national. Cela montre que certaines mouvances politiques peuvent aussi être transnationales.

 

L'immigration est-elle devenue l'un des principaux sujets de préoccupation des Français que vous représentez ?

 

Oui, et mon premier message est que je suis là pour défendre mes Français. Les virages populistes et les politiques migratoires restrictives peuvent concerner aussi bien les États-Unis que le Canada ou le Québec. Le dossier sur lequel j'ai été le plus mobilisé est le Programme de l'expérience québécoise, le PEQ, qui avait été suspendu par le gouvernement précédent.

 

Le PEQ, kesako : 

Le PEQ est un dispositif d’immigration du Québec qui permet à certains travailleurs étrangers et diplômés étrangers ayant une expérience au Québec de demander plus facilement la résidence permanente. Il vise notamment à retenir au Québec des personnes déjà intégrées professionnellement ou ayant étudié dans la province.

 

Nous avons essayé de revenir sur cette décision. Le programme a été rouvert temporairement par le gouvernement du Québec, du 2 juillet 2026 au 2 juillet 2028, avec une période de réception des demandes qui court actuellement jusqu'au 31 octobre 2026. 

 

Aux États-Unis, toute la journée, j'ai des gens qui s'inquiètent de l’actualité migratoire. Il y a des séminaires sur l'immigration et beaucoup d'interrogations. Je continue de défendre une immigration légale et économique qu'il faut soutenir. Mais il faut aussi être plus ferme avec l'immigration illégale. Pour moi, si nous voulons que les contributions économiques soient respectées et que le système reste équitable, il faut être ferme sur l'immigration illégale.

 

Comment maintenir une relation étroite avec les États-Unis lorsque Donald Trump est à la tête du pays ?

 

Il y a beaucoup de Franco-Américains qui font vivre chaque jour cette relation : par leurs restaurants, leurs entreprises, les exportations, les bureaux, les entreprises françaises dans la tech, dans l'industrie… C'est eux qui font vivre la relation franco-américaine. En ce moment, avoir une entreprise française aux États-Unis peut parfois avoir davantage d'impact sur la relation entre les deux pays que d'être dans un rôle officiel.

 

Peut-on imaginer que le Canada devienne un partenaire encore plus important pour la France dans le contexte actuel ?

 

C'est possible et il s’agit d’une vraie solution, selon moi. Le président Emmanuel Macron a d'ailleurs engagé un certain nombre de démarches pour renforcer cette relation.

 

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Je ne supporte plus les discours de ceux qui disent adorer le Québec mais qui, dans le même temps, refusent certains accords ou certaines coopérations avec le Canada. Aujourd'hui, nous pouvons à la fois renforcer les relations avec les États-Unis et approfondir nos liens avec le Canada, avec lequel nous partageons certaines valeurs et certains principes. Le Canada n’est plus qu’un simple partenaire lointain. Nous sommes en capacité de leur proposer des projets, des coopérations et des partenariats qui sont bénéfiques pour tout le monde.


 

Vous citez notamment le CETA (Accord économique et commercial global) comme un outil qui pourrait renforcer cette relation ?

C'est un accord qui va beaucoup plus loin qu'un simple accord commercial, car il permet de renforcer les relations économiques et politiques. Le CETA reconnaît notamment certaines indications géographiques européennes, ce qui protège des produits comme le comté. L’accord va beaucoup plus loin que le seul libre-échange. Certains partis du centre l'ont rejeté. donc il est suspendu. 

 

La France vient tout juste de nommer son nouvel ambassadeur à Washington, après des semaines d’attente. Comment avez-vous analysé cette situation ?

 

Très simplement : Donald Trump est à la tête du pays. Tout est une question de rapport de force. La responsabilité politique a toujours été concentrée autour du président dans l'administration américaine, mais aujourd'hui, c'est encore plus assumé. Finalement comme il n'y avait aucune raison de bloquer la venue d’un ambassadeur, il a bien fini par accepter que notre ambassadeur, qui est un grand professionnel, soit nommé à Washington.

 

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Concernant les violences sexuelles et sexistes, comment les Français de l'étranger doivent-ils être intégrés à la future loi intégrale ?

 

Il est essentiel d'avoir des dispositions réalistes. Il faut que la proposition de loi puisse réellement répondre à des situations particulières. Il existe déjà des associations et des consulats qui travaillent sur ces questions, mais nous avons voulu amplifier ce travail.

 

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Une première disposition permet de prendre en compte les Français de l'étranger dans la nouvelle autorité qui doit être créée sur les violences sexuelles. C'était un manque dans le texte initial : les Français de l'étranger n'étaient pas suffisamment pris en compte. Il y a également la question du dépôt de plainte en ligne car, concrètement, la victime peut aussi ne connaître personne. Le fait de pouvoir effectuer une démarche en ligne permet au moins de faire remonter les faits. Les autorités judiciaires françaises peuvent ainsi examiner la situation et déterminer les suites à donner lorsque les conditions de compétence de la justice française sont réunies.

 

Le droit français prévoit dans certaines situations qu'une infraction commise à l'étranger puisse relever de la justice française lorsqu'un ressortissant français est victime, mais cela implique aussi, selon les cas, un travail de coopération avec le pays dans lequel les faits ont été commis.

 

Quels autres amendements souhaitez-vous défendre ?

Un deuxième amendement a également été adopté. Il permettra aux Français de l’étranger de déposer plainte en ligne et d’être auditionnés à distance. Un grand pas en avant pour lever les obstacles liés à l’éloignement et faciliter concrètement l’accès à la justice française.

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