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Lucas Jakubowicz : « Dans le monde entier, les politiciens utilisent les animaux »

Par Anne-Claire Voss | Publié le 19/10/2021 à 18:00 | Mis à jour le 20/10/2021 à 10:48
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Emmanuel Macron, Kim Jong Un, Barack Obama ou encore Vladimir Poutine auraient un point commun, utiliser les animaux pour manipuler les foules. Dans le livre Un animal pour les gouverner tousLucas Jacubowizc déconstruit en plus d’une centaine de pages les outils de manipulations via les animaux, à travers le monde entier. A cette occasion, le journaliste politique nous confie ses observations.

 

Portrait de Lucas Jakubowicz

 

Avant l’élection présidentielle de 2022, le rédacteur en chef du web média Décideur magazine, Lucas Jakubowicz, décide suite à la publication d’un article concernant la manipulation politique par le biais des animaux d’écrire un livre sur le sujet. Edité par Arkhê, il est le premier auteur à se pencher sur ce sujet international. L'homme y décrypte en profondeur les différentes techniques utilisées par les dictateurs, ou les démocrates.

 

Nous observons les dictateurs qui utilisent l'animal pour montrer leur pouvoir et leur majesté. De l'autre, au sein des régimes démocratiques, nous sommes davantage dans l'objectif de séduire

Pourquoi avoir écrit « Un animal pour les gouverner tous » ?

Aux alentours de novembre 2019, j'avais aperçu une vidéo de l’homme d’Etat de la Corée du Nord, Kim Jong-Un sur un cheval blanc magnifique et, en même temps, une photographie d’Emmanuel Macron caressant un chevreau. D'un côté, nous observons les dictateurs qui utilisent l'animal pour montrer leur pouvoir et leur majesté. De l'autre, au sein des régimes démocratiques, nous sommes davantage dans l'objectif de séduire, d’amadouer les électeurs. Suite à ce constat, j’ai publié un article sur Décideur magazine dont je suis le rédacteur en chef.  Le papier a fait un record d'audience absolu. La question des animaux et des politiques était donc assez importante, la quasi-totalité des personnalités de pouvoir ont recours à cette technique de manipulation. Pourtant, aucun livre n’avait été écrit sur le sujet.

 

 

Le public en a conscience et marche malgré tout dans ce sens

Quelle est votre plus grande découverte à travers ces recherches ?

Je pensais dire aux gens : "Regardez, vous êtes manipulés par les hommes politiques qui utilisent des animaux." En réalité, le public en a conscience et marche malgré tout dans ce sens. La combine fonctionne quasi-systématiquement lorsqu'un personnage politique pose avec un animal avant les élections.

 

Quels sont les animaux stars dans la politique ?

Dans le monde entier, les politiciens utilisent des animaux. Pour celui qui désire montrer sa puissance, sa majesté et son pouvoir, il va avoir tendance à utiliser des chevaux. Depuis la nuit des temps, cet animal est associé à la puissance. Dans la Rome antique, l'empereur était à cheval. Idem au Moyen-Âge, les hommes importants étaient les seuls à pouvoir se déplacer sur cet animal.

 

 

Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard, réalisée par Jacques-Louis David entre 1800 et 1803

 

 

Vient ensuite les animaux sauvages. Les empereurs romains, les sultans, les empereurs byzantins possédaient souvent des zoos privés dans lesquels ils gardaient des fauves. Les rois de France ont eux-aussi bénéficié d'une ménagerie à Versailles. Ces rois dominent les Hommes et règnent sur tous les animaux du royaume, si ce n’est plus. Encore aujourd’hui, les dictateurs peuvent posséder des zoos privés comme Ramzan Kadyrov en Tchétchénie.

 

 

Portrait de Vladimir Poutine avec un Koala

 

 

Dans les démocraties, nous allons davantage avoir recours aux chats et aux chiens. C’est une arme de séduction massive. Lorsque nous posons avec un chien, nous montrons un bon père de famille avec du coeur. Attention cependant, tout n’est pas si manichéen : des démocrates peuvent utiliser des chevaux et souhaiter affirmer leur pouvoir de cette manière, de même pour les dictateurs qui veulent adoucir leur image avec des animaux domestiques.

 

 

Le souhait des politiciens est de montrer une idéologie politique idéale à travers le prisme des animaux

Quel est votre regard concernant cette technique de manipulation avant les présidentielles ?

Plus les élections présidentielles approchent, plus les hommes politiques vont commencer à poser en compagnie d'animaux. Le militant écologiste Yannick Jadot a affirmé que sa première priorité serait d'interdire l'élevage industriel. Jean-Luc Mélenchon, lui, s'est attaqué à l'élevage industriel pour pointer du doigt les capitalistes qui exploitent les animaux. Autre exemple, lors d’une visite dans un chenil, Emmanuel Macron a souhaité s'adresser en même temps aux chasseurs et à ceux attachés à la cause animale. Leur souhait est de montrer une idéologie politique idéale à travers le prisme des animaux.

 

Angela Merkel a toujours adopté un comportement maternel et franc, la peur des animaux ne lui a donc jamais porté préjudice

Comment analysez-vous la phobie des animaux d’Angela Merkel ?

A l’occasion de la première rencontre entre Angela Merkel et Vladimir Poutine, trois gros chiens se sont joints à la partie en aboyant. Nous pouvions observer sur les photographies Angela Merkel terrorisée, comme si celle-ci craignait Vladimir Poutine. L’ancienne chancelière a la particularité d'être une dirigeante occidentale qui a réellement la phobie des animaux. Elle n'a quasiment jamais posé avec. Cependant, elle a toujours adopté un comportement maternel et franc, cette peur ne lui a donc jamais porté préjudice. Elle aime montrer qu'elle fait ses courses elle-même, qu'elle achète ses vêtements en soldes et explique comment préparer ses propres confitures. Elle n'a donc pas besoin d'animaux pour se montrer proche des électeurs. En contre-exemple, au départ de sa présidentielle, Emmanuel Macron véhiculait l’image d’un jeune technocrate ambitieux. Il a été quelque peu obligé d’adopter un chien.

Anne-Claire Voss

Anne-Claire Voss

Diplômée d'un Bachelor en Management et médiation culturelle à l'ICART (Paris), elle décide de réaliser un Master en journalisme à l'ISFJ (Paris) et de se former avec notre rédaction.
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