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Baptiste Heintz, nouveau président de l’AFE : “Il faut sauver l’AEFE et la CFE”

Baptiste Heintz, le nouveau président de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) veut remettre “la collégialité au cœur de l’institution”, défendre les services publics destinés aux Français établis hors de France et renforcer la place de la communauté française dans le débat national. Élu à l’issue d’une élection tumultueuse, il entend ouvrir davantage l’Assemblée aux associations, améliorer la transparence des conseils consulaires et faire entendre la voix des quelque trois millions de Français de l’étranger à l’approche des prochaines élections présidentielles et législatives.

Baptiste Heintz, président de l’Assemblée des Français de l’étrangerBaptiste Heintz, président de l’Assemblée des Français de l’étranger
Élu à l’issue d’une élection tumultueuse, Baptiste Heintz est le nouveau président de l'Assemblée des Français de l'étranger.
Écrit par Ewan Petris
Publié le 28 octobre 2026

La réalité des Français établis hors de France est très diverse, et la binationalité - comme la multinationalité - (...) pourrait être menacée à l’avenir.

 

Dans quel état d’esprit abordez-vous vos nouvelles fonctions ?

 

J’aborde ce mandat avec un sentiment de responsabilité. Mon élection s’est jouée sur la volonté d’apporter davantage de collégialité, encore plus que lors de la mandature précédente.

 

Je ressens notamment une responsabilité vis-à-vis de mon groupe et de la gauche, qui compte aussi sur moi pour faire en sorte que l’agenda de l’Assemblée des Français de l’étranger soit davantage respectueux des services publics. Il est important que l’Assemblée puisse prendre la parole pour défendre les services publics. J’ai également une responsabilité vis-à-vis de la droite et du centre, qui m’ont soutenu, pour faire avancer une approche fondée sur la collégialité et l’inclusion, et revaloriser la démocratie des Français de l’étranger.

Il faudra aussi certainement renforcer notre Assemblée face aux évolutions politiques à venir, qui ne seront pas forcément favorables à notre institution. Et je ne parle pas seulement de l’Assemblée en tant qu’institution, il y a aussi la question de la place des Français de l’étranger, de la possibilité de vivre à l’étranger et de la binationalité. La réalité des Français établis hors de France est très diverse, et la binationalité, comme la multinationalité, en fait pleinement partie. C’est une réalité qui pourrait être menacée à l’avenir.

 

Il est normal qu’une session d’installation soit un peu mouvementée, et c’est même plutôt bon signe 

 

Comment expliquez-vous le déroulement de cette élection ?

 

Comme le disait un grand auteur, “rien de ce qui advient, rien de ce qui naît, ne naît sans douleur”. Cette élection est le fruit de discussions très longues, qui se sont poursuivies jusque dans les dernières heures. Il a fallu être rassembleur, d’abord au sein de son propre camp, mais aussi au-delà.

 

Certaines forces se sentaient, ou estimaient être, plus légitimes pour occuper cette fonction depuis longtemps. Finalement, le jeu politique a fait qu’elles se sont retrouvées dans une position différente. Elles ont peut-être trop compté sur le fait d’être plus nombreuses, un argument qui revenait beaucoup, sans suffisamment chercher à construire au-delà de leur propre groupe. La question essentielle est celle de la vision partagée. La majorité qui s’est créée ne s’est pas constituée simplement de bric et de broc. Elle repose sur une vision commune de ce que doit être l’Assemblée des Français de l’étranger et de ce que doit être la démocratie des Français de l’étranger. Il est normal qu’une session d’installation soit un peu mouvementée. Et c’est même plutôt bon signe : lorsque les choses bougent au début, cela permet de clarifier davantage la suite.

 

Comment comptez-vous rétablir le dialogue et rassembler les conseillers autour de votre présidence ?

 

Je pense que nous passerons rapidement à un travail plus apaisé au sein de l’Assemblée. J’ai déjà commencé à rouvrir le dialogue avec les élus qui auraient pu se sentir moins bien servis cette fois-ci que lors de la précédente mandature. Il y a aussi beaucoup d’élus de qualité dans leurs rangs. Il est important que tous les élus puissent participer aux travaux de notre Assemblée. 

C’est en apaisant les relations et en montrant que la main est tendue que nous pourrons nous rassembler. Le dialogue est ouvert et chacun doit avoir sa place.

 

Je le dis clairement : tous les élus, sans exception, y compris les non-inscrits, ont été élus à égalité par l’ensemble des conseillers des Français de l’étranger. Tout le monde est légitime. Chacun a une place pleine et entière, et j’y veillerai, y compris pour ceux qui se sont opposés à moi. Je compte également sur les élus de qualité de ces différents groupes pour participer aux travaux de l’Assemblée. Nous avons beaucoup de travail devant nous, notamment sur l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) et sur la Caisse des Français de l’étranger (CFE). Ce travail sera, à mon avis, le pont qui nous permettra de nous retrouver et de travailler au mieux pour les Français de l’étranger.

 

Vous connaissez bien le rôle de conseiller des Français de l’étranger. Comment passe-t-on de cette fonction à celle de président de l’AFE ?

 

On reste avant tout conseiller des Français de l’étranger, et c’est probablement le plus important. Que l’on soit président de l’AFE, président de groupe ou président de commission, on demeure un élu local, un élu de sa circonscription.

À Abidjan, beaucoup de compatriotes m’ont fait part de leur fierté de voir l’un des leurs accéder à cette fonction. Mais les attentes des Français d’Abidjan restent les mêmes : ils attendent de nous un accompagnement sur l’ensemble des sujets relevant des services publics sur lesquels les conseillers des Français de l’étranger interviennent. Je reste donc d’abord conseiller des Français de Côte d’Ivoire et du Liberia. La présidence de l’AFE est un mandat supplémentaire, qui vient s’ajouter au premier et qui permet notamment d’être davantage en lien avec l’administration centrale.

 

Lors de la précédente mandature, j’étais déjà président de groupe. Les présidents de commission connaissent également ce type de responsabilités. Le rôle à l’AFE est tout à fait compatible avec celui d’élu de terrain, et je continue de le défendre. Le sens de notre rôle est de rester un élu de terrain. Je mettrai un point d’honneur à montrer le travail qui est réalisé en Côte d’Ivoire et au Liberia.

 

D’ailleurs, quelle direction souhaitez-vous donner à l’AFE ? 

 

Il y a d’abord des évolutions internes à mener. Sous la précédente mandature, je militais déjà pour que les instances soient plus largement consultées. Je souhaite, par exemple, que le Bureau élargi devienne l’instance la plus consultée, et non la moins consultée. Mais, au-delà de ces questions internes, j’ambitionne d’ouvrir davantage l’Assemblée à tout l’écosystème français de l’étranger. C’est une proposition que je soumets à l’ensemble de l’Assemblée et du Bureau.

 

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J’aimerais que nous travaillions beaucoup plus en synergie avec les chambres de commerce et les conseillers du commerce extérieur, mais aussi, et avant tout, avec les associations qui contribuent à la représentation des Français de l’étranger : Français du monde - ADFE, UFE et la FIAFE. Je suis moi-même issu du monde associatif. Ces associations participent à la représentation de nos compatriotes et siègent d’ailleurs dans les conseils consulaires. Même si la loi ne prévoit pas qu’elles siègent directement à l’AFE, elles ont toute leur légitimité pour contribuer fortement à nos travaux et à notre représentation. Pour ma part, je suis issu de Français du monde, une association très en lien avec l’ensemble de la communauté française. 

 

“Les Français de l’étranger sont parfois les oubliés” : l’ADFE veut faire entendre leur voix

 

Au-delà de ces organisations, il existe tout un mouvement associatif : les associations de parents d’élèves, les associations engagées dans différentes causes, mais aussi les amicales régionales. Toutes ces associations, même lorsqu’elles agissent à une échelle modeste, font partie de l’écosystème français de l’étranger. Mon ambition est que l’Assemblée des Français de l’étranger devienne le cœur de cet écosystème, qu’elle permette de le rassembler et lui donne du contenu et de la profondeur. 

 

Quels sont les dossiers sur lesquels vous souhaitez obtenir rapidement des résultats ? 

 

L’ensemble de l’Assemblée doit faire de certains dossiers une priorité. Les commissions devront s’en saisir. Il faut sauver les deux piliers du service public français à l’étranger que sont l’AEFE et la Caisse des Français de l’étranger. Nous devons nous dire les choses en face : l’État doit prendre sa part de responsabilité, à la fois dans le financement de la CFE et dans les orientations qu’il souhaite donner à l’AEFE.

L’AEFE repose sur un modèle complexe, mais riche. Je constate avec beaucoup d’inquiétude, notamment ici à Abidjan, la fragilisation du modèle des écoles associatives parentales. Je considère que ces écoles constituent une véritable richesse et qu’elles doivent plus particulièrement être aidées. Or, dans l’évolution actuelle de l’AEFE, leurs difficultés sont un peu écrasées par d’autres sujets. 

 

Au-delà de ces dossiers majeurs, je souhaite également porter un sujet qui peut sembler plus anecdotique, mais qui ne l’est pas : la transparence des conseils consulaires, et notamment la publicité de leurs délibérations. Il existe, selon moi, une lecture abusive de la confidentialité des délibérations dans un certain nombre de postes consulaires. Or, une véritable démocratie des Français de l’étranger suppose que nos électeurs et nos compatriotes sachent précisément de quoi nous parlons dans les conseils consulaires.

Nous ne pouvons pas créer une sorte de voile, un écran derrière lequel, une fois les conseillers des Français de l’étranger élus, nos compatriotes ne sauraient plus très bien ce que leurs représentants disent et font en conseil consulaire.

 

Enfin, à l’occasion de la session d’installation, l’Assemblée a demandé au gouvernement de lui transmettre le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Je compte confier aux présidents des commissions concernées leur examen, avec leurs commissions respectives. Le Bureau de l’Assemblée sera disponible pour endosser les conclusions de ces travaux et les faire connaître au gouvernement. C’est un enjeu majeur, et même une raison essentielle de l’existence de notre Assemblée : nous devons pouvoir donner notre avis sur ces deux projets de loi.

 

La prochaine session de l’AFE est annoncée du 1er au 5 mars. Quels en seront les principaux enjeux ?

 

Il est encore un peu tôt pour le dire, car nous sommes en train de discuter de l’ordre du jour de cette session ; mais il y aura un enjeu qui m’est personnel et qui me semble partagé : nous serons en plein dans le débat présidentiel et législatif. Il faudra faire entendre le plus possible la voix des Français de l’étranger. Les différents candidats aux élections, ainsi que les partis politiques qui présenteront des candidats aux législatives et construiront leurs programmes présidentiels et législatifs, doivent comprendre que les trois millions de Français établis hors de France ne sont pas une population secondaire.

 

Leur contribution économique, sociale et culturelle, ainsi que leur contribution au rayonnement de la France, sont tout sauf secondaires. Je défends depuis longtemps l’idée que tous les Français de l’étranger doivent être considérés comme partie prenante de notre effort de rayonnement. Mais leur rôle va au-delà de cela : ce sont aussi eux qui font aimer la culture française à l’étranger, qui entretiennent l’attachement à la France et qui donnent envie de venir y faire du tourisme ou des affaires.

 

Il est donc extrêmement important de saisir cette séquence, qui se déroulera en plein débat national, pour faire valoir la contribution des Français de l’étranger et leur donner une véritable place dans ce débat.

 

Vous avez dû regagner la Côte d’Ivoire en pleine session. Comment allez-vous concilier vos responsabilités locales, votre activité professionnelle et les nouvelles exigences de la présidence de l’AFE ?

 

Cette situation illustre parfaitement les contraintes inhérentes à notre mandat. Nous sommes des élus (les conseillers des Français de l’étranger) et nous sommes faiblement indemnisés pour des fonctions qui prennent beaucoup de temps. L’AFE ajoute encore du temps, parfois au détriment de la vie professionnelle, de la vie privée et de la vie familiale.

Beaucoup d’élus sont salariés. Lorsqu’ils viennent siéger à l’Assemblée, ils doivent poser des congés pour pouvoir participer aux travaux. Ils consacrent ainsi au moins deux semaines de congés par an à l’Assemblée, sans que ces congés soient rémunérés spécifiquement pour cette mission. Pour ma part, je suis entrepreneur, ce qui me permet d’organiser mon temps différemment. Mais mon entreprise est également fragilisée lorsque je ne suis pas présent.

 

Lorsqu’on siège à l’AFE, c’est une activité à temps plein, du matin jusqu’au soir. Il est très difficile de caler de petits entretiens ou même d’assurer le suivi de ses courriels.

Alors, nous devons nous organiser et cet enjeu ne m’est pas propre. Tous les conseillers des Français de l’étranger y sont confrontés. Heureusement, nous travaillons en collectif. Je suis président, mais je suis entouré de deux vice-présidents. Il y a également les présidents de commission et le Bureau. 

 

Quel message souhaitez-vous adresser aux Français de l’étranger et aux lecteurs ?

 

Je voudrais d’abord les encourager à continuer de s’impliquer dans la vie associative. Il est important qu’ils participent à la vie culturelle et éducative, qu’ils s’engagent dans les causes qui leur tiennent à cœur. On parle beaucoup d’environnement et les Français de l’étranger sont souvent très impliqués dans les causes environnementales dans leurs pays de résidence. Ils doivent poursuivre cet engagement, tout comme leur participation aux organisations locales d’entraide et de solidarité.

 

Je leur tends également la main pour qu’ils s’impliquent à nos côtés, nous les élus. Nous sommes là pour cela. Je leur adresse surtout un appel à participer aux prochaines élections et à voter. Il faut être nombreux à voter pour peser de tout notre poids et éviter que les Français de l’étranger ne deviennent la dernière roue du carrosse dans l’élaboration des programmes politiques des élections présidentielles et législatives de l’année prochaine.

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