Sénateur des Français établis hors de France depuis 2014, Olivier Cadic vise un troisième mandat sous l’étiquette “Libre et indépendant”. Il revendique une méthode fondée sur les projets concrets, la recherche de résultats et une autonomie vis-à-vis des partis. Enseignement français à l’étranger, cybersécurité, services consulaires, soutien aux entreprises et transmission à une nouvelle génération d’élus ; il nous détaille ses priorités et défend une conception de l’indépendance qui, selon lui, doit permettre de “suivre ce que vous dicte votre conscience”.


“En politique, beaucoup de gens veulent réinventer la roue, moi, je préfère la faire tourner.” Après douze années au Sénat et 654 déplacements dans 117 pays, Olivier Cadic revendique, pour un troisième mandat, une méthode fondée sur les projets concrets et les résultats. Il revient sur son bilan et détaille ses priorités.
Ce troisième mandat, je le vois comme celui de la concrétisation, de l’influence et de la transmission. Il s’agit d’abord de terminer ce que nous avons commencé.
Vous êtes candidat à un troisième mandat de sénateur des Français de l’étranger. Pourquoi vouloir poursuivre ?
Ce troisième mandat doit partir de l’expérience acquise pour produire davantage de résultats. Au fil de mes déplacements, j’ai construit, avec les élus, un réseau de confiance et surtout une méthode : définir une priorité par pays, fixer un objectif concret, mobiliser les bons interlocuteurs et agir jusqu’à la réalisation. Je veux aujourd’hui mettre cette expérience, ces réseaux et les moyens du Sénat au service des élus de notre pays. Ce troisième mandat, je le vois comme celui de la concrétisation, de l’influence et de la transmission. Il s’agit d’abord de terminer ce que nous avons commencé. Mais il s’agit aussi d’accompagner une nouvelle génération d’élus qui sera amenée à prendre le relais.
Je veux pouvoir leur transmettre ce que j’ai appris, les réseaux que j’ai constitués, une méthode de travail, mais aussi une conviction : on peut être libre et indépendant, sans avoir besoin d’une étiquette politique pour agir. Je veux pouvoir dire à cette nouvelle génération : regardez ce que nous avons fait ensemble, regardez ce dont nous sommes capables, et demain, ce sera à vous de poursuivre.
Vous revendiquez justement une approche "entrepreneuriale" de la politique. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Je viens du monde de l’innovation. Dans l’entreprise, on ne vous demande pas de commenter indéfiniment un problème, on vous demande de trouver d’obtenir un résultat. J’applique cette même logique au Sénat. Je me considère comme un sénateur entrepreneur : je travaille avec les élus en “mode projet.”
Quand j’étais élu à l’Assemblée des Français de l’étranger, j’avais lancé le “Plan École” du Royaume-Uni, qui a permis de créer 2.500 places supplémentaires, notamment avec le Collège français bilingue de Londres et le lycée international Winston Churchill. Cette méthode a continué à produire des résultats pendant mon deuxième mandat. Je peux citer, parmi d’autres, la création d’écoles à Taïwan et au Cameroun, la réouverture du consulat général à Melbourne, le retour de services consulaires à Édimbourg, la création de chambres de commerce en Estonie, en Éthiopie et en Ouganda, la convention fiscale avec la Moldavie ou encore le soutien aux victimes de l’explosion du port de Beyrouth.
Et demain, cette approche doit continuer. Nous avons déjà des projets engagés : une nouvelle école française au Pérou et au Nevada, une liaison aérienne directe Paris-San Diego, une Journée défense et citoyenneté à Dublin, le projet autour du Centre Pompidou au Brésil, l’évolution du consulat à Agadir, le rééquilibrage du lycée français d’Haïti, une convention fiscale avec la République dominicaine ou encore la recherche d’un nouveau site pour la Maison de la France au Mexique. En politique, beaucoup de gens veulent réinventer la roue, moi, je préfère la faire tourner.
Parmi les réalisations auxquelles vous êtes particulièrement attaché, vous citez souvent WorldSkills. Pourquoi cette aventure a-t-elle autant compté pour vous ?
Ce sont les “Jeux olympiques des métiers”. On y retrouve de la coiffure, du bâtiment, de la jardinerie, de l’électronique, de la mécatronique et beaucoup d’autres. J’ai été l’ambassadeur parlementaire de la candidature française. En 2019, à Kazan, en Russie, la France a remporté la candidature face au Japon. La ville candidate était Lyon et nous avons obtenu l’organisation de WorldSkills 2024. C’était un réel objectif : obtenir l’organisation de ces championnats.
Cela allait bien au-delà d’un événement international. Faire venir les mondiaux des métiers en France, c’était offrir une scène internationale au prochain Zinedine Zidane du bâtiment, à la Marie-José Pérec de la coiffure, ou au Mbappé de la mécanique. C’est aussi une manière de montrer aux jeunes que la réussite professionnelle ne passe pas par une seule voie. Le bac et l’université constituent un chemin. L’apprentissage et les métiers d’excellence en constituent un autre. En tant que parlementaire, ce qui m’intéresse, c’est d’éveiller la curiosité des jeunes, de leur faire découvrir leurs talents et de les aider à trouver leur propre voie.
Vous avez également fait de la cybersécurité un de vos combats. Comment concilier aujourd’hui sécurité numérique et libertés individuelles ?
Il faut définir la différence entre la liberté et la sécurité. J’ai notamment combattu les dispositions visant à introduire des “backdoors”(portes dérobées). J’ai considéré qu’affaiblir le chiffrement au nom de la sécurité reviendrait à fragiliser simultanément nos citoyens, nos entreprises, nos administrations et nos armées. Une porte dérobée réservée aux “gentils”, cela n’existe pas. Dès qu’une faille est créée, elle peut être découverte et exploitée par des criminels ou des puissances étrangères. C’est pourquoi j’ai fait adopter au Sénat l’article 16 bis* contre les backdoors.
L’intelligence artificielle accélère considérablement les cyberattaques. Nous sommes donc entrés dans une véritable course contre la montre. Il faut renforcer notre résilience et responsabiliser les acteurs. Je souhaite notamment que les entreprises atteignent des standards élevés de résilience. Mais je suis très clair : je ne veux pas d’une surveillance généralisée. Il y a une vie privée et des libertés publiques à protéger. C’est tout le sens de l’article 16 bis contre les backdoors, dont je suis particulièrement fier.
Vous évoquez souvent la nécessité de renforcer la “résilience” des Français de l’étranger. Qu’entendez-vous par là ?
Il faut être capable de mieux préparer les Français de l’étranger aux crises, de préserver leur mobilité et de renforcer leur sécurité numérique. Les crises auxquelles nos compatriotes peuvent être confrontés sont de nature très différente : crises politiques, sécuritaires, sanitaires, cyberattaques…
Nous voulons améliorer la circulation des informations entre les communautés françaises, les élus, les postes diplomatiques et le Centre de crise et de soutien ; tirer les enseignements de chaque crise en intégrant toutes les parties prenantes afin d'améliorer continuellement les procédures ; encourager la diffusion d'outils pratiques de préparation aux situations de crise, comme je l’ai fait à la tribune du sénat en demandant au gouvernement de s’inspirer du guide suédois “en cas de crise ou de guerre”. Ce qu’il a fait ensuite, en publiant “Tous responsables”. Nous avons besoin de ce même document pour les Français de l’étranger.
Vous souhaitez également faire évoluer profondément l’administration consulaire ?
Il faut passer d'une administration numérique à une administration prédictive. Pendant des décennies, nous avons eu une bureaucratie qui demandait au citoyen de venir vers elle. Aujourd’hui, avec la transformation numérique des services consulaires et le centre d’appels téléphonique de France Consulaire, nous sommes passés à une administration davantage orientée vers le service au citoyen : “une administration orientée clients”.
Mais demain, il faut aller beaucoup plus loin : imaginez que votre passeport arrive bientôt à expiration. Plutôt que de devoir penser vous-même à lancer toutes les démarches, l’administration pourrait vous prévenir : “Votre passeport arrive bientôt à échéance. Souhaitez-vous le renouveler ? Cliquez ici.” Le formulaire serait prérempli, votre dossier déjà constitué, vous n’auriez plus qu’à valider et payer. C’est ce changement de logique que permet notamment l’intelligence artificielle, et d’imaginer l’avènement d’une administration prédictive.
Si vous êtes réélu, quelles seront vos principales priorités ?
Je les résumerais autour de cinq priorités, premièrement, mieux préparer les Français de l’étranger aux crises, préserver leur mobilité et renforcer leur sécurité numérique. Deuxièmement, doubler le nombre d’élèves dans l’enseignement français et francophone sans doubler les charges. Avec l’AEFE et l’ANEFE, nous voulons accompagner la création et le développement des écoles, tout en permettant aux 80 % d’enfants français à l’étranger qui ne fréquentent pas le réseau scolaire français d’avoir accès à un parcours de français, notamment grâce aux associations FLAM, aux Alliances françaises et au numérique. Troisièmement, faire gagner nos entreprises partout dans le monde. Il faut renforcer nos réseaux d’affaires et faire de l’Agence française de développement (AFD) un véritable levier pour nos entreprises.
Je souhaite notamment faire passer de 43 % à 60 % la part des appels d’offres remportés par nos entreprises françaises. Quatrièmement, mettre mon expérience et mes réseaux au service des projets concrets des élus : une école, un consulat, une liaison aérienne, une convention fiscale… Enfin, préparer les services publics des prochaines décennies, avec une administration prédictive. Il faut suivre ce que vous dicte votre conscience et tenir sa position jusqu’à ce que les faits tranchent.
Vous vous présentez sous l’étiquette “Libre et indépendant”. Que signifie concrètement cette indépendance au Sénat ?
Être indépendant revient à accepter qu’on puisse être seul contre tous lorsqu’on estime devoir défendre l’intérêt général. Je ne défends pas “d’abord” les Français de l’étranger, simplement parce que je suis moi-même Français de l’étranger. Ce qui doit nous guider est l’intérêt général. J’en ai fait l’expérience avec l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur où j’ai défendu le projet alors que j’étais très isolé, parce que je considérais qu’il pouvait ouvrir à nos entreprises un marché de 270 millions de consommateurs et créer de nouveaux débouchés pour nos PME, nos viticulteurs et notre industrie. Il faut suivre ce que vous dicte votre conscience et tenir sa position jusqu’à ce que les faits tranchent.
Mais l’indépendance, ce n’est pas avoir raison contre tout le monde par principe, mais plutôt refuser d’avoir tort avec tout le monde par confort. C’est ce qui me donnera la crédibilité si je suis réélu, de retourner au Brésil promouvoir nos entreprises françaises qui sont le premier employeur étranger et dont je connais les attentes. Après douze ans de mandat, mon fil conducteur est simple : résoudre des problèmes et créer de nouveaux chemins.
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