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Réforme AEFE : Eléonore Caroit et Alexandre Morois veulent « maintenir le réseau dans sa diversité »

Alors qu’une réforme de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) suscite des interrogations parmi les établissements, les familles et les personnels, la ministre Eléonore Caroit et le directeur général de l’AEFE, Alexandre Morois défendent une réforme destinée, selon eux, à consolider et renforcer le réseau. Entretiens croisés avec la rédaction lors de leur visite à Copenhague au Danemark.

Eléonore Caroit et Alexandre Morois à Copenhague en visite au Lycée Français - source - cabinet ministère Eléonore Caroit et Alexandre Morois à Copenhague en visite au Lycée Français - source - cabinet ministère
Eléonore Caroit et Alexandre Morois à Copenhague en visite au Lycée Français - source - cabinet ministère
Écrit par Capucine Canonne
Publié le 9 octobre 2026, mis à jour le 11 octobre 2026

 

Eléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie et des Partenariats internationaux de France et des Français de l’étranger était en visite à Copenhague les 5 et 6 octobre 2026, accompagnée d’Alexandre Morois, directeur général de l’AEFE. Cette visite intervient alors que l’AEFE est engagée dans une réforme en profondeur, destinée à adapter le réseau « aux défis des prochaines années ». La question du statut de chaque établissement homologué se pose. 

 

Aujourd’hui, il existe trois statuts : les 68 établissements en gestion directe (EGD) : ils sont directement intégrés à l’AEFE, qui finance une partie de leur fonctionnement, détache et rémunère les personnels titulaires qui y sont affectés. Les établissements conventionnés, au nombre de 151, sont gérés par des associations ou fondations. Ils ont signé une convention avec l’AEFE, qui encadre notamment leur fonctionnement pédagogique et financier et permet le détachement de personnels titulaires. Enfin il y a les établissements partenaires, 420 depuis cette rentrée, également gérés par des organismes de droit privé qui ont conclu un accord de partenariat avec l’AEFE. Comme les autres types d’établissement, ils sont homologués par le ministère de l’Education nationale, c’est-à-dire qu’ils remplissent des critères bien définis. Ils recrutent des personnels de droit local et n’ont pas de personnels détachés par l’AEFE. Ces personnels ont toutefois accès aux dispositifs de formation continue organisés par l’AEFE.

 

Le lycée français Prins Henrik de Copenhague qu’ont visité la Ministre et le Directeur général est un modèle. Cet établissement conventionné a aligné sa nouvelle stratégie de développement aux évolutions du réseau d’établissements de l’AEFE.

 

 

Rentrée 2026 dans les lycées français à l’étranger : où en est la réforme de l’AEFE ?

 

 

Le lycée français Prince Henrik de Copenhague a signé l’avenant instituant la nouvelle contribution aux pensions civiles. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

Alexandre Morois : Le lycée français de Copenhague a signé l’avenant qui institue la nouvelle contribution sur la pension civile, c’est-à-dire la participation du lycée au financement des retraites des enseignants détachés par l’AEFE dans l’établissement.

Cette mesure fait suite aux décisions prises lors du conseil d’administration de l’AEFE de décembre 2025 qui prévoit la mise en place par les établissements conventionnés, à partir du 1er juillet 2026, de cette nouvelle contribution, par la signature d’un avenant. L’AEFE a donc engagé des négociations avec les quelque 140 établissements concernés, afin de regarder ensemble dans quelles conditions ils pouvaient mettre en place cette contribution sans compromettre leur modèle économique.

Des discussions constructives au cœur de l’été ont notamment conduit à la signature d’un avenant par le lycée français Prince de Copenhague, établissement qui mesure adoptée par l’ensemble des établissements conventionnés, à l’exception d’un seul.

Nous nous réjouissons que le temps de dialogue avec tous les établissements conventionnés ait permis de préserver le lien étroit qui nous unit à chacun d’eux ainsi d’aborder ensemble, dans un climat de confiance et de dialogue, la réforme de l’Agence.

 

Réforme AEFE : Alexandre Morois dévoile ses priorités et veut restaurer la confiance

 

Eléonore Caroit : J’ai souhaité faire ce déplacement à la rentrée scolaire avec Alexandre Morois. Nous voulions choisir un lycée assez emblématique, qui représente une part significative des établissements du réseau.

Ces établissements ont un rôle très important auprès des parents et un ancrage local très fort. Pour notre relation bilatérale, ils sont donc aussi fondamentaux que les autres. C’était intéressant de venir ici, dans un lycée qui a connu une phase de discussion et de négociation et qui, avec nous, est en train d’atterrir sur un modèle qui convient à tous les acteurs de l’établissement.

J’espère que nous aurons l’occasion de faire d’autres déplacements, de visiter aussi un établissement en gestion directe et un établissement partenaire. Le message que j’ai envie d’envoyer, c’est que le ministère soutient pleinement l’Agence dans cette volonté de réforme, d’avancée et de valorisation du réseau des lycées français à l’international.

 

Notre objectif était de garder tout le monde dans le conventionnement

 

C’est un soutien extrêmement positif. Nous avons envie de conduire une réforme qui soit une opportunité pour le réseau. Cette visite est aussi symbolique : elle montre que le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, tutelle unique de l’opérateur public et l’Agence travaillent main dans la main.

 

 

Entretiens croisés de Eléonore Caroit et Alexandre Morois - copyright LPJ 
Entretiens croisés de Eléonore Caroit et Alexandre Morois - copyright LPJ 

 

 

Vous évoquez un seul lycée qui allait être déconventionné. Pouvez-vous préciser lequel ?

Alexandre Morois : La communication à son sujet se fera en temps voulu. Notre objectif était de garder tout le monde dans le conventionnement. Nous regrettons qu’il ait fait un choix différent. Mais l’histoire continue avec lui : il va accéder au statut de partenaire et Maintenons des liens étroits avec lui à l’avenir.

Nous avons d’ailleurs connu dans l’histoire des établissements qui ont été déconventionnés puis reconventionnés. Ce sont des choses qui sont sans impact sur l’enseignement.

 

 

Nous ne sommes pas en train de transformer ce qui fait l’identité de ce réseau des lycées français mais prendre en compte toute la diversité des situations 

 

 

Qu’est-ce que ces évolutions vont changer concrètement dans le quotidien des élèves, des personnels et des enseignants des lycées français ?

Alexandre Morois : Comme je viens de l’indiquer, tous les établissements conventionnés ont choisi de conserver leur statut à l’exception d’un seul. La signature de cet avenant ne change absolument rien sur leur fonctionnement : ils continuent à avoir des enseignants détachés, des personnels de direction détachés, et nous avons le même niveau de lien qu’auparavant.

Eléonore Caroit : Nous ne sommes pas en train de changer le statut des lycées. Nous ne sommes pas en train de transformer ce qui fait l’identité de ce réseau des lycées français. Ce que nous sommes en train de faire, c’est prendre en compte toute la diversité des situations et les difficultés structurelles qu’a connues ce réseau dans son fonctionnement. Ce ne sont d’ailleurs pas seulement des contraintes budgétaires liées au budget de l’an dernier ou à celui de l’année précédente. Elles sont beaucoup plus profondes et concernent notamment le fonctionnement du réseau, les choix en matière de détachement des professeurs, des questions de gouvernance ou encore l’intégration des pensions civiles. Ce sont des points très concrets sur lesquels nous travaillons actuellement.

 

il faut proposer une offre plus adaptée aux différentes réalités locales, aux attentes des familles

 

L’idée est de pouvoir maintenir ce réseau dans sa diversité et sa grande hétérogénéité. Nous avons 639 établissements et il n’y en a pas un qui ressemble à un autre. Aucun n’est soumis aux mêmes contraintes : selon le pays, l’environnement concurrentiel, les contraintes socio-économiques, politiques ou réglementaires, les situations sont très différentes.

Mais appartenir à un réseau et suivre l’enseignement français doit aussi donner une vraie identité, permettre de faire pleinement partie d’un réseau et valoriser cette appartenance. L’Agence doit pouvoir fonctionner sans dépendre des aléas budgétaires ou réglementaires que l’on peut connaître.

Ce n’est donc pas changer les lycées. Ce n’est pas changer les choses pour les parents. C’est consolider, valoriser et rendre plus attractif un réseau dans un contexte extrêmement concurrentiel.. Aujourd’hui, il faut proposer une offre plus adaptée aux différentes réalités locales, aux attentes des familles et encore plus intégrée et lisible, pour en sortir renforcé. Et il faut aussi mieux faire savoir la qualité et la spécificité de cette offre éducative remarquable.

 

 

Je me rendrai ainsi prochainement à Pondichéry pour fêter les 200 ans de l’établissement

 

 

visite de éléonore caroit et alexandre morois

 

 

Au conseil d’administration du 18 décembre 2025, certaines décisions ont suscité de fortes réactions, notamment autour de l’augmentation de la contribution des établissements conventionnés et partenaires. Comment analysez-vous aujourd’hui la situation ?

Eléonore Caroit : Il y a eu une contestation, notamment de la part d’élus, de professeurs et de différentes personnes qui nous disaient que les lycées ne suivraient pas, qu’ils allaient se déconventionner ou qu’ils ne comprendraient pas cette mesure.

Il y a aussi eu une vraie incompréhension avec l’idée que, si nous faisions une réforme, nous allions augmenter les frais de scolarité. Il y a donc eu tout un travail de pédagogie qui, je l’espère, porte aujourd’hui ses fruits. Cette mesure devait être prise, mais ce n’est pas cela, la réforme. La réforme globale, nous sommes en train de la construire. Je m’en réjouis et jedonne mon plein soutien au nouveau directeur général de l’Agence pour mener à bien ce projet ambitieux pour l’AEFE.

Pour le dire simplement, malgré le fait que cela exigeait parfois des établissements des efforts supplémentaires, l’ensemble - à l’exception d’un établissement - a compris l'intérêt de maintenir les liens très solides que permet la convention.

Nous nous réjouissons que ce dialogue soit aussi constructif. Nous avons évidemment été très preneurs de leurs retours et nous faisons, de notre côté, des efforts pour prendre en compte leurs spécificités et leurs demandes individuelles. Cela a été le cas au Danemark, où nous avons eu des discussions assez complexes et longues. Nous les avons écoutés. Nous avons répondu favorablement à certaines de leurs demandes et à tous leurs questionnements.

À la fin, nous voyons bien qu’avec le dialogue et l’écoute, nous arrivons à construire un réseau qui, in fine, sera plus pérenne, plus autonome, et à la fois très uni et très lisible dans sa grande diversité.

 

 

Ce qui est frappant à Copenhague, c’est à quel point l’établissement arrive à cultiver une ouverture vers la société française et la société danoise.

 

 

A Copenhague, vous avez rencontré les élèves et le personnel du lycée ?

Eléonore Caroit : Nous essayons de faire les choses à fond, parce que c’est important que les différents représentants des parents et des professeurs de l’établissement sachent qu’ils sont écoutés et que nous sommes là. Non pas pour imposer des choix qui viendraient de manière verticale depuis Paris, mais pour écouter les réalités de terrain et y répondre, tout en ayant une vraie cohérence de réseau et une vraie cohérence d’ensemble.

Notre mission est quand même de piloter une agence publique et une subvention publique. Il faut donc que nous agissions avec énormément de précautions et en nous assurant d’être toujours efficaces et pertinents.

Alexandre Morois : depuis ma prise de poste le 15 juin 2026, je me suis rendu dans bon nombre d’établissements de différentes régions du monde. Je me rendrai ainsi prochainement à Pondichéry pour fêter les 200 ans de l’établissement. Ce qui me frappe, ce sont des initiatives locales qui sont prises par les établissements et qui nourrissent une innovation pédagogique sans égale.

Je reviens plus riche d’expériences à chaque fois. Le rôle de l’Agence est en effet de faire le lien entre tous les établissements, de partager les bonnes pratiques, de les faire circuler, au service d’une excellence pédagogique et d’une ouverture au monde à chaque fois réaffirmée. Ce qui est frappant à Copenhague, c’est à quel point l’établissement arrive à cultiver une ouverture vers la société française et la société danoise. Il y a donc beaucoup de choses que nous pourrions réutiliser ailleurs dans la zone et ailleurs dans le monde. 

 

 

 

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