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Hélène Conway-Mouret : « Le gouvernement tente de limiter l’immigration légale » 

Par Damien Bouhours | Publié le 09/08/2021 à 18:00 | Mis à jour le 10/08/2021 à 08:57
Hélène Conway-Mouret

La sénatrice Hélène Conway-Mouret revient avec nous sur les nouvelles possibilités offertes aux conseillers des Français de l’étranger et l’importance du Conseil consulaire. La parlementaire socialiste s’est également exprimée sur les incohérences du pass sanitaire et de la situation des étudiants et des chercheurs étrangers en France. 

 

La multiplication des listes va à l’encontre de ceux qui pensent que plus personne ne s’intéresse à la politique

 

Quel bilan tirez-vous des dernières élections consulaires ? 

Le bilan est globalement positif en matière de représentativité des Français résidant hors de France avec un meilleur équilibre femme-homme (181 conseillères et 251 conseillers), une vraie diversité socio-économique et beaucoup d’élus dont c’est le premier mandat. Les candidats des 596 listes qui se sont présentées dans les 130 circonscriptions consulaires viennent d’horizons très différents. Ce sont des artisans, des professions libérales; ils viennent du monde des affaires, du monde culturel, éducatif, de la santé, de l’humanitaire et de l’environnement et beaucoup de l’associatif, engagés depuis longtemps pour leur communauté française locale. 

 

La multiplication des listes va à l’encontre de ceux qui pensent que plus personne ne s’intéresse à la politique. Ces élections ont prouvé par l’implication notamment de nombreux jeunes, qu’il y a un véritable besoin d’une représentation politique locale et pas seulement administrative. 

 

 

Les élus ont un rôle très important à jouer. Ils l’ont admirablement prouvé pendant la pandémie

 

Qu’est-ce que la réforme de la représentation des Français établis hors de France, votée en 2014, implique pour les nouveaux conseillers des Français de l’étranger ? 

Il y a eu un fort renouvellement des conseillers des Français de l’étranger et la présidence du conseil consulaire qui leur revient désormais en fera un vrai lieu de débats et d’échanges sur tous les sujets qui intéressent la communauté française et non plus de validation de décisions prises par l’administration. En tout cas c’est ce que j’avais imaginé à la conception de la loi en 2013.  Les élus ont un rôle très important à jouer. Ils l’ont admirablement prouvé pendant la pandémie. Ce sont à la fois des observateurs, des lanceurs d’alertes, des conseillers et accompagnateurs. Le temps est venu pour qu’ils soient aussi des décideurs parce qu’en fait ce sont eux qui connaissent le mieux leurs communautés françaises. 

 

J’incite en particulier les présidents des conseils consulaires à établir une feuille de route des projets sur lesquels ils veulent travailler. Ils peuvent d’ailleurs se reposer sur le texte de loi qui permet l’organisation des réunions de travail dont ils ont besoin. Les élus doivent pouvoir assurer leur rôle de conseil et donc avoir toutes les informations en main. Le conseil consulaire peut devenir un lieu où s’exercera au mieux la démocratie participative et apporter une vraie valeur ajoutée au travail des postes consulaires. 

 

Sans les conseillers des Français de l'étranger, je ne vois pas comment je pourrais exercer correctement mon mandat

 

Quelle est justement l'importance pour vous des conseillers des Français à l'étranger en tant que sénatrice ? 

Sans eux, je ne vois pas comment je pourrais exercer correctement mon mandat. J’ai toujours été très attachée au contact direct. Cette pandémie nous a coupés du terrain. J’ai besoin de savoir ce qu’il se passe réellement et les élus nous font remonter tous les problèmes dont ils sont saisis. 

 

La plupart des sujets abordés dans mes questions écrites ou orales au Sénat me sont transmises par les élus. Quand je vois que l’on me parle pour la énième fois d’une même question, c’est qu’il y a un problème au niveau mondial, comme, par exemple, quand des banques françaises avaient décidé de fermer les comptes des expatriés. Cela nous a permis de saisir le président de la Banque de France et d’alerter le ministre compétent. Il en est de même pour la vaccination aujourd’hui.

 

Il y a une vraie appétence pour représenter les Français établis hors de France

 

Quel est votre sentiment quant aux différentes candidatures qui ont émergé, notamment à gauche, pour les prochaines élections sénatoriales ? 

Ce n’est pas un phénomène nouveau puisqu’à chaque renouvellement, une douzaine de listes se présentent. Mais cela démontre qu’il y a une vraie appétence pour représenter les Français établis hors de France. Malheureusement, ce ne sont toujours pas des Français à part entière et ils sont trop souvent traités comme des Français entièrement à part. Il faut parfois des mois pour obtenir ce qui est proposé aux Français de l’Hexagone. Il est alors naturel que certains veuillent s’engager pour plus de justice sociale et d’égalité pour ces plus de trois millions de Français vivant à l’étranger. Ils sont aussi attachés à la défense de notre service public à l’étranger, mis à mal par les coupes budgétaires successives dont il est victime.

 

 

Le gouvernement continue à privilégier la communication sur l’action

 

La question de la vaccination des Français à l’étranger reste un véritable casse-tête. Une solution vient d'être apportée pour les Français de l'étranger qui ont été vaccinés par un vaccin reconnu par l'Union européenne. Malheureusement, ce n'est pas le cas de tous les Français de l'étranger qui ont pu être vaccinés par un vaccin russe ou chinois. Est-ce que vous pensez qu'une solution est possible pour eux ?

 

Je l’espère. Nous essayons de trouver des solutions parce que la situation est aberrante et les textes publiés ne nous aident pas. Des milliers de familles sont séparées depuis un an et demi, voire deux ans à cause de la fermeture des frontières ou des confinements. Maintenant, ils ont la possibilité de voyager parce qu’ils sont vaccinés mais le passe sanitaire les bloque de nouveau à leur arrivée parce que les vaccins reçus ne sont pas reconnus. Que doit faire une personne qui arrive à Roissy et doit prendre un TGV ou une ligne intérieure française si elle n’a pas de pass sanitaire ? Doit-elle attendre le résultat d’un test PCR ou antigénique  ? Ces tests censés être gratuits pour les Français de l’étranger ne l’étaient pas dans les faits jusqu’à présent. Une demande de remboursement est maintenant possible pour celles et ceux qui ont dû faire l’avance de frais grâce à la mobilisation sans failles des élus.

 

De plus, la France participe activement au programme COVAX, ce qui est une très bonne chose mais finance de fait l’achat de vaccins qu’elle ne reconnait pas. Alors, soit les vaccins ne sont pas bons et il ne faut pas les acheter, soit ils sont moins bons que les vaccins homologués par l’agence européenne des médicaments et cela pose une véritable question. 

 

Plutôt que d’avoir un plan global et de s’assurer que tout soit en place avant de faire une annonce le gouvernement continue à privilégier la communication sur l’action. Par exemple quand le secrétaire d’Etat a déclaré dans un quotidien que les Français de l’étranger pouvaient se faire vacciner dans leur consulat, ils s’y sont précipités alors que rien n’était prêt. Les consulats et les élus ont été assaillis de questions pour lesquelles ils n’avaient aucune réponse puisqu’aucune circulaire n’avait été envoyée. Les cabinets ministériels dans ce cas ne répondent pas aux courriers des parlementaires et tout le monde reste dans le flou jusqu’à ce qu’une décision soit enfin prise pour passer à l’action. 

 

La situation pour les étudiants et chercheurs français est ubuesque

 

Vous vous êtes exprimée quant à la situation inquiétante des étudiants et chercheurs étrangers en France. Pourquoi étudier n’est-il pas considéré comme un motif impérieux ? 

J'en suis arrivée à la conclusion que nous sommes dans le même cas de figure qu'en 2011 avec la circulaire Guéant. Le gouvernement tente par tous les moyens de limiter l’immigration légale. Cette circulaire avait cela d’honnête qu’elle disait clairement aux étudiants étrangers : « on ne vous veut plus ». Cela a laissé des traces pendant très longtemps. C’est un message très négatif et qui est à l'opposé de l'image de la France. 

 

J'ai dirigé un département de langue à l’université de Dublin et je recevais chaque année 300 étudiants étrangers. Je peux vous dire que la présence d’étudiants étrangers dans une université est très bénéfique à tous les points de vue.

 

Nous avons aujourd’hui 8.000 étudiants et chercheurs étrangers qui sont en attente de visas. Ils se sont préparés pendant des années, ont fait des économies et certains ont même passé leur baccalauréat dans des établissements français avec d’excellents résultats. Aujourd'hui, les consulats nous disent qu'ils n'ont aucune instruction pour pouvoir délivrer les visas. Ces étudiants ont pourtant une place réservée dans une université et des CDI ont été proposés à des chercheurs dans des laboratoires qui aujourd’hui pensent les perdre. 

 

Malgré l’urgence de la situation avec une rentrée dans quelques semaines, je n’ai aujourd’hui aucune réponse du gouvernement. Tous les parlementaires, de manière transpartisane demandent pourtant quelque chose de simple : le retour de la catégorie « étudiants et des chercheurs » dans les motifs impérieux, comme c’était le cas avant leur retrait arbitraire en janvier dernier. 

 

Enfin j’ai également été saisie par des médecins, dont un canadien, qui n’arrive pas à obtenir un document administratif français alors que l’hôpital parisien qui l’a recruté en a un besoin urgent. La situation est ubuesque. Alors que nous avons des services hospitaliers en souffrance, nous bloquons à l’étranger des spécialistes à qui un poste a été proposé. Et pendant ce temps la rancœur, la frustration et l’incompréhension grandissent parce qu’on attend un meilleur accueil de la France et en tout cas une réponse.

Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur éditorial et partenariats.
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