Pour la première visite officielle d’un Premier ministre canadien à Saint-Pierre-et-Miquelon, Mark Carney et Emmanuel Macron ont multiplié dimanche 20 septembre les annonces de coopération. Derrière le symbole de cette rencontre franco-canadienne en Amérique du Nord se dessine surtout une relation que les deux dirigeants veulent rendre plus stratégique et plus concrète.


« Nos valeurs sont encore plus proches. » - Mark Carney
Mark Carney a choisi cette formule simple après avoir rappelé qu’une vingtaine de kilomètres seulement séparent le Canada du territoire français de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Le décor avait lui-même quelque chose d'inhabituel : les drapeaux canadien, français et européen réunis dans l'archipel français, au large de Terre-Neuve-et-Labrador. Avant leur déclaration commune, les deux dirigeants avaient participé à un déjeuner de travail puis à une cérémonie de dépôt de couronnes.
La visite est surtout historique : jamais auparavant un premier ministre canadien en exercice n'avait effectué de déplacement officiel à Saint-Pierre-et-Miquelon. Emmanuel Macron y a vu le signe que la relation franco-canadienne ne se construit pas uniquement « depuis Paris ou Ottawa », mais également dans les territoires où les deux pays sont voisins.

De Montréal à Saint-Pierre-et-Miquelon
Sous un grand soleil mais dans un vent soutenu, Mark Carney a été accueilli à son arrivée à Saint-Pierre par Emmanuel Macron, déjà dans l’archipel pour une visite officielle de trois jours. Le président français avait notamment passé la matinée à Miquelon avant de retrouver le premier ministre canadien.
À leurs côtés se trouvait également Hélène Farnaud-Defromont, nouvelle ambassadrice de France au Canada. Un visage que les Montréalais avaient pu apercevoir à peine deux jours plus tôt : vendredi soir, elle participait au Club Saint-James au Grand Prix V.I.E Canada, choisissant Montréal pour son premier déplacement depuis son accréditation. Elle y avait justement évoqué le rapprochement entre le Canada, la France et l’Union européenne : « Ça peut être le début de quelque chose de nouveau. »

Deux jours plus tard, la diplomate était sur le tarmac de Saint-Pierre pour accueillir Mark Carney aux côtés d’Emmanuel Macron. Une continuité presque parfaite entre le discours tenu à Montréal et la séquence diplomatique organisée dans l’archipel.
De l'énergie à l'espace, une coopération très concrète
Les deux dirigeants ont voulu donner du contenu à cette proximité. Pêche, sécurité, énergie, climat, câbles sous-marins, spatial : Emmanuel Macron a énuméré les domaines dans lesquels Paris et Ottawa veulent désormais approfondir leur coopération.
Dans le spatial, les agences et ministères de la Défense des deux pays doivent notamment travailler ensemble au développement de systèmes de lancement et d'installations de réception au sol.
Le climat occupera également une place importante. Paris et Ottawa veulent renforcer la coopération entre leurs services météorologiques et créer un Forum de recherche polaire Canada-France, organisé alternativement dans les deux pays. Sa première édition doit se tenir à Saint-Pierre-et-Miquelon.
L'énergie s'est invitée de manière particulièrement concrète dans les discussions. Emmanuel Macron a évoqué les possibilités offertes par les projets canadiens de gaz naturel liquéfié pour diversifier les approvisionnements européens, dans un contexte de tensions sur les marchés énergétiques.
IA, quantique et minerais critiques au cœur du rapprochement
Cette rencontre prolonge en réalité un mouvement déjà engagé entre le Canada et l'Europe. Quelques jours plus tôt, à Strasbourg, Mark Carney et Ursula von der Leyen avaient discuté d'une relation appelée à dépasser le seul accord commercial Canada-UE. Minéraux critiques, défense, intelligence artificielle, capacités de calcul, énergie et espace figuraient déjà parmi les secteurs identifiés.
À Saint-Pierre-et-Miquelon, Macron et Carney ont repris pratiquement la même feuille de route : défense, ressources et minerais critiques, terres rares, énergie, technologies quantiques, intelligence artificielle et technologies maritimes.
L'objectif, selon Emmanuel Macron, est désormais de transformer ces convergences « en projet, en investissement, en emploi ».
Mark Carney a particulièrement insisté sur l'intelligence artificielle. Le Canada et la France, a-t-il affirmé, doivent unir leurs forces pour encadrer son développement et faire en sorte que cette technologie soit à la fois sûre et efficace.
Le message rejoint celui porté depuis plusieurs mois par les deux gouvernements : Paris et Ottawa présentent leur coopération technologique comme l'un des instruments de leur autonomie stratégique. Lors de leur précédente rencontre à Paris en juin, les deux dirigeants avaient déjà identifié l'IA, le quantique, l'énergie et les minéraux critiques comme des secteurs prioritaires.

Et la Francophonie dans ce nouvel axe Canada-France
Au milieu de cet agenda géopolitique et économique, Mark Carney a également replacé la langue au cœur de la relation.
« Nous avons des liens solides, culturels et linguistiques qui nous unissent », a rappelé le premier ministre, avant de souligner que le Canada accueillera le Sommet de la Francophonie en 2028.
Emmanuel Macron avait auparavant évoqué le français comme l'un des liens naturels entre Saint-Pierre-et-Miquelon et les communautés francophones canadiennes.
Un élément qui donne une autre dimension à cette rencontre : entre un Canada qui cherche à approfondir ses relations avec l'Europe et une France qui entend renforcer ses liens avec le Canada, la Francophonie constitue un autre terrain possible de ce rapprochement.
À Saint-Pierre-et-Miquelon, Mark Carney a résumé le mouvement en quelques mots : « Le moment est venu de resserrer nos liens » entre le Canada et la France, mais aussi entre le Canada et l'Union européenne.
Et, pour une fois, la géographie donne presque corps à cette ambition : à Saint-Pierre-et-Miquelon, la France et le Canada ne sont séparés que par quelques kilomètres de mer.










